Comment décririez-vous votre univers photographique ? J’ai longtemps cherché mon style en m’inspirant d’autres photographes, “à la manière de…”. Le déclic est venu quand j’ai compris que je pouvais photographier comme je vivais et comme j’étais. En mettant qui j’étais dans mes portraits, je me suis découvert moi-même à travers cette relation à l’autre. J’ai construit ma photographie comme cela. Vingt-cinq ans plus tard, ma photographie me ressemble entièrement : elle fait partie de moi, et je m’en sers comme d’un véhicule pour aller là où j’ai envie, pour expérimenter. Votre parcours est atypique. Fils et petit-fils de militaire, rien ne vous prédestinait à la photographie… Effectivement… Mon père était médecin militaire, scientifique, rigoureux, cartésien. Ma mère, professeure de français, mais plutôt du côté de la grammaire que de la littérature. Pourtant, à eux deux, ils m’ont transmis, presque malgré moi, une vraie culture artistique : chaque week-end nous allions au musée. À l’époque, je trouvais ce rituel pénible. Aujourd’hui, je mesure à quel point il a construit mon regard, et le jugement que je porte encore sur ce qui me touche. Fidèle à cette lignée cartésienne, je me suis lancé dans des études scientifiques : une école d’ingénieurs dans le bois. Le choix n’était pas une vocation : je voulais surtout continuer à voyager. Cette formation m’a mené au Gabon, en Malaisie, puis en Amazonie brésilienne, où j’ai entamé ma carrière pour un groupe industriel français. C’est là-bas que j’ai commencé à expérimenter la photo. J’avais un besoin d’expression et de création que rien d’autre ne comblait : l’écriture m’était difficile, la musique ne m’avait pas retenu et le dessin n’était pas mon
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