Marie-Antoinette releva à peine la tête lorsque la porte s'ouvrit. Elle se redressa légèrement sur son siège, pour ne pas donner au garde municipal le plaisir de constater sa tristesse, et jeta machinalement un regard à Madame Élisabeth, sa belle-sœur, également prisonnière, qui ne leva pas les yeux de sa broderie, ainsi qu'à sa fille, la petite Marie-Thérèse, qui, de son côté, posa le livre de géographie qu'elle était en train d'étudier, tout en lançant un regard effrayé à sa mère. La famille royale avait beau être enfermée depuis plusieurs mois dans la tour du Temple, où leur appartement faisait office de prison, la jeune fille de quatorze ans ne parvenait pas à s'habituer à ces nouvelles conditions de vie, ponctuées de fouilles impromptues, supposées déjouer les tentatives d'évasion, de bruits de clés ouvrant les portes verrouillées à l'heure des repas et des promenades, autorisées désormais uniquement sur la tour de garde et à des horaires restreints. Les sorties de la famille royale dans la cour avaient créé trop de chaos, le peuple se pressant par-dessus les remparts pour tenter d'apercevoir les membres de cette si célèbre lignée. Leur périmètre de déplacement avait dû être restreint. Voyant sa fille se mettre à trembler, la reine lui fit un geste imperceptible d'apaisement, comme elle le faisait autrefois dans les jardins de Trianon, lorsque la petite fille s'échauffait trop, criant de plaisir en courant après les papillons, au risque d'attraper une insolation. Ce geste familier apaisa immédiatement Marie-Thérèse, qui reprit sa lecture, sans prêter plus d'attention au garde qui venait de pénétrer dans l'appartement, suivi de deux femmes. - Voici ton repas, citoyenne, dit-il d'une voix bourrue en s'adressant à la reine, tout en posant un plateau composé d'un bol de soupe et d'une assiette garnie de viande et de légumes bouillis sur la table. - Merci, se contenta de répondre la reine, habituée à présent à ces familiarités. Elle ne parvenait pas à utiliser le vocabulaire révolutionnaire, incapable de tutoyer un interlocuteur et encore moins de l'appeler « citoyen », mais faisait attention à ne plus employer le mot « monsieur », qui lui avait échappé à plusieurs reprises, les officiers municipaux l'ayant aussitôt reprise avec une violence qui l'avait surprise, en dépit de tout ce qu'elle venait de traverser ces dernières années. Désormais, elle s'était résolue à employer un ton neutre, poli sans être familier, n'utilisant pas les mots de l'ordre nouveau mais sans utiliser non plus ceux de l'ancien régime, qui rappelaient trop sa situation aux yeux de ses geôliers. Cela lui convenait et semblait convenir aussi à ses gardiens. Derrière le garde municipal, elle reconnut madame Tison, la femme chargée de l'entretien de l'appartement et du linge des détenues, qui était en réalité surtout présente pour surveiller la famille royale, ce qu'elle ne se privait pas de faire, observant d'un œil avisé tout ce qui pouvait paraître suspect à chaque fois qu'elle pénétrait dans les lieux. Marie-Antoinette la salua d'un mouvement de la tête, comme elle était accoutumée à le faire. - As-tu du linge à me confier, citoyenne ? lui demanda sans plus d'ambages madame Tison, en jetant un regard circulaire à la pièce. La reine hocha la tête et se leva, se dirigeant vers un recoin de la chambre où des chemises et du linge de table avaient été déposés
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