Seule Madame Armance semblait toujours aussi préoccupée. Elle devait faire face aux demandes incessantes de son fils, qui la pressait de se rendre au chevet de son mari, apparemment mourant. Certes, il n’avait jamais pressenti une folle passion entre ses parents, mais leur entente avait été assez bonne pour qu’elle lui rende une ultime visite, tout de même ! Grâce à lui, à son travail acharné pour lancer l’hôtel, elle avait eu une vie dorée, faite de plaisirs et de luxe, même si elle avait pris sa part du labeur, au point, ces dernières années, de le supplanter plus ou moins. La patronne s’inquiétait aussi de l’attitude de Roselyne, s’étonnait qu’elle n’ait pas encore surenchéri sur ses demandes, exigé davantage en échange de son silence. Enquêter sur le lieu exact où se trouvait la lettre lui semblait peine perdue. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Comme pour la narguer en secret, Roselyne s’amusait, quand elle était en sa présence, à agiter doucement le bas de sa robe… La perverse jeune fille tentait aussi d’asticoter Léontine, mais la tâche s’avérait plus compliquée. La gouvernante l’avait à l’œil, ne lui lâchait jamais la bride sur le cou, guettait la moindre défaillance, tout en sachant qu’elle ne devait pas attaquer de front la nouvelle gouvernante d’étage, qui irait sûrement s’en plaindre à Madame Armance, en qui elle devinait une protec-trice occulte. Une dure journée venait de se terminer. Des maçons étaient venus rénover le dallage du hall et cela avait bousculé le déroulement habituel des activités. Hector et Léontine se plurent, une tasse de tisane à la main, à rester bavarder un peu au coin de la cheminée de la cuisine, dont, après y avoir fait rôtir les viandes, on laissait mourir le feu. – Vous faites preuve d’une réelle subtilité, ma chère, dit le majordome. Parvenir ainsi à jongler entre le trop et le trop peu dans vos relations avec Roselyne ! – Ne m’en parlez pas… C’est épuisant. Je me console en me disant que cette coureuse semble avoir définitivement lâché André. Sa relation avec Julie ne semble même pas l’atteindre. – C’est vrai qu’ils sont mignons, nos deux tourtereaux ! dit le majordome. C’est beau, l’amour… ajouta-t-il comme à regret, en laissant échapper un long et discret regard vers Léontine. Ils vont vous donner de beaux petits-enfants, soyez-en assurée ! Léontine le regarda d’un air malicieux. – Oh ! se récria Hector, je ne veux pas dire par là que vous avez l’air d’une grand-mère, loin de là ! Mais le cours des choses voudrait que… enfin, il serait naturel que… – J’ai compris, Hector, le coupa Léontine. Moi, je veux juste les voir heureux. Mais je ne m’en irai pas tant que cette Roselyne de malheur sera dans les parages, à crier sur les filles qu’elle dirige ! – Comment ça, vous en aller ? s’alarma Hector. – Oui… dit doucement Léontine. Vous pensez bien que je vous en aurais parlé un jour ou l’autre, mais puisque l’occasion se présente… Le majordome, stupéfait et inquiet, était suspendu à ses lèvres. – Les récents événements concernant André, l’attitude incompréhensible de Madame Armance, tout cela commence à me persuader que je dois quitter cette maison, dit tristement Léontine. Je n’ai plus le même plaisir qu’avant à y travailler. Dieu sait pourtant si cet hôtel représentait toute ma vie… Sa voix s’étranglait. Hector lui saisit la main. – Eh bien, sachez que… que moi aussi, je… Votre
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