Cahiers de Science & Vie : Vous dites que l'être humain explore comme il respire. Que révèle ce besoin d'ailleurs - qu'il s'agisse des pôles, des abysses ou de l'espace ? Jacques Arnould : Respirer, c'est à la fois inspirer, incorporer de l'extérieur, de l'étranger en soi et expirer, sortir de soi. Explorer, c'est réaliser ce même double mouvement, d'incorporation et de sortie de soi. À mes yeux, c'est aussi vital pour nous les humains que respirer. Aujourd'hui, certains estiment qu'il faudrait cesser d'explorer, notamment l'espace, pour se recentrer sur l'avenir de notre planète. Leurs arguments sont sensés. Mais je reste persuadé que les missions spatiales nous sont indispensables. Sans doute cette conviction découle-t-elle d'une vision du monde très occidentale, d'une cosmologie encore très dualiste qui sépare notre monde d'un extérieur qui nous échappe et que nous tenons à découvrir. Ce n'est pas le cas pour d'autres cultures. Aux yeux des Amérindiens Navajo, par exemple, la Lune n'est pas un ailleurs, elle appartient à leur monde et héberge les ancêtres. C'est pourquoi ils ont vivement protesté l'an dernier, quand une mission spatiale américaine devait acheminer les cendres de défunts sur la Lune. Reconnaissons-le : il n'est pas évident de faire cohabiter des
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