Eloïse m'expliqua alors qu'un prisonnier de guerre avait fait une déclaration concernant la mort d'un de ses camarades, le père des petites. Comme il était resté quatre longues années en Allemagne et en plus il avait été retenu du côté russe pour une erreur d'identité, il n'était revenu à Paris que ces tout derniers jours. Il avait la plaque militaire de son compagnon ainsi que son portefeuille. Il avait tout gardé pendant ces longues années de captivité, et s'était promis de faire les recherches voulues en rentrant. C'est ce qu'il avait fait. Il avait confirmé que le corps de son malheureux camarade avait été emporté par les flots. Plus rien ne s'opposait à l'adoption définitive de Lydie et Emma. Mais je remarquais que mon Éloïse semblait hésiter. Elle avait certainement quelque chose d'autre à me dire. Je la questionnai gentiment. Alors elle s'approcha de moi et s'installa sur mes genoux. Comme bien des femmes, la coquine savait bien y faire. Elle se faisait toute câline pour m'exprimer ce qu'elle voulait. J'attendais, bien décidé à la laisser languir, je n'allais pas l'aider, à elle de s'expliquer : - Tu m'as bien dit que tu avais peur que je m'ennuie à Cassagnac, n'est-ce pas ? - Oui, aurais-tu changé d'avis concernant notre installation ? - Mais non, pas du tout, au contraire j'ai hâte d'y être mais j'ai trouvé quelque chose pour m'occuper tout à fait si tu es d'accord. Comme je ne réagissais pas, elle a continué : - Voilà, la directrice des Oisillons m'a fait une proposition. Il s'agit d'un petit garçon, il a tout juste un mois, sa mère l'a abandonné devant la porte, il n'avait que quelques heures. Elle a sonné et s'est enfuie. Une lettre expliquait qu'il s'appelait Éric, son père est un soldat allemand, déjà marié et père de famille, la mère a été tondue à la Libération, sa famille ne veut pas de cet enfant, alors la maman s'est décidée pour l'orphelinat. Madame Picquart a pensé à nous, il n'y a pas de soucis pour l'adoption, cela pourrait se faire en même temps que les filles. Un fils, qu'en penses-tu, mon amour ? Je comprenais mieux pourquoi ses yeux brillaient encore plus qu'à l'habitude. - J'en pense, j'en pense que je ne comprends pas pourquoi mon fils n'est pas déjà là ! Éloïse éclata de rire mais des larmes envahissaient ses joues. Elle s'était serrée contre moi, nous avons échangé un long baiser. Il y allait donc avoir quatre Froment de plus à la fin de l'année puisque ma mère allait adopter Eugène à la fin novembre. Les choses allaient s'accélérer, nous avions eu une offre intéressante pour l'avenue Foch, une banque voulait installer son siège social dans les beaux quartiers. Depuis trois jours Éric était à la maison. À nous les joies des réveils nocturnes et des biberons de minuit. Ma femme avait donné sa démission au dispensaire, elle voulait profiter à fond de ce bébé qu'elle n'attendait pas. Emma et Lydie avaient accueilli avec joie leur petit frère même si elles le trouvaient vraiment trop petit pour jouer ! Il était entendu avec le docteur Bertrand que j'allais reprendre son cabinet au début de l'année. Nous avions donc beaucoup de travail en perspective. Heureusement Lisette et son
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