Les Veillées des Chaumières - Le numéro 3674 du 13 mai 2026

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La Une de Les Veillées des Chaumières n°3674 du 13/05/2026

Au sommaire de ce numéro

Les Veillées des Chaumières 3674 Le hameau de la reine

Le hameau de la reine

Marie-Antoinette releva à peine la tête lorsque la porte s'ouvrit. Elle se redressa légèrement sur son siège, pour ne pas donner au garde municipal le plaisir de constater sa tristesse, et jeta machinalement un regard à Madame Élisabeth, sa belle-sœur, également prisonnière, qui ne leva pas les yeux de sa broderie, ainsi qu'à sa fille, la petite Marie-Thérèse, qui, de son côté, posa le livre de géographie qu'elle était en train d'étudier, tout en lançant un regard effrayé à sa mère. La famille royale avait beau être enfermée depuis plusieurs mois dans la tour du Temple, où leur appartement faisait office de prison, la jeune fille de quatorze ans ne parvenait pas à s'habituer à ces nouvelles conditions de vie, ponctuées de fouilles impromptues, supposées déjouer les tentatives d'évasion, de bruits de clés ouvrant les portes verrouillées à l'heure des repas et des promenades, autorisées désormais uniquement sur la tour de garde et à des horaires restreints. Les sorties de la famille royale dans la cour avaient créé trop de chaos, le peuple se pressant par-dessus les remparts pour tenter d'apercevoir les membres de cette si célèbre lignée. Leur périmètre de déplacement avait dû être restreint. Voyant sa fille se mettre à trembler, la reine lui fit un geste imperceptible d'apaisement, comme elle le faisait autrefois dans les jardins de Trianon, lorsque la petite fille s'échauffait trop, criant de plaisir en courant après les papillons, au risque d'attraper une insolation. Ce geste familier apaisa immédiatement Marie-Thérèse, qui reprit sa lecture, sans prêter plus d'attention au garde qui venait de pénétrer dans l'appartement, suivi de deux femmes. - Voici ton repas, citoyenne, dit-il d'une voix bourrue en s'adressant à la reine, tout en posant un plateau composé d'un bol de soupe et d'une assiette garnie de viande et de légumes bouillis sur la table. - Merci, se contenta de répondre la reine, habituée à présent à ces familiarités. Elle ne parvenait pas à utiliser le vocabulaire révolutionnaire, incapable de tutoyer un interlocuteur et encore moins de l'appeler « citoyen », mais faisait attention à ne plus employer le mot « monsieur », qui lui avait échappé à plusieurs reprises, les officiers municipaux l'ayant aussitôt reprise avec une violence qui l'avait surprise, en dépit de tout ce qu'elle venait de traverser ces dernières années. Désormais, elle s'était résolue à employer un ton neutre, poli sans être familier, n'utilisant pas les mots de l'ordre nouveau mais sans utiliser non plus ceux de l'ancien régime, qui rappelaient trop sa situation aux yeux de ses geôliers. Cela lui convenait et semblait convenir aussi à ses gardiens. Derrière le garde municipal, elle reconnut madame Tison, la femme chargée de l'entretien de l'appartement et du linge des détenues, qui était en réalité surtout présente pour surveiller la famille royale, ce qu'elle ne se privait pas de faire, observant d'un œil avisé tout ce qui pouvait paraître suspect à chaque fois qu'elle pénétrait dans les lieux. Marie-Antoinette la salua d'un mouvement de la tête, comme elle était accoutumée à le faire. - As-tu du linge à me confier, citoyenne ? lui demanda sans plus d'ambages madame Tison, en jetant un regard circulaire à la pièce. La reine hocha la tête et se leva, se dirigeant vers un recoin de la chambre où des chemises et du linge de table avaient été déposés

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Les Veillées des Chaumières 3674 Le courrier des lectrices

Le courrier des lectrices

Nicole répondit par retour du courrier. « J'avais presque peur qu'une fois repartie, tu ne penses plus à moi », avouait-elle. Elle lui parla des lauriers-roses qui, jour après jour, fleurissaient doucement, des fleurs de ses derniers visiteurs qui se fanaient, mais Gilberte lui en apporterait bientôt d'autres, n'est-ce pas ? En terminant la lecture de la lettre, Gilberte resta bizarrement sur une impression d'inachevé, qu'elle n'analysa que quelques heures plus tard : Nicole n'avait pas parlé de Jean-Louis. Elle se prit alors à compter les jours qui la séparaient de son nouveau voyage dans le Sud, incontestablement heureuse de revoir Nicole, mais aussi peut-être (n'en avait-il pas lui-même émis le souhait) ? de croiser à nouveau l'élégant vieux monsieur… Pour tromper son attente, elle entreprit alors de reprendre sa correspondance avec les Veilleuses car de nouvelles lettres arrivaient presque chaque jour. Les propos s'y faisaient à présent plus personnels, et des tranches de vie complètes se dévoilaient à présent sous ses yeux. Et elle ne confondait jamais les histoires des uns et des autres, savait que c'était Micheline, du Bas-Rhin, qui faisait collection de boîtes de camembert, Yvette, de la Manche, qui avait été championne de tennis, ou encore le champenois Robert qui avait fait le tour de France à vélo dans son jeune temps. Elle-même parlait peu de sa propre vie, soucieuse plutôt de réconforter ses correspondants qu'elle sentait le plus souvent très seuls, comme l'avait fait remarquer Renée. Le week-end de la Pentecôte s'organisa en un temps record pour la famille, car, comme l'avait prévu Françoise, tout le monde fut enchanté par la perspective de voir la mer. On avait bien pensé aussi à la promesse faite à Nicole de lui offrir un réfrigérateur miniature, mais emporter l'appareil alors que la voiture serait déjà pleine à craquer se révéla vite hasardeux. Il fut donc décidé qu'on l'achèterait sur place. - À moins que l'ami de Nicole ne l'ait déjà fait, dit Françoise. Il en avait parlé, souviens-toi. La mère et la fille étaient chez Gilberte, en train d'écrire une lettre à Nicole pour lui annoncer leur prochaine venue, et elles se réjouissaient à l'avance en imaginant la joie de la vieille dame quand elle apprendrait la nouvelle. - Pourquoi rougis-tu comme ça, Maman ? Cela t'arrive si peu souvent ! - J'ai rougi, moi ? bredouilla Gilberte qui pensait que son trouble était passé inaperçu. Il faut dire que le chauffage est encore à fond. Rien que d'entendre évoquer Jean-Louis l'avait émue… Le second voyage vers le Sud fut certes agréable, mais mouvementé. Michel conduisait et Gilberte se tenait à ses côtés, tandis que les deux adolescents et leur mère s'entassaient à l'arrière. « Bon sang ! On dirait que vous avez régressé dix ans en arrière ! finit par dire le père. Ça me rappelle quand vous étiez petits et qu'on partait en vacances en été. À peine le trajet commencé, vous demandiez déjà quand si on était bientôt arrivés ! » Jérémy et Arthur s'agitaient en effet comme deux gamins, pressés qu'ils étaient non seulement d'arriver, mais aussi de faire la connaissance de la vieille copine de leur mamie, dont ils avaient appris la belle histoire des retrouvailles. - Tu ne trouves

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Les Veillées des Chaumières 3674 La Relève

La Relève

Désormais tous étaient réunis. Le petit Nathan ne quittait pas la main de son papa enfin retrouvé et la petite Myriam dévisageait sans arrêt ce grand monsieur qui ne cessait de l’embrasser. Ils vivaient tous rue Ordener en attendant de retrouver du travail et un logement pour les jeunes couples. J'avais ma petite idée pour ce qui était de l'emploi de Monsieur Bloch. Je me faisais fort de le faire réintégrer au Val mais je ne voulais pas lui créer de fausse joie alors je n'avais encore rien dit. Nous étions tous tellement émus de nous revoir. Cette famille sauvée, c'était comme une revanche sur cette sale guerre et l'enfer créé par Hitler et ses sbires. Et puis les jours se suivirent, les semaines aussi. Au début de l'été, j'allais mieux. Je reprenais du poids, je sortais, je marchais dans Paris, un Paris libre enfin ! Un après-midi, j'allai voir mon ami Riri ; il était brancardier à l'hôpital Bichat. Il était fou de joie de me retrouver. Nous sommes allés boire un demi sur les Grands Boulevards. Nous avons parlé du camp, de cette terrible marche dans le froid, et puis nous nous sommes quittés en nous promettant de nous revoir. Un peu plus tard je me suis rendu au Val. J'avais demandé à être libéré de mes obligations militaires, mon handicap me permettait de quitter l'armée. Le capitaine Froment ne serait plus qu'un capitaine à la retraite. J'eus tout de même le plaisir de revoir Luc Morel, il avait repris mon poste. Lui n'avait pas été prisonnier. Il avait rejoint Londres dès les premiers jours de juin 1940. Il avait fait ce qu'on appelait une « belle guerre ». Il était monté en grade, il était colonel et chirurgien-chef à présent, Il s'était marié à l'automne dernier et sa femme, la discrète Henriette, attendait un enfant pour Noël. Chapitre 8 A la fin du mois d'août, je me sentais assez fort pour partir à Cassagnac. Ce serait la première fois pour nos filles, j'étais heureux de leur faire découvrir ma région. Mais je ne voulais pas rester trop longtemps à Cassagnac car je tenais à reprendre en main le cours de ma vie. Pendant ma longue convalescence, nous avions beaucoup parlé de l'avenir avec Éloïse, je ne voulais pas rester sans rien faire. Dès la rentrée j'allais suivre de longues séances de rééducation. Je désirais retrouver l'usage de ma main puis je voulais reprendre un cabinet, devenir un médecin de famille à la façon de mon père. Le cercle allait se refermer, j'avais toujours voulu être proche de ce papa parti bien trop tôt. En attendant nous allions passer quelques jours sereins près des miens. C'est Raoul qui est venu nous chercher en gare de Montpellier pour nous éviter les tracas d'un changement de train avec les petites. Il nous a conduits en voiture jusqu'au village. Je le trouvais changé, mon joyeux compère des belles années. La guerre l'avait marqué lui aussi, il avait déjà repris son poste à la banque mais il avait vieilli, semblait moins enthousiaste, plus triste… La mort de son frère, celle de son père l'avaient définitivement sorti de la jeunesse. Lorsque nous nous sommes retrouvés face à face, nous avons pu mutuellement remarquer les ravages exercés par nos années de captivité.

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Les Veillées des Chaumières 3674 La Maison des rêves

La Maison des rêves

Depuis le soir où Carolly avait mystérieusement disparu, le cottage semblait s'être endormi dans une sorte de léthargie significative du manque d'activités qui y régnait. Lady Trump ne sortait plus guère de chez elle, atteinte d'une grave maladie qui rongeait son corps tout autant que les remords tardifs corrodaient son esprit. Le prêtre, qui venait la voir chaque semaine, lui proposait son aide sans succès. - Vous ne pouvez rien pour moi. Personne ne peut rien pour moi… Elle mourut seule, par une nuit de tempête, dans l'attente du docteur Wicks qui ne s'était pas pressé pour accourir à son chevet. « Sa mort ne sera que justice, pensait-il. Elle a fait tant de mal autour d'elle ! » Lui aussi était poursuivi par de poignants regrets, dont il se défendait pourtant avec vigueur. - Après tout, je n'ai fait que mettre au monde le bébé de Rebecca… Ce qu'il était advenu ensuite du petit, il le devinait. Hetty Brook avait commandé à sa nièce de disparaître avec l'enfant, ce qu'elle avait fait sous la menace… Qu'étaient-ils devenus l'un et l'autre ? Deux années passèrent. Hetty Brook avait déménagé et elle menait à présent grand train à Londres où sa fortune nouvellement acquise n'attirait pas la curiosité outre mesure. Elle ouvrit dans Bond Street une maison de couture qui connut bientôt une belle affluence, au point que certaines dames de la bonne société ne dédaignèrent pas de venir s'habiller chez elle. Elle se montrait toujours aussi avare, et n'eussent été les patrons qu'elle achetait à Paris à prix d'or, on ne serait pas revenu chez elle de sitôt… - Vous aurez, chère Madame, le privilège de dire à vos amies que vous vous êtes fournie chez moi, répondait-elle. - Chez vous ? Mais pour qui vous prenez-vous à la fin ? Aussitôt elle laissait entendre qu'elle cultivait des relations haut placées… pour leur avoir rendu service autrefois. Et quel service ! - Votre boutique n'a encore accueilli aucune des dames de la cour. - Cela ne saurait tarder. Elle paraissait si mystérieuse, quand elle s'exprimait ainsi, qu'elle intriguait beaucoup de gens. - De qui, en particulier, voulez-vous parler ? lui demanda un journaliste venu l'interviewer à l'occasion de sa nouvelle collection. - Mais… ne serait-ce que de la nouvelle duchesse de Thumberland ! - Rebecca ? La femme d'Arthur ? - Parfaitement, mon cher… - Voilà qui est intéressant… Je me suis laissé dire qu'à Dornoch, où elle a passé les dix-huit premières années de sa vie, sa mère lui interdisait toute relation avec les gens du voisinage… Elle aurait été élevée comme une nonne… - Comme une nonne ! Hetty éclata de rire : Décidément vous êtes impayable ! Sous le sceau du secret, je vous confierais bien quelque chose… - N'est-ce pas

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Les Veillées des Chaumières 3674 La voix du sang

La voix du sang

Item sans titre Damien et Alba Dessieux formaient un couple admirable. Leur rencontre avait été un fabuleux coup de foudre et ils s'étaient mariés quelques mois plus tard. Ils vivaient depuis dans une parfaite osmose, dans la bulle enchantée qu'ils s'étaient créée, se suffisant l'un à l'autre. Beaux et riches tous les deux, ils suscitaient l'envie. Ce qu'ils aimaient par-dessus tout, c'était les longues balades sur les plages normandes, les promenades dans les rues de Fécamp où ils rendaient distraitement les saluts qui leur étaient adressés. On vantait l'élégance et la ligne parfaite d'Alba. Les hommes jetaient de discrets regards à cette magnifique brune au teint diaphane, vive et enjouée, au sourire enjôleur. Parfois, elle venait surprendre Damien à son travail. Il dirigeait une agence de voyages et ses affaires prospéraient en raison du tourisme qui prenait un essor considérable en ce début de vingtième siècle. Au gré de ses envies, elle l'emmenait manger des fruits de mer à Étretat, voir un coucher de soleil, marcher au hasard sur le sable. Damien protestait pour la forme, mais savait qu'elle parvenait toujours à ses fins, au risque d'entrer dans de violentes colères. Même si cela blessait parfois son amour-propre, il aimait chez elle jusqu'à ses accès de rage, qui révélaient un tempérament de feu. Il cédait à tous ses caprices, retournait chercher l'ombrelle qu'elle avait oubliée à la maison, gardait toujours un châle à portée de main, veillait à ce qu'elle ne prenne pas froid. C'était là sa hantise : elle était de santé fragile. Pendant la troisième année de leur mariage, il commença à s'inquiéter. Alba manifestait moins d'entrain, toussait souvent, avait parfois du mal à respirer. Les sourires, qu'elle voulait rassurants, le réconfortaient de moins en moins. Sa minceur tant jalousée se transformait peu à peu en maigreur, de profonds cernes ombraient ses grands yeux bruns et sa carnation si claire prit une teinte malsaine et livide. Elle connaissait de brèves rémissions pendant lesquelles ils reprenaient tous deux espoir, repartaient pour de longues excursions, dont elle revenait

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Les Veillées des Chaumières 3674 L'art en majesté

L'art en majesté

Des portraits à la présence saisissante. Des sujets religieux glorifiant la dévotion et les dogmes sacrés. Nous sommes au « Siècle d'or » de la monarchie espagnole des Habsbourg (1516-1700), à l'apogée économique et artistique de son empire. L'influence politique et culturelle du royaume d'Espagne, qui reçoit l'or de ses colonies, s'étend sur une grande partie de l'Europe, des Amériques et jusqu'en Asie. La richesse du roi et celle de l'Église favorisent la vitalité artistique. Les cours royales se font mécènes et

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