Nous Deux - Le numéro 4130 du 24 août 2026

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La Une de Nous Deux n°4130 du 24/08/2026

Au sommaire de ce numéro

Nous Deux 4130 Jéhanne et l’homme-loup

Jéhanne et l’homme-loup

[email protected] a chaleur est écrasante en ce jour d’août 1612, je le consigne pour mémoire dans le registre paroissial, comme je le fais chaque jour depuis que je suis curé de ce petit village de Trois-Croix, au bord de la Loire. Et cela fait bien longtemps déjà : je suis un très vieil homme. Ma mémoire est intacte et lorsque, les nuits d’insomnie, je me penche sur ces pages pleines de ma vie et des leurs, je me souviens des odeurs, des saveurs, de la morsure du froid et de la brûlure du soleil, de tous les yeux que j’ai fermés, de tous ceux que j’ai vus s’ouvrir à l’aube de leur vie. Tout est là, pour ne jamais rien oublier, jusqu’aux repas de noces auxquels j’ai été convié, aux mets qui y ont été servis. Je suis leur curé, ils ont confiance en moi bien plus que j’ai confiance en eux. Je connais tous leurs travers, tous leurs mensonges et même pour certains et certaines, leurs crimes inavoués, impunis. Dieu se chargera de leurs âmes, moi je ne suis qu’une soutane. Quand j’ôte ce vêtement le soir, il me semble bien que je ne suis plus personne, ou si peu de choses. Un petit amas de poussière que le vent, un jour, emportera dans son tourbillon. Je suis sans doute un peu vaniteux, mais je ne veux pas disparaître dans le néant du tombeau, j’ai envie que l’on se souvienne de mon nom : Eudes Lecordelier. Que l’on s’en souvienne comme de celui d’un homme de bien qui ne s’est jamais écarté du droit chemin de la juste Justice, celle des hommes, mais surtout celle de Dieu. Mes paroissiens voient le diable partout, ils me parlent souvent de lui. Comment pourrais-je leur dire que c’est en leurs esprits égarés qu’il réside le mieux, le plus au chaud, si bien nourri ? Ils ne comprendraient pas. Ils ne savent pas, ils ne sont pas instruits, n’ont jamais tenu un livre entre leurs mains. Ils naissent dans la terre, y vivent les pieds dedans, puis elle les avale. Leur vie est brève et laborieuse, mais ils n’ont pas le temps d’y songer. Il faut être curé pour penser à cela. Aujourd’hui, la population

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Nous Deux 4130 Au bois des sœurs tanneuses

Au bois des sœurs tanneuses

Rose gara sa voiture sur le bas-côté, juste à l’entrée d’un petit chemin forestier. Tôt ce matin, après l’une de ces nuits d’insomnie dont elle était coutumière, elle avait fourré dans son coffre son matériel de photographe et avait roulé pendant une cinquantaine de kilomètres sans but précis. Une bonne dizaine de fois, elle s’était arrêtée pour prendre des photos aux abords des villages normands qu’elle traversait, mais elle n’était pas tout à fait satisfaite. Il n’y avait là rien de vraiment extraordinaire. Du déjà-vu maintes fois, sans doute. Il lui arrivait parfois de manquer d’inspiration et c’était le cas aujourd’hui, jusqu’à ce que, tout d’un coup, à la sortie d’un village, un panneau attire son attention. Le bois des tanneuses. Elle avait lu ce nom dans l’un de ses livres d’histoire régionale, ou peut-être aux archives départementales où elle allait régulièrement glaner les informations qui légendaient ses images. Elle s’était dit qu’elle s’y rendrait un jour pour faire quelques photos : ce hameau avait une histoire bien particulière qui plairait à ses abonnés adeptes de frissons. Et puis, elle avait oublié. C’était une chance qu’elle soit tombée par hasard sur ce panneau. Elle enfila une veste légère sur son débardeur. Il faisait chaud au soleil, mais dans les sous-bois, il faisait toujours un peu frais. Elle sortit son trépied du coffre et mit son sac à dos sur ses épaules. Elle s’assura de ne pas avoir oublié son téléphone dans la voiture, la verrouilla et commença sa progression dans le fouillis de la végétation. Il y avait par endroits des remparts de ronces et d’orties et elle dut, à plusieurs reprises, rebrousser chemin pour emprunter un autre passage. Il fallait qu’elle trouve l’étang, et plus elle progressait, plus elle avait l’impression d’être en train de s’égarer. Elle sursauta lorsqu’un chevreuil déboula devant elle pour prendre la fuite. Puis elle sourit, charmée par la grâce de l’animal bondissant. Elle aurait bien aimé le prendre en photo, mais son appareil se trouvait dans son sac à dos et le chevreuil n’avait pas l’intention d’attendre qu’elle installe son trépied. Elle ne le voyait déjà plus. Elle s’arrêta un instant et huma l’air piquant

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Nous Deux 4130 Une surprenante rencontre

Une surprenante rencontre

Cela lui apprendrait à s’y prendre trop tard pour réserver ses vacances. Zélie n’avait plus le choix à présent qu’entre une cabane de pêcheurs perdue dans les dunes au bord de l’Atlantique, ou une bicoque dans la campagne bourguignonne. Elle qui rêvait de soleil et de Côte d’Azur ! Alors, elle choisit ce qui lui paraissait le moindre des maux, la maisonnette dans la campagne, plus près de Paris. Quitte à être déçue… Et puisque c’était comme ça, pour se punir davantage de sa négligence, elle ne prendrait que deux semaines. Quinze jours d’ennui à contempler les champs, ce serait amplement suffisant. – Tu exagères ! Ça n’est pas si mal. Regarde-moi cette magnifique cheminée, et ce jardin tout fleuri ! Au moins, tu te reposeras, tenta de la consoler son amie Olivia. Zélie se décida donc à partir. À sa descente de train, elle prit un taxi – l’annonce stipulait que la maison était « à proximité de la ville » mais elle était située à quarante kilomètres. « Le propriétaire sera là pour vous remettre les clés et vous faire visiter votre domaine », était-il encore écrit. Arrivée à destination, Zélie dut patienter une demi-heure que l’aimable loueur se présente enfin. En attendant, elle fit le tour du jardin, qualifié d’« édénique ». Il se composait en fait de quelques maigres roses trémières qui se battaient en duel çà et là et de buissons rabougris qui semblaient mourir de soif. Les mauvaises herbes poussaient entre les dalles de l’allée et la rampe de l’escalier qui menait à la maison était branlante. Ça promettait. – Ne vous asseyez pas là ! entendit-elle soudain crier. Le banc n’est pas très stable. Un vieux monsieur surgi de nulle part arrivait vers elle, d’un air qu’il voulait engageant, sans s’excuser de son retard. – Venez, je vous fais visiter, ajouta-t-il en mettant la clé dans la serrure. Une puissante odeur de renfermé sauta au nez de Zélie tandis qu’elle pénétrait dans la sombre entrée. Depuis quand cette demeure n’avait-elle pas été aérée

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Nous Deux 4130 Numéro inconnu

Numéro inconnu

[email protected] Le silence était son quotidien depuis un an. Un an que les murs résonnaient de l’absence de Pascal. Exactement 365 jours à pleurer la mort de son mari, son compagnon de plus de vingt ans, roulée en boule dans ce qui avait été le lit conjugal. 8 760 heures de solitude… Et puis un jour, le silence se tut. La sonnerie de son portable annonçant un texto. Pense à arroser les fleurs. Olivia crut à une erreur. Le numéro lui était inconnu, le message anodin, elle l’effaça. Puis, sa journée de travail à la bibliothèque terminée, elle rentra chez elle, dans sa belle maison trop vide. Pascal et elle n’avaient jamais éprouvé le désir d’avoir des enfants, préférant se consacrer l’un à l’autre, sortir, profiter, voyager… Maintenant, elle le regrettait, un peu égoïstement. Parce qu’il lui resterait quelqu’un à aimer encore, à chérir, un être qui lui rappellerait son amour perdu et l’aiderait à surmonter le chagrin qui était le sien et la rongeait à petit feu. À 45 ans, on était trop jeune pour être veuve, et à 47 ans, bien trop jeune pour mourir. Pascal, c’était une force de la nature. Grand, fort, avec une belle voix grave qui la faisait vibrer, et un regard bleu acier pouvant passer du froid polaire de la banquise à la chaleur ensoleillée d’un lagon juste par le miracle d’un rire… Quand avait-elle entendu rire son mari pour la dernière fois ? Elle n’arrivait plus à se le rappeler. Sûrement le matin de sa mort, au petit déjeuner, devant un café noir et ces biscottes dégueulasses au son d’avoine qu’il croquait après y avoir étalé une fine couche de beurre allégé. Traquer les calories le matin et s’enfiler une tablette de chocolat l’après-midi, c’était tout lui. Oui, ils avaient probablement ri ce matin-là, en écoutant leur émission de radio préférée… Comment Olivia aurait-elle pu savoir qu’elle n’entendrait plus

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Nous Deux 4130 L’été toute l’année en conserve

L’été toute l’année en conserve

RatatouillePRÉPARATION : 30 MIN. CUISSON : 2 H 20. POUR 3 BOCAUX DE 75 CL ■ 1 kg de tomates ■ 4 courgettes ■ 2 aubergines ■ 3 poivrons rouges ■ 2 oignons ■ 6 gousses d’ail ■ 2 feuilles de laurier ■ 15 cl d’huile d’olive ■ 1 c. à soupe d’herbes de Provence ■ 1 c. à soupe d’origan ■ 2 pincées de sucre ■ Sel et poivre 1. Lavez et coupez les tomates, les courgettes, les aubergines et les poivrons épépinés en morceaux. Pelez et émincez les oignons. Épluchez et hachez les gousses d’ail. 2. Faites revenir les aubergines 5 minutes à feu vif avec 2 cuillerées à soupe d’huile, puis retirez-les de la cocotte et versez-y les poivrons. Ajoutez 1 cuillerée à soupe d’huile d’olive et laissez cuire 5 minutes. Retirez-les et versez les courgettes et 1 cuillerée à soupe d’huile d’olive. Poursuivez la cuisson 5 minutes. Retirezles et versez les oignons et

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Nous Deux 4130 « Je ne supporte plus que l’on me dise de profiter de la retraite »

« Je ne supporte plus que l’on me dise de profiter de la retraite »

J’ai 67 ans et, chaque fois que quelqu’un me lance : «Tu as de la chance, tu es à la retraite, profite ! », j’ai envie de répondre que non, je ne profite pas du tout. Bien sûr, je ne regrette pas les réveils à 7 heures ni le stress du travail. Mais depuis que j’ai quitté mon emploi, j’ai parfois l’impression d’avoir perdu une partie de mon identité. Mes journées sont longues et remplies de corvées. Le matin, je vais faire les courses et je prépare à manger et l’après-midi je m’ennuie jusqu’à ce que ce soit l’heure de recommencer à préparer le repas. Mon mari a gardé ses activités, mes enfants vivent leur vie et mes amies travaillent encore et ne sont pas très disponibles. Je culpabilise de ne pas réussir à être heureuse alors que tout le monde semble considérer c’est une période épanouissante. Est-ce

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