Les Veillées des Chaumières - Le numéro 3677 du 24 juin 2026

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La Une de Les Veillées des Chaumières n°3677 du 24/06/2026

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Les Veillées des Chaumières 3677 La Relève

La Relève

Après le mariage, notre jeune couple allait s'offrir une escapade en Italie. J'avais bien l'intention de me le rappeler lorsque j'allais composer la précieuse corbeille, même si cela ne se faisait plus guère. Je tenais à gâter Jeanne plus encore qu'elle ne l'imaginait. Je donnai rendez-vous à Lisette, mon amie d'enfance, installée à Montpellier. À nous deux, nous devrions faire des merveilles. Il y avait déjà plusieurs années, j'avais confié cette tâche à Camille mais aujourd'hui, je tenais à me charger moi-même de ces présents, juste retour des choses. Et surtout, je savais que Jeanne allait apprécier mes efforts. Cela donnerait plus de valeur à ces cadeaux, du moins je l'espérais. Ce mardi, pas de futures mamans angoissées dans ma clientèle, pas de jeunes femmes à terme, ni de patients à l'état alarmant. J'ai donc pris ma journée. Ma jeune assistante avait des consignes : en cas d'urgence, elle devait diriger les personnes vers mes confrères de Bédarieux ou de Pézenas, voire Béziers. Je pouvais donc partir l'esprit serein. J'ai pris le train du matin, moins fatigant que la voiture. Lisette m'attendait au café de la gare. Nous avons bu un petit noir et puis nous sommes partis pour une folle journée d'emplettes. Heureusement, mon amie avait déjà un peu réfléchi à mes projets. Elle savait où m'emmener, chez un maroquinier connu pour l'excellence de son travail. J'allais trouver les bagages que je désirais : valise, mallette, sac de voyage, tout y était dans un joli dégradé de marron et de beige, très élégant. Ensuite Lisette m'entraîna chez une de ses amies modistes. Elle avait repéré une ravissante capeline. C'était le chapeau à la mode cet été et cela irait parfaitement avec les toilettes estivales de notre Jeanne. En ce qui concernait les robes, je l'avoue, j'ai laissé Lisette choisir : une ravissante toilette en vichy rose et blanc, un costume de plage corsaire et corsage en toile brodée, une robe du soir de soie blanche avec des dentelles écrues aux emmanchures et à la taille, un ensemble de nuit d'une légèreté presque indécente. Dieu, ni ma mère, ni Camille n'approuveraient ce choix… de la soie grège transparente, des dentelles qui dévoilaient plus qu'elles ne cachaient mais il semblait que c'était la toute dernière mode et je pensais que le marié, lui, saurait apprécier ! Ensuite nous nous sommes rendus chez un parfumeur renommé. Sur les conseils de mon accompagnatrice, j'ai choisi une trousse de voyage, le dernier parfum de Lancôme, Magie, quelques objets de toilette, brosse, miroir, sels de bain, crèmes et poudres, toutes ces jolies choses que les femmes trouvaient indispensables et nous bien inutiles… Nous avions ensuite rendez-vous avec le mari de Lisette, bijoutier de son état. Je leur ai offert à déjeuner dans une brasserie de la place de la Comédie. Après le repas, délicieux et dans une ambiance très agréable, j'ai suivi mes amis à la boutique pour choisir les bijoux que je désirais offrir à la mariée, une montre-bracelet, une parure, un tour de cou et des boucles assorties. J'en profitai pour choisir un bijou à ma chérie. Je ne la gâtais pas assez, toujours tellement pris par mon travail et notre vie de famille. Je découvris une paire de dormeuses en améthyste qui avaient presque la couleur de ses magnifiques yeux violets. Avant de rentrer,

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Les Veillées des Chaumières 3677 Le chant des souvenirs

Le chant des souvenirs

Florian frappa à la vitre de l'atelier. Son grand-père, penché sur son établi, releva la tête et sourit en apercevant le jeune homme. - Entre mon grand, lui lança-t-il en reposant sur la table l'appeau qu'il venait de terminer. - J'ai sonné à La Mésangère mais comme je n'ai pas eu de réponse, je me suis douté que tu étais ici. La Mésangère était le nom qu'André avait donné à son pavillon, mitoyen de l'atelier, lui-même mitoyen de son magasin d'appeaux. Le vieil homme partageait son temps entre ces trois lieux, sur lesquels il régnait depuis plus de cinquante ans. - Veux-tu entendre le son de mon nouvel appeau ? demanda André, impatient de le faire découvrir à son petit-fils. - Bien sûr, répondit ce dernier. - Alors ferme les yeux et écoute, dit André en saisissant l'appeau qu'il venait de déposer sur son établi et en le portant à ses lèvres. Florian s'exécuta et aussitôt, une mélodie remplit la pièce de son chant harmonieux. André souffla à plusieurs reprises et de manières différentes afin que les trilles de l'appeau expriment toutes les nuances du chant d'oiseau. - Alors ? interrogea-t-il dès que Florian eut rouvert les yeux. Le jeune homme réfléchit quelques instants, essayant d'identifier le son qu'il venait d'entendre. - Il me semble qu'il s'agissait de… d'une bergeronnette grise ? répondit-il en interrogeant son grand-père du regard. Celui-ci porta sa main à son front, avec un air de désespoir feint. - Ou cet appeau est totalement raté ou j'ai été un bien piètre professeur ! s'exclama-t-il d'une voix dramatique qui fit sourire Florian. Il s'agit d'un chardonneret, voyons ! Comment as-tu pu les confondre ? ajouta-t-il en portant à nouveau l'appeau à ses lèvres pour faire résonner encore une fois les trilles du petit oiseau. Florian hocha la tête, reconnaissant enfin le chardonneret dont le chant l'avait si souvent enchanté lorsqu'il écoutait les oiseaux dans la forêt, aux côtés de son grand-père. - Ton appeau est parfait, papy, dit-il, reconnaissant sa méprise. Tes appeaux le sont toujours, ce sont les meilleurs de la région, ajouta-t-il en regardant son grand-père avec affection. C'est moi qui suis étourdi en ce moment. - Il est vrai que je te trouve distrait depuis quelque temps, dit André en rangeant l'appeau sur une étagère, au milieu de ceux qu'il avait déjà terminés. Tu as « la tête ailleurs » comme aurait dit ta grand-mère. Est-ce que cela ne cache pas une histoire d'amour par hasard ? ajouta-t-il en jetant un regard malicieux à son petit-fils. - Cela n'a rien à voir ! se récria Florian. J'ai des soucis à mon travail et cela me préoccupe plus que je ne le voudrais. - Si c'est ce qui te préoccupe, peut-être souhaites-tu m'en parler ? demanda André, scrutant avec une soudaine inquiétude le visage fatigué de son petit-fils. André et son petit-fils étaient proches. Depuis son enfance, Florian s'était toujours confié à ce papy débonnaire et bienveillant, lui racontant ses chamailleries d'écolier jusqu'à ses premiers chagrins d'amour, au lycée. André, dont Florian était l'unique petit-enfant, savait trouver les mots qui réconfortent et encouragent. - Ne t'inquiète pas papy, il n'y a rien de grave, juste quelques tracasseries qui passeront rapidement. Est-ce que tu vas mettre le nouvel appeau en vente ? enchaîna-t-il, désireux de changer de sujet

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Les Veillées des Chaumières 3677 La Maison des rêves

La Maison des rêves

Pas une seule fois depuis le jour où sa femme l'avait mis dans l'obligation de reléguer la jeune fille au fin fond des bois, Lord Winfield ne s'était abstenu de venir voir Carolly. Enfermée dans sa détresse, il la trouva plus belle encore. - Je vous en supplie, dit-il, calmez-vous ! Nous trouverons une solution… Peut-être que si je suggérais à M. de Fleight de vous emmener à Londres, afin que vous puissiez continuer à élever Linley… Mais en même temps qu'il disait ces mots, il mesurait le vide profond que son absence creuserait en son existence. Depuis l'instant magique où elle avait posé son regard sur lui, il savait qu'il l'aimerait, et, peu à peu, c'était arrivé… Oh ! il ne lui en avait jamais rien dit, car, marié, il ne s'en reconnaissait pas le droit, mais à la pensée qu'elle pourrait ne plus habiter le cottage où il se reposait chaque après-midi quelques heures auprès d'elle, tandis qu'elle repassait le linge, faisait cuire un de ces gâteaux simples dont elle avait le secret, surveillait Linley dans son parc, il se sentait devenir fou. - Vous êtes le seul être au monde à qui je puisse parler sans détour, dit-elle, et vous voudriez me chasser ? Elle s'était arrêtée de parler et le regardait avec quelque chose dans le regard qu'il y avait vu parfois sans oser l'interpréter. - Carolly, non, ne vous méprenez pas… Mon plus cher désir serait de vous garder sous ma protection. Un silence, puis : - Que savons-nous de Cédric de Fleight ? Seulement qu'il est le père de ce petit être que vous avez choyé comme s'il était de votre sang… L'aviez-vous déjà rencontré quand vous viviez à Dornoch ? - Une fois, de loin, tandis qu'il chevauchait auprès de Rebecca Trump. Il ne m'a pas parlé d'elle, pourquoi ? - Parce qu'elle est mariée au duc de Thumberland et qu'il lui sera donc impossible de s'occuper de son enfant. Linley ira habiter chez son grand-père. - Et je ne le verrai plus ! Les larmes jaillissaient de nouveau, plus pathétiques encore de n'être point retenues. Alan se leva et alla vers la minuscule fenêtre largement ouverte sur la nature ensoleillée. Tout semblait calme autour d'eux, serein. Le contraste entre le tourment de leurs âmes blessées et l'apparente tranquillité qui régnait dans les bois accentuait la fragilité de l'instant… - Carolly… Vous devez savoir combien vous m'êtes chère. Quel apaisement je trouve auprès de vous. Ma vie est un échec… Ni Alyster ni Elisabeth ne m'ont apporté le bonheur… Suis-je l'homme impossible que certains se plaisent à voir en moi ? Ni l'une ni l'autre n'ont été heureuse à Dream House. Et je ne peux que m'en accuser… - Non !

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Les Veillées des Chaumières 3677 Le Fantôme de minuit

Le Fantôme de minuit

Le docteur Field qui venait d'examiner Amina fronça les sourcils et s'adressant à la femme de chambre qui l'attendait sans mot dire, demanda : - Que lui avez-vous fait avaler ? questionna-t-il sévèrement. - Moi ? Mais rien ! Vous devriez voir pour cela Lady Margaret. Elles ont pris le breakfast ensemble. Voudriez-vous me suivre, docteur ? Sir Kenneth souhaite s'entretenir avec vous. - Allons, dit-il brièvement. Dans sa robe noire immuable sur laquelle tranchait un tablier blanc immaculé, Mary semblait glisser sur le parquet de chêne dit « à points de Hongrie » qui fleurait bon la cire. Toutes les fois que le docteur Field pénétrait dans cet hôtel particulier, il ne cessait d'en admirer la décoration et les œuvres d'art qui y étaient entreposées. Il remarqua aussitôt qu'une toile qui faisait pendant à un tableau de l'École de Fontainebleau avait été décrochée. À son emplacement subsistait sur le mur une trace jaunie du plus mauvais effet. Field se retint pour ne pas questionner la femme de chambre. De toute façon, connue pour être d'une discrétion absolue et d'un dévouement à toute épreuve, elle ne lui aurait donné aucune réponse. Les quelques ragots qui circulaient en ville ne provenaient que des rares domestiques qui avaient été renvoyés quelque quatre ans auparavant, à l'époque du drame. - Alors, Docteur, avez-vous examiné notre jeune malade ? interrogea Kenneth dès qu'il eut pénétré dans le petit salon attenant à son atelier. Il se balançait dans un rocking-chair et fumait un havane. - Asseyez-vous, je vous en prie… - Je ne lui ai rien trouvé d'extraordinaire hormis une malnutrition évidente. Cette petite n'a que la peau sur les os, ce qui ne l'empêche pas d'être joliment proportionnée… - Avez-vous remarqué son regard, Field ? Il en émane une telle lumière ! Elle aurait inspiré Botticelli ! - Et je suppose qu'elle vous inspirera également ? Il y avait de l'ironie dans la question du médecin. Kenneth le dévisagea : - Vous, vous mourez d'envie de me malmener ! Allez-y, je vous écoute ! - Votre jeune protégée serait-elle retenue sous votre toit contre sa volonté ? Et, enchaînant avec véhémence : - Elle a été droguée ! - Que me chantez-vous là ? - Ne t'inquiète pas, Kenneth, coupa Lady Margaret qui venait de pénétrer dans la pièce. Je n'ai fait prendre à cette enfant

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Les Veillées des Chaumières 3677 Une querelle de clocher

Une querelle de clocher

Depuis un bon moment, les esprits s'échauffaient dans l'arrière-salle du Coq d'argent. La brasserie était la dernière rescapée des cafés qui avaient fleuri au siècle dernier dans la commune d'un millier d'habitants. L'établissement ouvrait ses portes six jours sur sept - mercredi étant jour de relâche -près de la place bordée de platanes et face au siège de la coopérative agricole. En dépit des signes extérieurs de l'exode rural inéluctable, la commune résistait comme elle le pouvait. Les élèves ralliaient en bus le groupement scolaire situé dans l'agglomération. Ceux qui travaillaient en ville favorisaient le covoiturage. Les magasins de proximité avaient presque tous disparu au profit de commerces itinérants, dont un food truck, une épicerie de produits locaux ainsi qu'une librairie. Les habitants n'y avaient pas perdu au change. Le Coq d'argent était l'ultime bastion où se regroupait régulièrement la population. Depuis l'annonce de la prochaine assemblée générale de la coopérative agricole, le lieu battait des records d'affluence. Les discussions avaient débuté tôt le matin, à l'ouverture de la brasserie. Mady, la patronne, officiait en salle, alors qu'en cuisine son chef s'activait aux fourneaux. Elle ne savait plus où donner de la tête. Son regard allait de la table réservée aux exploitants agricoles qu'elle appelait les « traditionalistes », emmenés par Pierre Malavoy, à celle où s'étaient réunis les producteurs plus « modernistes », menés par Félix Durochel. Dans une semaine aurait lieu un vote décisif lors de l'assemblée générale d'Agrisol. Leur coopérative agricole spécialisée dans le négoce de céréales devait-elle fusionner avec un grand groupe agroalimentaire ou demeurer indépendante ? Telle était la question qui allait être posée aux adhérents. L'enjeu était de taille. L'exploitation de la famille Malavoy - dont Joseph, le patriarche, fêterait bientôt ses quatre-vingts ans - avait été à l'origine de la création de la coopérative. Son petit-fils, Pierre, avait pris la relève, en devenant l'un des trois administrateurs. Depuis plusieurs

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Les Veillées des Chaumières 3677 Hortense, reine kanake de l'île des Pins

Hortense, reine kanake de l'île des Pins

Située à 70 km au sud-est de Nouméa, la capitale de la Nouvelle-Calédonie, l'île des Pins est un confetti de 14 km sur 18, en bordure de l'océan Pacifique sud. Lorsqu'il la découvre en 1774, le navigateur et explorateur britannique James Cook la nomme ainsi en raison de l'abondante présence d'immenses pins colonnaires ; les Français y accosteront vingt ans plus tard. C'est un autre arbre qui attire la convoitise des marchands venus d'Australie à partir des années 1840 : le santal, dont le bois précieux est prisé pour son parfum. Le peuple autochtone, les Kunié, se retrouve plusieurs fois

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