La splendeur du jardin de Colette Moreau était connue bien au-delà des limites de son village. Depuis qu’elle avait remporté, plusieurs années de suite, le concours du plus beau jardin de Touraine, on se donnait l’adresse de ce lieu enchanteur dans toute la région et il n’était pas rare, les dimanches après-midi, de voir des promeneurs s’arrêter devant sa maison pour y admirer les bosquets fleuris, habilement disséminés autour du magnolia dont les fleurs rose vif refleurissaient chaque année au mois de mai. Madame Moreau avait toujours aimé jar-diner et passer du temps dans son jardin, même quand le temps était maussade. Elle répétait qu’après une heure de jardinage, on se sentait si bien que l’on oubliait tout, même le ciel gris. Son chat, Noisette, tout aussi féru de nature que sa maîtresse, l’accompagnait volontiers. D’un tempérament chaleureux, madame Moreau ne s’offusquait jamais lorsque des passants l’interrompaient pour l’interroger sur le type d’engrais qu’elle utilisait pour obtenir une floraison ou sur sa manière de planter telle ou telle espèce, et leur répondait au contraire avec plaisir. Noisette, aussi sociable que la vieille dame, n’hésitait pas non plus à s’avancer jusqu’à la grille pour se faire caresser. Derrière la maison, cachée de la rue, se trouvait l’autre moitié du jardin, aussi belle que la première. Un arbre de Judée y trônait en majesté, entouré d’un côté par un potager dont madame Moreau était aussi fière que de ses fleurs, de l’autre par des massifs d’espèces rares, dont elle expérimentait la culture, et d’une serre dans laquelle elle entreposait ses boutures et son matériel. Sa passion pour le jardinage lui venait de sa grand-mère, chez laquelle elle avait l’habitude de passer ses vacances scolaires durant son enfance, ses parents, commerçants, n’ayant que peu de temps à lui consacrer. Étant son unique petite-fille, sa grand-mère lui consacrait tout son temps et l’avait très tôt initiée à ce qui selon elle faisait « le sel de la vie » : un beau jardin. C’est auprès de son aïeule que la petite Colette avait appris à reconnaître les différentes espèces de fleur, à définir le meilleur emplacement où les planter, selon la direction du soleil et l’orientation du vent, à distinguer les plantes médicinales de celles dont on pouvait faire des soupes, à bouturer les fleurs et les arbustes, ainsi qu’à harmoniser entre elles les couleurs de chaque massif. Madame Moreau avait toujours conservé en mémoire le précieux souvenir de ces délicieux moments passés auprès de sa grand-mère et avait gardé une passion pour les jardins une fois devenue adulte. Après son mariage, elle s’était efforcée de consacrer quelques heures par semaine à entretenir le sien, ce qui n’était pas toujours facile avec son métier de bibliothécaire et la naissance de sa fille, Isabelle. Mais elle préférait se priver d’autres activités pour pouvoir passer au moins une ou deux après-midi auprès de ses fleurs. Une retraite bien méritée lui avait enfin permis de se dédier entièrement à sa passion et elle ne se privait plus de ce plaisir. Michel Guérin, le maire du village, qu’elle avait connu petit garçon, lorsqu’il venait à la bibliothèque avec sa classe, avait organisé une réception à la mairie pour la féliciter, la première fois qu’elle avait gagné le concours du plus beau jardin. Depuis, chaque victoire était partagée par le village tout entier. La beauté du jardin et la publicité faite au lieu étaient une fierté supplémentaire pour les habitants de ce village où il faisait bon vivre. Tout le monde admirait l’originalité et l’harmonie parfaite de
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