Les Cahiers de Science et Vie - Le numéro 230 du 12 août 2026

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La Une de Les Cahiers de Science et Vie n°230 du 12/08/2026

Au sommaire de ce numéro

Les Cahiers de Science et Vie 230 COUPS D’ÉTAT, LE RETOUR ?

COUPS D’ÉTAT, LE RETOUR ?

NOS EXPERTS • Vincent Azoulay est historien, spécialiste de la Grèce antique (EHESS). Coauteur de Athènes 403, une histoire chorale, éd. Flammarion, 2020. • Vincent Foucher est politologue et chargé de recherche au laboratoire Les Afriques dans le monde (CNRS/ Sciences Po Bordeaux). • Franck Gaudichaud est politologue, spécialiste de l’Amérique latine contemporaine (université Toulouse – Jean-Jaurès). Auteur de Découvrir la révolution chilienne (1970-1973), Les Éditions sociales, 2023. • Nicolas Patin est historien, spécialiste de l’Allemagne de 1914 à 1945 (université Bordeaux Montaigne). Coauteur de Le Monde nazi, 1919-1945, éd. Tallandier, 2024. • Dominique Pinsolle est historien, spécialiste du mouvement ouvrier (université Bordeaux Montaigne). Auteur de Quand les travailleurs sabotaient, France, États-Unis (1897-1918), éd. Agone, 2024. • Pierre Salmon est historien, spécialiste de la guerre d’Espagne (ENS, Paris). Coauteur de La guerre d’Espagne, 1936-1939, la démocratie assassinée, éd. Tallandier, 2026. Les Cahiers de Science & Vie : En juillet 1936, un coup d’État entraînait l’Espagne dans la guerre civile… Comment a-t-il été préparé ? Pierre Salmon : Contrairement à une idée encore répandue, ce coup d’État n’était pas la conséquence directe de l’instabilité républicaine ni de l’assassinat, le 13 juillet, du dirigeant monarchiste José Calvo Sotelo. Dès 1932, le général Sanjurjo avait tenté un coup d’État contre la République. D’autres projets furent mis en sommeil entre 1933 et 1935, et les historiens s’accordent à parler de plusieurs trames conspiratrices, à la fois civiles et militaires, qui auraient convergé vers la fin de l’année 1935, et surtout après la victoire du Front populaire, en février 1936. Si le coup d’État de juillet 1936, dont le véritable architecte est le général Mola, fut préparé dans son aspect pratique et stratégique dans les casernes, il y eut aussi une préparation politique au sein d’organisations fascistes et monarchistes – ces dernières ayant de puissants relais dans la presse. Mais les conspirateurs avaient sousestimé la résistance populaire et celle des institutions républicaines. Face à l’Union militaire espagnole, favorable aux putschistes, une Union militaire républicaine antifasciste organisa la résistance au sein des casernes. Et, dans un premier temps, la moitié des forces armées et des forces de l’ordre restèrent fidèles à la République, faisant du coup d’État un semi-échec ou une semi-réussite, selon le point de vue. CSV : Que désigne exactement le terme “coup d’État” et à quand remonte-t-il ? Vincent Azoulay :

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Les Cahiers de Science et Vie 230 COMMENT LE CARAVAGE EST-IL MORT ?

COMMENT LE CARAVAGE EST-IL MORT ?

Fièvre maligne ? Saturnisme ? Assassinat ? Les restes retrouvés du maître du clair-obscur permettront-ils de faire la lumière ?Un homme seul, le visage emperlé de sueur, titube sur une plage de Toscane sous un soleil à écraser les mouches. Des ombres de mauvais augure s’amassent déjà au creux de ses yeux. C’est là, le 18 juillet 1610, sur cette longue bande de cailloux gris léchée par une mer oléagineuse que disparaît, à 38 ans, le peintre le plus novateur de son époque. C’est du moins ce qu’affirment plusieurs des biographes de Michelangelo Merisi da Caravaggio. Son corps a disparu, enseveli à la va-vite, dévoré par les chiens, jeté à la mer… allez savoir. Il fallait bien une mort dramatique et spectaculaire pour conclure une vie intense semée d’autant d’embûches que de chefs-d’œuvre. La légende du Caravage, sans doute exacerbée par les romantiques du XIXe siècle, amateurs de des-tins tragiques, est aussi sombre que ses tableaux. L’artiste lui-même a pris soin de se forger une réputation sulfureuse, maniant l’épée aussi bien que le pinceau. Un bonhomme fort susceptible, à manier avec autant de précautions qu’un œuf frais ! Il n’hé-site pas à fréquenter les bas-fonds et leur cortège de filles de joie, d’ivrognes, de pendards et autres coupe-jarrets, prenant un plaisir manifeste dans la transgression et le danger. Adepte du “vice innommable”, il prête le visage de ses jeunes amants aux anges et aux saints et fait poser ses amies prostituées en Madone ou Marie-Madeleine repentie, au nez et à la barbe des très sourcilleux inquisiteurs du Saint-Office. On ne compte plus ses démêlés avec la police, ses incarcérations suite à des algarades dans la rue ou des querelles de tavernes. Sa vie ressemble à une longue course vers la mort. Reste à savoir ce que fut celle-ci. A-t-il succombé à une poussée de malaria, comme le supposent de nombreux historiens ? Mais, au vu du nombre d’ennemis et de rivaux rancuniers qu’il n’a pas manqué de se faire au cours de sa courte mais intense carrière, n’aurait-il pas été plutôt assassiné ? Comment un tel

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Les Cahiers de Science et Vie 230 PAS À PAS DANS LA TÊTE D’HITLER

PAS À PAS DANS LA TÊTE D’HITLER

Les Cahiers de Science & Vie : Pourquoi vous être attelé à ce sujet, alors qu’on a déjà tant écrit sur la Seconde Guerre mondiale ? Claude Quétel : J’ai en effet moi-même beaucoup publié sur cette période, si bien qu’il ne me manquait plus qu’un sujet à traiter : Hitler lui-même ! Après avoir lu toutes ses biographies – pas si nombreuses, et jamais écrites par des Français –, j’ai eu envie de me lancer, avec ma sensibilité. Surtout, je voulais m’adresser au grand public. C’était un pari, car il est plus facile d’écrire un pavé exhaustif qu’un ouvrage plus digeste, sans notes, sans tableaux. CVS : Vous décrivez un jeune homme sans génie, que rien ne semblait destiner à une carrière politique… C.Q. : L’histoire, ce n’est pas de la physique ni de la chimie : il y a une part inévitable d’interprétation. On doit juger selon nos convictions ; pour ma part, je considère qu’Hitler est d’une médiocrité absolue, inculte. Il n’y a qu’à voir ses lettres de jeunesse, criblées de fautes ! Il est aussi paresseux, ce qui le conduira à une semi-clochardisation. Tout juste peut-on lui concéder qu’il est malin… dans les deux sens du terme. Il est vil d’âme. Enfin, il n’a pas quinze idées en même temps, mais une seule idée fixe, ce qui est toujours dangereux. CVS : Comment cet homme médiocre est-il devenu le Führer ? C.Q. : On n’a pas vraiment besoin de qualités pour arriver au pouvoir, il suffit d’une succession de hasards. Le choc fondateur pour Hitler – peut-être le seul de sa vie –, c’est l’armistice de 1918. Il croyait vraiment en

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Les Cahiers de Science et Vie 230 L’Univers, une énigme sans fin ?

L’Univers, une énigme sans fin ?

NOS EXPERTSJean-Philippe Uzan, directeur de recherche au CNRS, auteur d’Une histoire populaire de l’Univers (Flammarion, 2025) et de L’Univers incompris (avec Sébastien Carassou) (Les Arènes, 2026). Françoise Combes, professeure émérite au Collège de France, autrice de Petite Histoire de la cosmologie (CNRS Éditions, 2025). Les Cahiers de Science & Vie : Avant le XX e siècle, existe-t-il une constante dans la manière de concevoir l’Univers ? Jean-Philippe Uzan : De l’Antiquité au XIXe siècle, le cosmos est pensé comme un ordre stable. Chez Aristote, le monde sublunaire est imparfait, soumis au changement, tandis que le monde céleste est parfait, immuable. Même lorsque Copernic déplace son centre de la Terre vers le Soleil, il ne remet pas en cause ce cadre. Avec Newton, on entre dans une physique mathématique d’une puissance extraordinaire, mais l’idée de fond reste semblable : l’Univers est un mécanisme. Il obéit à des lois simples, universelles, et l’on suppose que ces lois permettent de tout comprendre. Et jusqu’au XIXe siècle, on ne sait presque rien de la nature physique des étoiles. On les distingue des planètes, qui se déplacent différemment, mais à part ça, elles restent très mystérieuses : on ne connaît ni leur distance à la Terre, ni leur composition, ni leur source d’énergie. L’astronomie est essentiellement une science de position : on mesure où sont les astres, pas ce qu’ils sont. Françoise Combes : Avant le XXe siècle, la cosmologie

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Les Cahiers de Science et Vie 230 Une obsession universelle

Une obsession universelle

Les Cahiers de Science & Vie : Votre ouvrage Les Origines du monde décloisonne les visions mythiques, philosophiques, scientifiques et littéraires du cosmos. Pourquoi? Jean-Pierre Luminet : Parce que la question des origines déborde les frontières disciplinaires. Si l’on ne garde que la science, on perd l’épaisseur symbolique et imaginaire ; si l’on ne garde que le mythe, on laisse de côté l’effort critique et rationnel ; si l’on oublie la littérature, on oublie que l’origine est aussi une expérience intérieure, et on se prive d’une source d’images et de langage que seule la langue poétique sait approcher. J’ai voulu faire tenir ensemble ces différentes manières de dire le commencement pour montrer qu’elles répondent, chacune à sa façon, à une même inquiétude fondamentale. Ce décloisonnement me semblait d’autant plus nécessaire qu’on raconte trop souvent l’histoire des idées comme une suite de remplacements : le mythe serait aboli par le raisonnement philosophique, la raison philosophique par la rigueur de la science. En réalité, les grandes questions ne meurent pas, elles migrent d’un langage à l’autre. Aujourd’hui encore, les hypothèses sur l’origine du monde croisent savoir, croyance, spéculation, vertige et création. C’est ce dialogue, ou parfois cette tension, que j’ai voulu rendre sensible. CSV : La fascination pour les astres a traversé l’histoire. Comment l’expliquez-vous ? J.-P.L.: Les astres ont cette singularité d’être à la fois familiers

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Les Cahiers de Science et Vie 230 CQFD !

CQFD !

HIPPARQUE ÉVALUE LA DISTANCE TERRE-LUNEHipparque de Nicée (v. 190-120 av. J.-C.) a marqué l’histoire de l’astronomie par nombre de contributions majeures, depuis l’invention de l’astrolabe et la création d’un grand catalogue d’étoiles jusqu’à la théorie de la précession des équinoxes. Il a aussi été un mathématicien influent, inventeur de la trigonométrie. L’un de ses hauts faits d’armes, exposé dans le livre V de l’Almageste (le grand œuvre de Ptolémée), est d’avoir réussi à évaluer correctement la distance Terre-Lune. Pour cela, il a repris et perfectionné une méthode déjà utilisée par Aristarque (voir p.43). Ses calculs ont par la suite été repris par Ptolémée, qui les a améliorés grâce à l’usage de la parallaxe de la Lune. Ses calculs, comme ceux d’Aristarque, s’appuient sur l’observation d’une éclipse totale de Lune, dont le diamètre se reporte environ trois fois dans le cône d’ombre que projette la Terre en opposition au Soleil pendant la durée de l’éclipse. Le diamètre de la Lune est ainsi estimé à environ un tiers de celui de la Terre. Les deux astronomes savent par ailleurs que la Lune est vue sous un angle d’environ 0,5° depuis la Terre. Mais alors qu’Aristarque a appliqué des séries successives d’encadrements de valeurs

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