Pour cette interview, j'aimerais bien qu'on revienne sur l'idée de leçons, ce que tu souhaites transmettre à nos lecteurs. Et pour commencer, quelles sont pour toi les principales qualités que doit avoir un photographe ? Alors déjà, il y a deux mots qui sont compliqués pour moi. D'abord, je me vois mal donner une leçon. Évidemment, des tuyaux par la force de l'âge, de l'expérience. Mais je trouve ça très péjoratif. C'est comme quand on nous appelle des “maîtres de stage”, ça fait un peu sourire. Et puis, deuxièmement, les qualités d'un “bon photographe”… Il y a des photographes que j'apprécie, que j'aime, et d'autres moins. C'est une affaire de goût. Mais il y a bien des traits que tu mettrais en avant ? Des qualités humaines ? Peut-être déjà parler d'humilité. Beaucoup de photographes ont le melon, et c'est assez insupportable. Alors que franchement, c'est un métier de fainéant. Pour la bonne raison que tout nous est donné. Comment ça ? Lorsqu'on prend son appareil photo, c'est le réel qu'on a en face de soi. Ce que je rappelle chaque fois dans les workshops que j'anime, c'est la différence entre un photographe, un écrivain, un peintre et un sculpteur. Nous, on est hyper-gâtés parce qu'on joue avec le réel. Un écrivain a une page blanche. Un peintre a une toile blanche. Et le sculpteur, il a un bloc d'argile ou de marbre. Mais à l'inverse de nous, le peintre peut revenir sur sa croûte. L'écrivain, il rature, il gomme. Le sculpteur, suivant la matière qu'il emploie, peut aussi revenir sur son œuvre. Le photographe, s'il n'a pas appuyé au bon moment, avec la bonne lumière, et qu'il a raté cet instant, cette expression, cette composition, il n'a pas de seconde chance. Un quart de seconde plus tard, c'est fini. Cette facilité que tu évoques, elle est à double tranchant, non ? C'est vrai. La photo est devenue paradoxalement très difficile parce qu'elle s'est démocratisée. J'exagère peut-être un peu, mais tant qu'il n'y avait pas le numérique, nous étions une douzaine à nous rendre sur tous les points chauds du globe. Il fallait être un bon technicien parce qu'on avait des diapos 100 ISO. Quand j'ai commencé, il n'y avait pas de cellule dans les boîtiers. On n'avait pas de zoom, pas d'autofocus. Et puis, il fallait être un bon journaliste. Au-jourd'hui, pratiquement tout le monde peut faire une “bonne photo”. Parce que technologiquement, le numérique a fait que c'est devenu facile de faire une photo de qualité. Et avec cela une certaine esthétique de la presse magazine… C'est vrai qu'on travaillait pour des magazines qui voulaient une certaine forme d'image, c'est-à-dire qu'il fallait être bien exposé, bien net et bien cadré. Cela dit, quand tu regardes ce type d'images maintenant, on s'ennuie un peu. C'est relativement simpliste. Je ne dénigre pas cette période ni mon travail. C'est juste que c'était une photographie beaucoup plus objective, beaucoup plus lisible. C'est ce que j'appelle aujourd'hui une photo graphie “à la papa”, enfin même “à la grand-papa” (rires). “Photographe, c'est un métier de fainéant, tout nous est donné” À quel point cette transition vous a-t-elle affectés, vous les reporters ? Quand le numérique et Internet sont arrivés,
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