A l'origine, le bois qui s'étend de la sortie du village jusqu'au marais, sur environ trois kilomètres en ligne droite, ne s'appelait pas ainsi. On dirait qu'il n'a jamais eu de nom ou alors, il y a très longtemps. Il appartient à cette minuscule commune de Sologne et la chasse y est strictement interdite. Il a fallu ce drame pour que les gens du coin lui donnent ce nom, « Le petit bois tragique ». Et c'est en partie à moi qu'il le doit. On a eu beau me répéter que je n'y étais pour rien, que c'était le destin, je sais que j'aurais pu faire en sorte qu'il ne porte jamais ce nom. J'y vais encore de temps en temps, c'est plus fort que moi. Je ne peux pas remonter le temps mais il n'est pas interdit de courir après les fantômes dans l'espoir insensé d'obtenir leur pardon. C'était il y a dix ans. Parfois ça me semble loin, d'autres jours, c'est comme si c'était arrivé hier. Je m'appelle Séréna. J'ai grandi dans ce charmant trou perdu de Sologne et puis j'en suis partie, emportant un fantôme clandestin dans mes valises. Je voulais le fuir, mais il s'est accroché à moi. Antoine refusait que je le quitte. Antoine était très possessif. J'avais 19 ans et aucun bagage. Mon cursus scolaire s'était arrêté à la fin des années lycée, je n'avais jamais aimé l'école. Jeanne, une cousine parisienne, m'a hébergée les premiers temps, dans son petit studio sous les toits. C'est elle qui m'a branchée sur ce job de plongeuse dans un restaurant de Montmartre. Au début, je détestais cet emploi aux horaires si contraignants, aux week-ends et aux jours fériés inexistants, mais il me permettait de gagner modestement ma vie et d'aider ma cousine à payer le loyer et les factures. J'avais laissé Diego, là-bas, en Sologne. Avec ce drame, ça n'aurait jamais marché entre nous. Un peu plus d'un an plus tard, j'avais réussi à mettre de l'argent de côté et mon boulot ne me déplaisait plus, au contraire, il me passionnait. Je ne faisais presque plus jamais la plonge, avec le chef, j'apprenais la cuisine. Il disait
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