En 1914, 120 000 Tchèques et Slovaques, ex-sujets de l'Empire austro-hongrois, vivent dans l'Empire russe. Nombre d'entre eux ont dû s'exiler pour avoir lutté contre la domination triséculaire autrichienne dans les pays tchèques (huit millions d'habitants) et hongrois en Slovaquie (trois millions). Quand la Grande Guerre éclate, la majorité de ces expatriés désire voir s'établir un État tchécoslovaque démocratique et indépendant, liant ce but à la victoire de l'Entente sur les puissances centrales. Des initiatives locales aboutissent en quelques semaines à la formation, à Kiev, d'une unité tchèque baptisée Česká Družina (« Détachement tchèque »). La Družina ne recrute d'abord que 777 soldats, à peine un bataillon, mais elle dispose déjà de cadres solides comme Stanislav Cekce et Jan Syrovy. Toutefois, la majorité des officiers sont russes, dont le commandant en titre, le général Sakharov, et les ordres se donnent en russe. En attendant que ses effectifs s'étoffent, la Družina est envoyée sur le front du Sud-Ouest, face aux Austro-Hongrois. Fractionnée en demi-compagnies, portant uniforme russe et casque Adrian, elle sert plus en qualité d'unité de renseignement que d'unité combattante. Elle récolte des informations parmi les troupes tchèques et slovaques sous uniforme austro-hongrois et encourage les désertions. En avril 1915, le 28e régiment, levé à Prague, passe ainsi côté russe. En mai, c'est au tour du 8e régiment. Au même moment, le commandement russe autorise une petite partie des prisonniers tchèques et slovaques de l'armée austro-hongroise à rallier la Družina. Cet apport permet, en mai 1915, la constitution du 1er régiment de fusiliers Saint-Venceslas - patron de la Bohême - puis, l'année suivante, de la 1re brigade, forte de 7 500 hommes. Un noyau de 1 000 soldats tchèques très expérimentés, initialement enrôlés dans le corps serbe en Russie, rejoint par ailleurs la brigade. Parmi eux, Radola Gajda, qui sera un de ses chefs les plus pugnaces. Convaincre par la victoire En février 1916, à Paris, se forme un Conseil national des pays tchèques, qui devient l'année suivante le Conseil national tchécoslovaque (CNT), sous la présidence de Tomas Masaryk, Édouard Bénès et Milan Stefanik, ce dernier représentant les Slovaques. Les gouvernements alliés le reconnaissent de droit et la 1re brigade se range sous son drapeau tout en continuant à prendre ses ordres opérationnels du commandement russe. Après la révolution de février-mars 1917, Masaryk arrive en Russie et négocie avec le gouvernement provisoire un nouveau statut pour la 1re brigade.
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