Guerres & Histoire - Le numéro 91 du 11 juin 2026

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La Une de Guerres & Histoire n°91 du 11/06/2026

Au sommaire de ce numéro

Guerres & Histoire 91 « VOUS POUVEZ PARTIR, ON VEUT JUSTE LE FRANÇAIS ! »

« VOUS POUVEZ PARTIR, ON VEUT JUSTE LE FRANÇAIS ! »

Guerres & Histoire : Quelles ont été vos motivations pour rejoindre le camp ukrainien ? Passe-Partout : Je vais être honnête avec cette question. Au début, je suis venu pour l'aventure. Je ne connaissais pas grand-chose du pays, de son histoire ou de son mode de vie. Je suis venu ici pour l'expérience du combat de haute intensité. J'ai conscience que c'était un motif très égoïste. Mais au fur et à mesure, je me suis attaché à cette nation qui m'est devenue très chère. Au vu de tout ce que l'Ukraine m'a donné et de ce que j'ai vécu, il s'est créé une sorte d'amour mutuel. Je veux aider ce peuple, ça me tient à cœur. Je pense souvent que si demain la Russie cède, l'Ukraine vivra, mais que si la Russie gagne, l'Ukraine n'existera plus. Ça me motive d'autant plus. D'où vient cette envie de « bagarre » ? Je suis né dans une famille assez « militarisée » où j'ai eu quelques exemples pour m'inspirer. Un cousin était dans les troupes de montagne, mon grand-père a fait la guerre d'Indochine et mon arrière-grand-père a participé à la Seconde Guerre mondiale. Tout ça m'a forgé un état d'esprit. Ça me tenait à cœur de servir mon pays et je ne me voyais pas faire autre chose que le métier des armes. Dès que j'ai vu que je pouvais gagner en expérience en Ukraine, j'ai décidé de partir. Comment votre famille a-t-elle accueilli votre décision ? Au départ, ma femme a respecté mon choix. Elle était derrière moi. Mais plus tard, elle m'a trompé - c'est courant pour les militaires en opération - et on s'est séparé. Ce qui me console, c'est que je suis parti pour une cause qui me semble noble. Mes enfants me manquent, c'est sûr, mais ils comprennent que papa va dans un autre pays pour aider des gens à se défendre contre ceux qui les attaquent. C'est ce que je leur explique avec simplicité, sans entrer dans les détails car ils sont encore trop petits. Quand la maîtresse a su que je combattais en Ukraine, elle a été assez choquée, alors j'ai profité d'une permission pour la rassurer sur ce que je faisais et pourquoi je le faisais. Ma mère et mes frères sont admiratifs, ils estiment que j'ai du courage. Cette reconnaissance me fait plaisir. À l'origine, ma mère était un peu pro-russe, mais elle a changé d'état d'esprit et ça m'a fait plaisir. C'est vrai qu'ils ont tous peur pour moi, les combats sont très meurtriers. Mais comme je ressens leur soutien, je me sens privilégié. Certains combattants ici sont seuls. Je les trouve d'autant plus courageux que c'est moralement difficile à supporter. Comment se sont déroulés votre départ et votre prise en charge ? Comme j'avais emmené mon chien, je ne pouvais pas voyager en avion ni en bus, alors avec un copain, nous sommes partis en voiture. J'avais pris contact avec une équipe française qui nous attendait à la

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Guerres & Histoire 91 LA GRANDE OUBLIÉE

LA GRANDE OUBLIÉE

La guerre franco-chinoise se déroule dans un contexte où se mêlent les ambitions coloniales françaises et le jeu des autres grandes puissances, sur fond de déclin chinois. La mainmise de la France sur la Cochinchine, à partir de 1858, pose rapidement la question d'étendre la colonisation au Tonkin et, dès lors, d'une possible confrontation avec la Chine. Bien que présente par ses missions catholiques depuis la fin du XVIIIe siècle, la France s'intéresse peu à cette région jusqu'aux années 1870. Elle se sent ensuite obligée d'intervenir en soutien à diverses initiatives individuelles malheureuses, qui culminent avec l'expédition de Rivière en 1882-1883. Elle y est poussée par les milieux d'affaires, qui espèrent y trouver des richesses minières et comptent sur une ouverture de la Chine par sa frontière sud pour concurrencer les Anglais. Les catholiques appuient le mouvement en voulant protéger les chrétiens des persécutions, tandis que les marins rêvent de nouvelles bases pour leurs flottes. Nombre de dirigeants comme de militaires sont également imprégnés par ce qu'écrit Léon Gambetta en 1882 : « La civilisation européenne aura à lutter un jour contre la subversion de la race chinoise. » Et puis, la France n'est-elle pas présente sur le continent asiatique pour apporter « les Lumières et la civilisation aux peuples inférieurs » ? Durant toute la durée du conflit, la France bénéficie de la part des puissances d'une neutralité bienveillante, non dénuée d'arrière-pensées. Bismarck fait savoir qu'il ne verrait pas d'un mauvais œil sa voisine prendre possession du Tonkin et ouvrir de nouvelles voies commerciales par le Yunnan. Subtilement, il imagine qu'elle en oublierait peut-être la perte de l'Alsace et de la Lorraine et qu'elle se heurterait par ailleurs aux intérêts anglais en Asie, ce qui l'isolerait encore plus. Une guerre avec la Chine occuperait enfin son armée, la détournant du continent européen. Les Anglais ferment les yeux durant tout le conflit, inquiets de la montée en puissance de l'économie allemande et, déjà, de sa flotte, comme du renforcement de la Triplice . Londres espère également faire oublier à Paris ses déconvenues en Égypte. De leur côté, les États-Unis et le Japon estiment qu'une guerre affaiblirait la dynastie Qing, ce qui leur permettrait d'obtenir des privilèges commerciaux en Chine. Si la conquête de la Cochinchine par la France entraîne peu de réactions directes des Chinois, la menace sur le Tonkin les inquiète bien plus. Affaibli et humilié par les interventions européennes, l'Empire du Milieu considère cette région comme une zone tampon protégeant ses provinces du Yunnan et du Guangxi. D'autre part, il est suzerain depuis 1803 d'un Empire annamite théoriquement maître du Vietnam, Tonkin

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Guerres & Histoire 91 UNE « BAND OF BROTHERS » FAIT SON ANABASE

UNE « BAND OF BROTHERS » FAIT SON ANABASE

En 1914, 120 000 Tchèques et Slovaques, ex-sujets de l'Empire austro-hongrois, vivent dans l'Empire russe. Nombre d'entre eux ont dû s'exiler pour avoir lutté contre la domination triséculaire autrichienne dans les pays tchèques (huit millions d'habitants) et hongrois en Slovaquie (trois millions). Quand la Grande Guerre éclate, la majorité de ces expatriés désire voir s'établir un État tchécoslovaque démocratique et indépendant, liant ce but à la victoire de l'Entente sur les puissances centrales. Des initiatives locales aboutissent en quelques semaines à la formation, à Kiev, d'une unité tchèque baptisée Česká Družina (« Détachement tchèque »). La Družina ne recrute d'abord que 777 soldats, à peine un bataillon, mais elle dispose déjà de cadres solides comme Stanislav Cekce et Jan Syrovy. Toutefois, la majorité des officiers sont russes, dont le commandant en titre, le général Sakharov, et les ordres se donnent en russe. En attendant que ses effectifs s'étoffent, la Družina est envoyée sur le front du Sud-Ouest, face aux Austro-Hongrois. Fractionnée en demi-compagnies, portant uniforme russe et casque Adrian, elle sert plus en qualité d'unité de renseignement que d'unité combattante. Elle récolte des informations parmi les troupes tchèques et slovaques sous uniforme austro-hongrois et encourage les désertions. En avril 1915, le 28e régiment, levé à Prague, passe ainsi côté russe. En mai, c'est au tour du 8e régiment. Au même moment, le commandement russe autorise une petite partie des prisonniers tchèques et slovaques de l'armée austro-hongroise à rallier la Družina. Cet apport permet, en mai 1915, la constitution du 1er régiment de fusiliers Saint-Venceslas - patron de la Bohême - puis, l'année suivante, de la 1re brigade, forte de 7 500 hommes. Un noyau de 1 000 soldats tchèques très expérimentés, initialement enrôlés dans le corps serbe en Russie, rejoint par ailleurs la brigade. Parmi eux, Radola Gajda, qui sera un de ses chefs les plus pugnaces. Convaincre par la victoire En février 1916, à Paris, se forme un Conseil national des pays tchèques, qui devient l'année suivante le Conseil national tchécoslovaque (CNT), sous la présidence de Tomas Masaryk, Édouard Bénès et Milan Stefanik, ce dernier représentant les Slovaques. Les gouvernements alliés le reconnaissent de droit et la 1re brigade se range sous son drapeau tout en continuant à prendre ses ordres opérationnels du commandement russe. Après la révolution de février-mars 1917, Masaryk arrive en Russie et négocie avec le gouvernement provisoire un nouveau statut pour la 1re brigade.

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Guerres & Histoire 91 PHARSALE LE GRAND RÈGLEMENT DE COMPTES

PHARSALE LE GRAND RÈGLEMENT DE COMPTES

Lorsque César pénètre en Italie le 12 janvier 49, Pompée sait qu'il n'est pas en mesure de résister avec les forces réduites et éparpillées dont il dispose. Alors que les villes s'inclinent l'une après l'autre devant les légions césariennes, il décide d'abandonner Rome et de se replier vers le sud de l'Italie avec la majorité du Sénat. L'entrée de César dans l'Urbs, fin mars, achève tout espoir de renversement des évènements. Pompée embarque à Brindes (Brindisi) et parvient de justesse à traverser l'Adriatique, dans l'idée de rallier les légions d'Orient pour poursuivre la lutte. Au bord du désastre Ce n'est qu'après avoir réduit Marseille et vaincu les légats de Pompée en Hispanie (lire l'article p. 30) que César lance les préparatifs de sa campagne décisive. Un premier corps expéditionnaire débarque en Épire en janvier 48, suivi d'un second en avril. Ces troupes convergent vers Dyrrachium (l'actuelle Durrës, en Albanie), où Pompée a établi sa base logistique. C'est le début de longs mois de siège, qui se soldent par un échec. « Assiégée par la disette plus qu'elle n'assiégeait Pompée par les armes » (Plutarque), l'armée césarienne doit mener une guerre de positions tout en étant coupée de ses lignes de ravitaillement par la puissante marine de Bibulus. Elle est vaincue lors de deux engagements et contrainte de se replier. Frôlant le fiasco, César se résout à porter la guerre en Thessalie, où il espère s'approvisionner plus librement. Pompée le suit, convaincu de tenir l'occasion de porter le coup de grâce. Il jouit d'une écrasante supériorité numérique et surtout du soutien des dynastes locaux qui lui ont juré fidélité lors de ses précédentes campagnes en Orient. Cet état de fait se reflète dans la composition de son armée, que César prend un malin plaisir à décrire dans ses Commentaires, afin de mieux faire ressortir le caractère « barbare » des forces rassemblées par son adversaire.

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Guerres & Histoire 91 UN SIÈCLE DE TROUBLES ET DE GUERRE CIVILE À ROME

UN SIÈCLE DE TROUBLES ET DE GUERRE CIVILE À ROME

TRIBUNS CONTRE SÉNAT LES GRACQUES C'est de l'action de deux frères, Tiberius et Caius Sempronius Gracchus, que va surgir à Rome la crise politique à l'origine du bouleversement des équilibres de la cité. Les Gracques, nés en 163 et 154 av. J.-C., sont issus d'une famille d'origine plébéienne par leur père et patricienne par leur mère. Ils appartiennent à la plus haute noblesse de leur époque. Leur père, mort alors qu'ils étaient encore enfants, a été deux fois consul et censeur. Quant à leur mère, Cornelia, elle est la fille de Scipion l'Africain, le vainqueur d'Hannibal. Les deux frères ont une expérience du combat : l'un après l'autre, ils ont tous les deux pris part, comme jeunes tribuns militaires (c'est-à-dire officiers subalternes), à la difficile guerre de Numance. Tiberius Gracchus devient tribun de la plèbe en 133 av. J.-C. (voir encadré). Il est l'instigateur de la loi Sempronia agraria, visant à lutter contre la concentration des terres publiques dans les mains des plus riches. L'enjeu est de taille, car la diminution du nombre des propriétaires terriens, les seuls à avoir le droit d'être légionnaires, a déjà mécaniquement entraîné un déclin du recrutement. En limitant l'étendue des possessions, les législateurs espèrent ainsi récupérer les excédents et les redistribuer de manière inaliénable. Le recensement des terres excédentaires, leur distribution et l'arbitrage des litiges sont confiés à un triumvirat agraire composé de Tiberius lui-même, de son frère Caius et de l'ancien consul Appius Claudius Pulcher. D'abord bloquée par le veto d'un autre tribun, que Tiberius fait destituer, la loi suscite l'opposition du Sénat et des grands propriétaires. Alors

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Guerres & Histoire 91 CÉSAR ET POMPÉE PORTRAITS CROISÉS

CÉSAR ET POMPÉE PORTRAITS CROISÉS

L'issue tragique du destin de nos deux grands chefs, César et Pompée, a conduit à figer leur histoire commune dans une logique antagoniste et à dresser une comparaison en faveur de César, sorti vainqueur. En réalité, les choses sont plus complexes, car les rivaux n'ont pas toujours été des adversaires tandis que, dans les décennies antérieures à la guerre civile, la figure la plus admirée était celle de Pompée et non pas celle de César, qui s'est imposée peu à peu dans l'histoire, rétrospectivement. Le fils de famille et le maverick Issus de familles sénatoriales, Pompée (né en 106 av. J.-C.) et César (né en 101 ou 100 av. J.-C.) appartiennent à l'aristocratie. Par tradition familiale, ils sont donc l'un et l'autre destinés à s'engager dans la compétition politique à Rome. En vue de celle-ci, c'est César qui dispose en principe des atouts les plus importants : sa famille, la gens Julia, compte parmi les branches de la noblesse patricienne dont l'origine était réputée remonter à la fondation de Rome, et elle a déjà fourni de nombreux consuls à la République. Elle revendique même l'ascendance divine de Vénus, dont elle tire un grand prestige et dont César n'hésite jamais à se prévaloir. De son côté, Pompée vient d'une famille plébéienne de noblesse plus modeste et récente. Son père, Cnaeus Pompeius Strabo, a été le premier de sa gens à atteindre le consulat, la magistrature la plus importante à Rome. Des deux, pourtant, et contre toute attente, c'est Pompée qui connaît la trajectoire la plus fulgurante. Il profite des occasions offertes par les temps incertains de

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