L'attention du sultan Meh-med IV est délicate : c'est avec de la soie qu'il fait tresser la corde destinée à étrangler son grand vizir, le 25 décembre 1683, à Belgrade. La victime, il est vrai, n'est pas irréprochable : trois mois et demi auparavant, Kara Mustafa s'est rendu responsable de ce que nous percevons aujourd'hui comme un des pires préjudices jamais infligés à la réputation militaire de la Sublime Porte en Europe. Le 12 septembre 1683, les troupes du sultan ont piteusement levé le siège de Vienne, pourtant à deux doigts de tomber… Après cette retraite, plus rien n'a été comme avant, ainsi que l'a montré la perte définitive de la Hongrie, conquise un siècle et demi plus tôt par Soliman le Magnifique. Louis XIV derrière la Porte L'échec du siège de Vienne, vrai coup d'arrêt à l'expansion des Turcs et de l'islam en Europe, n'a pourtant pas marqué la fin de l'Empire ottoman, puisque celui-ci a survécu encore deux siècles et demi. Comment cet épisode, erreur stratégique et symbole d'hybris, a-t-il pu dès lors devenir le point de départ du déclin résistible du plus puissant ennemi des Habsbourg d'Autriche, voire de la chrétienté européenne en Europe de l'Est et même de la Mitteleuropa ? Depuis la décennie 1660, après une période de crise politique, l'Empire ottoman a repris l'offensive en Europe durant le règne de Meh-med IV, marqué par le gouvernement des grands vizirs de la famille Köprülü, notamment Ahmed Pacha et Kara Mustafa. La stratégie d'influence politique adoptée est alors celle de l'impulsion militaire plutôt que la révolution de palais. Or, si l'armée du sultan a perdu la bataille de Saint-Gothard
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