Paris, février 1896. Le ciel est bas, la lumière rare. Dans les galeries glacées du Muséum d'Histoire naturelle, Henri Becquerel marche d'un pas mesuré. Redingote sombre, silhouette droite, moustache en guidon et barbiche taillée comme un petit sapin : il perpétue une lignée de physiciens. À 43 ans, il étudie la fluorescence : ces lueurs éphémères émises après exposition à la lumière. L'époque raffole d'invisible - ondes, hypnose, tables tournantes - mais Becquerel reste sobre. Il ne cherche pas un miracle, juste un reste lumineux, un simple reliquat. Item sans titre Depuis quelques semaines, il teste des sels d'uranium. Irradiés par le soleil, peuvent-ils émettre à leur tour un rayonnement, comme les rayons X découverts récemment par Röntgen ? Ce jour-là, le ciel reste couvert. Becquerel place machinalement une plaque photographique dans un tiroir, avec un échantillon de sulfate d'uranyle et une croix de cuivre. Le tout à l'obscurité. Quelques jours plus tard, il développe la plaque. Surprise : elle est noircie. Mieux, la croix a laissé une empreinte nette. Sans lumière, sans contact, quelque chose a traversé la matière. Il réitère l'expérience à l'obscurité totale : même
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