C'était l'été. À la plage le soleil chauffait juste ce qu'il fallait. Pendant que ses parents s'activaient pour préparer les délicieux sandwichs dont ils avaient le secret, Rosa marchait vers la mer suivie de sa grande sœur qui veillait sur elle ; elles avançaient, joyeuses, en foulant le sable sous leurs pieds. Elles venaient ici, à la baie de La Ciotat, dans les Bouches-du-Rhône, tous les dimanches de mi-juin à fin août, c'était un rituel que leurs parents adoraient et elles aussi. Chacun prenait un vrai plaisir à déambuler dans les ruelles de cette ville si sympathique, à se promener au parc botanique du Mugel, où les chênes, les pins, les bambous, les fleurs sauvages embaument, à contempler l'île verte, les calanques, paysage si beau, si paisible. Puis, malgré le grand choix de plages, ils allaient toujours s'installer sur la plage familiale de Cyrnos, située le long de l'avenue Franklin-Roosevelt, face à un étonnant rocher surnommé « le bec de l'aigle ». Ce que les fillettes aimaient, c'était bien sûr s'installer sous le parasol et contempler un ciel souvent bleu, construire ensemble des châteaux de sable et de graviers, jouer au ballon et surtout, surtout se baigner dans cette mer si belle. En cette fin de matinée, elles avançaient donc, pas à pas, tranquillement vers la mer dont les petites vagues commençaient à caresser agréablement leurs jambes, puis leurs corps. Cette sensation suscitait un incroyable bien-être. Vraiment contentes, elles mirent en place presque immédiatement un jeu simple consistant à s'envoyer mutuellement de l'eau sur les cuisses, sur les bras, sur les épaules et même sur le visage ; pour y échapper, elles couraient presque dans l'eau, ce qui était plutôt amusant, mais elles s'éloignaient, malgré les recommandations de leurs parents. Soudain Rosa sentit une étrange pression sur sa tête ; une force invisible dont elle ne comprit pas l'origine qui la fit basculer et l'entraîna vers le fond. Malgré son souhait de sortir de là et de respirer, malgré les mouvements de ses bras, de ses jambes, elle se retrouva comme coincée, se mit à tourner en rond, incapable de remonter à la surface. Incapable de s'en sortir. Un sentiment de panique la saisit ; elle n'avait que sept ans, elle aurait bien voulu vivre encore un peu, beaucoup, mais elle allait se noyer, là, maintenant
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