Les Cahiers de Science et Vie - Le numéro 229 du 11 juin 2026

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La Une de Les Cahiers de Science et Vie n°229 du 11/06/2026

Au sommaire de ce numéro

Les Cahiers de Science et Vie 229 FAUT-IL REVENIR AU SERVICE MILITAIRE ?

FAUT-IL REVENIR AU SERVICE MILITAIRE ?

Item sans titre Les Cahiers de Science & Vie : En novembre dernier, le président de la République annonçait la création d'un service national volontaire, dont le recrutement a démarré en janvier. Pour quelles raisons ? Jean-Claude Allard : Cette décision répond à deux besoins. Le premier, c'est de faire prendre conscience à la nation des menaces qui pèsent sur la France, et de placer l'ensemble de la société française devant ses responsabilités en matière de défense. La défense de la France, ce n'est pas seulement du matériel, ce sont aussi des hommes et des femmes. Le second besoin tient aux évolutions des armées depuis la fin de la guerre froide. Les armées françaises ont subi une très forte décroissance de leurs capacités depuis 1990 : la chute du mur de Berlin, la volonté d'engranger les “dividendes de la paix” ont conduit à réduire les budgets et, par conséquent, les effectifs. Aujourd'hui, notre armée compte moins de professionnels que l'armée de conscription n'en recensait il y a trente ans. Or les menaces redeviennent comparables, sur certains points, à celles de la guerre froide, avec une grande puissance à l'est qui s'appelait l'Union soviétique et s'appelle désormais la Russie. Alors il faut regonfler les rangs… Maxime Launay : La dégradation du contexte stratégique pèse effectivement de tout son poids. Les autorités civiles et militaires ont le sentiment que la guerre peut, d'ici trois à quatre ans, toucher le flanc est de l'Europe. Et l'une des leçons tirées des conflits actuels, notamment en Ukraine, c'est le besoin de masse. Le nouveau service national serait un moyen d'y répondre. Mais, pour autant, ces jeunes ne seraient pas projetés à l'étranger : ils participeraient à la défense du territoire dans des opérations du type de Sentinelle ou Vigipirate [déployées face à la menace terroriste,NDLR ] . Ensuite, il y a, depuis 1997 et la suspension du service militaire obligatoire, un sentiment de vide chez les élites politiques et dans une partie de l'opinion publique. Le service national volontaire a donc été pensé comme un dispositif qui viendrait apporter quelque chose à la jeunesse, là où d'autres services publics, notamment l'Éducation nationale, sont perçus comme défaillants ou insuffisants. Bénédicte Chéron : J'ajouterais que du côté des autorités politiques,

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Les Cahiers de Science et Vie 229 COLD CASE

COLD CASE

Depuis le mois de mai, l'Exposition internationale et coloniale, installée dans le parc de la Tête d'or, à Lyon, fait la une des journaux. C'est un triomphe populaire - des dizaines de milliers de visiteurs s'y pressent chaque jour pour admirer les pavillons exotiques, les produits des colonies françaises, les dernières innovations de l'industrie du pays. C'est aussi une véritable résurrection pour cette France sortie fracassée de la guerre de 1870, encore fragile et isolée sur la scène internationale. Mais ce 24 juin 1894, l'excitation est à son comble : la visite attendue du président de la République a fait fleurir dans les rues drapeaux tricolores, guirlandes et lampions. Dès le matin, une foule endimanchée s'est massée sur les grands boulevards et les quais du Rhône pour acclamer la figure débonnaire et rassurante de Sadi Carnot. Ce dernier visite l'exposition dans l'après-midi avant de se rendre au Palais de la bourse pour assister au banquet de mille couverts dressé en son honneur par la municipalité. Après ces fastueuses agapes, vers 21 h 15, le président prend place dans une calèche découverte pour rejoindre le Grand Théâtre où doit se jouer une représentation d' Andromaque . La liesse redouble lors du passage du cortège présidentiel rue de la République. On grimpe jusque dans les lampadaires pour apercevoir le “grand homme”. Les acclamations et les vivats montent des trottoirs, les chapeaux et les cannes se lèvent, les orchestres jouent des marches patriotiques. Sadi Carnot, souriant dans sa voiture découverte, salue la foule qui l'applaudit… jusqu'au moment où un jeune homme à casquette s'élance sur la chaussée, un imprimé à la main, et monte sur le marchepied du landau. Tout se joue en une fraction de seconde. Le président tend le bras vers ce qu'il pense être une pétition qu'on lui remet, mais le papier dissimule un poignard qui d'un coup vient se ficher dans son ventre juste en dessous des côtes. “Je suis blessé !” s'exclame-t-il avant de s'effondrer

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Les Cahiers de Science et Vie 229 Qui a composé ce récit fabuleux ?

Qui a composé ce récit fabuleux ?

Imaginez la Grèce du VIIIe siècle avant notre ère… Les palais mycéniens se sont effondrés quatre cents ans plus tôt, emportant avec eux l'écriture en linéaire B, cette forme archaïque du grec ancien qui servait à inventorier l'huile et le blé des rois. Le monde égéen a traversé ce que les historiens appellent les “siècles obscurs”, une période de contraction démographique, de repli sur soi, d'oubli. Et pourtant, dans cette obscurité, quelque chose a survécu : la mémoire des héros. Item sans titre Car c'est dans cette Grèce sans écriture que naissent L'Iliade et L'Odyssée . Non pas sur des tablettes d'argile ou des rouleaux de papyrus, mais dans la bouche des aèdes, ces poètes-chanteurs itinérants qui se produisent alors dans les cours aristocratiques, la lyre à la main, pour réciter les exploits des guerriers d'autrefois. La guerre de Troie, le retour tourmenté d'Ulysse… Tout cela vit d'abord comme parole, comme chant. “Puisant dans un répertoire oral très ancien, ces poètes ne composent pas un récit figé, ils pratiquent ce que l'on appelle la diction formulaire, explique l'helléniste Christophe Bréchet, enseignant à l'université de Paris-Nanterre. Ils chantent la gloire des héros du passé en utilisant un réservoir de formules, de séquences de mots pour structurer leurs récits autour de temps forts tels des festins, des sacrifices, des batailles. ” Ulysse aux mille ruses, Achille aux pieds légers, Hector au casque étincelant, l'Aurore aux doigts de rose ? Ces expressions ne sont pas de simples ornements. Ce sont des chevilles rythmiques, des outils de composition qui permettent au barde de construire ses vers dans le cadre rigide de l'hexamètre [vers composé de 6 pieds, NDLR ] dactylique, le mètre de l'épopée grecque. Item sans titre Parmi les nombreux poèmes qui circulent alors, deux épopées vont bientôt se démarquer : L'Iliade et L'Odyssée, qu'on attribue à Homère. “Beaucoup

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Les Cahiers de Science et Vie 229 Une odyssée des femmes

Une odyssée des femmes

Item sans titre Le rusé Ulysse, le bouillant Achille, le courageux Hector… Les noms de ces valeureux héros semblent gravés à jamais dans la mémoire collective. Ceux des grandes figures féminines de L'Iliade et de L'Odyssée , qu'elles soient humaines ou divines - la belle Hélène, enjeu de la guerre de Troie ; Pénélope, fidèle épouse d'Ulysse ; l'enchanteresse Circé, etc. -, ont aussi traversé les siècles. On a toutefois longtemps réduit leur rôle à l'incarnation de différentes facettes de la féminité : la femme fatale, la fidèle épouse, la dangereuse sorcière… On redécouvre désormais leur place souvent centrale dans la progression dramatique, leur complexité et même leur puissance. Entre stéréotypes anciens et relectures féministes contemporaines, comment interpréter les représentations du féminin dans l'épopée d'Ulysse ? “Depuis l'époque archaïque jusqu'à la fin du monde hellénistique, la littérature témoigne d'une société grecque profondément inégalitaire, dans laquelle le pouvoir à l'intérieur de la famille appartient au père et le pouvoir à l'intérieur de la cité appartient au monde masculin” , remarque Pauline Schmitt Pantel, professeure émérite d'histoire grecque à l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne. Il n'y a pas d'auteures dans la société grecque - à l'exception de la poétesse Sappho -, les poèmes homériques véhiculent ainsi un discours masculin sur les femmes, forgé au sein d'une société patriarcale. “Dans les temps anciens, on peut imaginer que les femmes ont participé à la conception orale et collective du mythe” , suppose Daphné Le Digarcher Doublet, doctorante en littérature comparée à l'université de Caen Normandie, qui consacre une thèse aux réécritures de Pénélope, entre mondes anciens et représentations contemporaines. “Mais il a ensuite été véhiculé par les

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Les Cahiers de Science et Vie 229 Un voyage dans la condition humaine

Un voyage dans la condition humaine

Item sans titre Les Cahiers de Science & Vie : Si vous deviez résumer en une phrase ce dont parle vraiment que diriez-vous ? François Hartog : Je dirais que L'Odyssée est avant tout une méditation sur la condition humaine. Le poème met en scène les frontières qui structurent le monde grec : celles qui séparent les hommes des dieux ou des animaux, mais aussi de tout ce qui n'est pas pleinement humain - on peut citer les cyclopes, les cannibales rencontrés par Ulysse et ses compagnons au pays des Lestrygons, ou d'autres créatures qui vivent à la marge de l'humanité. Ulysse est une figure exceptionnelle parce qu'il se tient justement à la frontière de ces mondes. Il s'aventure jusqu'aux limites de l'expérience humaine : il descend dans le royaume des morts, il affronte des créatures monstrueuses, il séjourne chez des déesses qui tentent de l'arracher à sa condition mortelle. À plusieurs reprises, il est au bord du basculement - vers l'animalité, vers l'immortalité. Toute L'Odyssée pose donc cette question : qu'est-ce qui définit l'humanité ? Et la réponse grecque est très claire : l'homme est un être mortel qui vit dans une société organisée, qui honore les dieux en leur offrant des sacrifices d'animaux domestiques. Les humains sont aussi décrits comme des “mangeurs de pain” , et pour produire ce pain, il faut cultiver le blé. Cela suppose une maîtrise de l'agriculture, et donc la civilisation. Pierre Sauzeau : Les œuvres de ce niveau sont des œuvres-monde, des œuvres totalisantes. On ne peut pas

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Les Cahiers de Science et Vie 229 1936 , Naissance d' un mythe

1936 , Naissance d' un mythe

Ah, l'été 36 et ses premiers congés payés ! Le brave populo enfourche son vélo et part prendre le soleil sur des routes blanchies de poussière et des chemins qui sentent la noisette. C'est la grande ruée vers la mer ou la montagne, le sac sur le dos, la valise ficelée sur le porte-bagages, la grande récré des ouvriers avec le sandwich au saucisson enveloppé dans le journal et le gros rouge qu'on s'envoie derrière la cravate sur le bord du talus. Pour la première fois, le temps n'appartient plus à l'usine ! Chacun se souvient de cette échappée belle en noir et blanc saisie avec tendresse par Robert Doisneau ou Willy Ronis. La France d'en bas, en short et la casquette tournée, découvre les bains de mer et le goût du large. Cette bouffée d'air frais compte parmi les premières images convoquées par notre mémoire collective à l'évocation du Front populaire. Bien plus qu'un moment politique, l'union des gauches de 1936 nourrit désormais une mythologie puissante : celle d'un âge d'or fugace, suspendu entre deux catastrophes, une parenthèse lumineuse d'où émergent des conquêtes sociales décisives. Mais

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