Claire avait depuis longtemps renoncé à fêter Noël. Parfois, elle avait l'impression que c'était Noël qui avait renoncé à elle, comme si la vie refusait de lui donner les joies simples que la planète entière semblait partager à ce moment-là. Le confort d'une famille, d'un foyer, parfois un feu de cheminée flambant et crépitant, un repas partagé, un sapin décoré ou des illuminations… Bon, les illuminations, elle les avait : chaque nuit, depuis la mi-novembre, elle était empêchée de dormir par le traîneau clignotant du père Noël, volant pour deux mois au beau milieu de la guirlande installée en travers de la rue. Ses vieux volets ne suffisaient pas à bloquer la lumière rouge qui pulsait sur son plafond, sur ses murs et, lui semblait-il, jusqu'au fond de son crâne, alors qu'elle restait là, allongée, à attendre le matin. Claire ne dormait de toute façon plus très bien depuis longtemps. Elle était triste, angoissée, et les sites d'information qu'elle consultait pendant ses insomnies ne l'aidaient guère à se rendormir. Elle n'avait pas renoncé qu'aux fêtes de Noël, mais, peu à peu, à tout ce qui apporte du confort dans l'existence. Comme si la retraite l'avait envoyée directement en fin de vie… Voilà ce que disaient ses anciennes collègues quand elles la croisaient en ville, fatiguée dans le bus, ou perdue dans les allées du supermarché. C'était là que Claire se trouvait, un matin de décembre, pestant contre l'envahissement saisonnier des rayons par toutes sortes de boîtes de chocolats rouges, vertes ou dorées, ou d'assortiments de foies gras et autres champagnes en promotion. Impossible de trouver les biscottes… - Claire ! Ça fait un bail ! - Oui, peut-être… Claire croisait bien assez souvent Anne à son goût. Son ancienne directrice la dévisageait derrière ses lunettes demi-lune. - C'est vrai que vous êtes retraitée, maintenant, vous aussi ! Bienvenue au club… Vous avez dû constater qu'on n'a pas le temps de s'ennuyer ! S'ennuyer ? Claire ne faisait que ça… - Eh bien, je… Anne n'attendait pas de réponse, elle continuait de parler, remontant maintenant les manches de son manteau pour dénuder ses avant-bras. - Regardez
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