Les Veillées des Chaumières - Le numéro 3482 du 2 juin 2021

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La Une de Les Veillées des Chaumières n°3482 du 02/06/2021

Au sommaire de ce numéro

Les Veillées des Chaumières 3482 L'imposture audacieuse

L'imposture audacieuse

Au cours de ce dîner interminable, Arthur-Auréa avait été trop directe avec Clotaire de Mirondel. Elle ne devait surtout pas le provoquer et ne pas s'en faire un ennemi… sinon son séjour à la cour deviendrait un véritable enfer, avec un tel adversaire. Elle s'empressa d'adoucir ses propos. - Vous vous méprenez, messire. Je n'ai aucun grief contre vous. Tout simplement, je connais le chevalier depuis plus longtemps et j'ai confiance en son jugement. Il la jaugea, comme pour sonder son âme. Heureusement, la femme à ses côtés sollicita l'enquiquineur et Auréa put, enfin, respirer plus librement. Le repas terminé, elle ne put se retirer car des ménestrels pénétraient dans la grande salle afin d'offrir un spectacle au roi et à ses invités. Personne n'aurait compris qu'Arthur de Ravandal ne soit pas enchanté par le divertissement. Elle apprécia la représentation des troubadours car Clotaire ne l'importuna plus de la soirée. Sans doute était-il vexé de ses propos. Lorsqu'elle regagna sa chambre, elle le vit occupé avec la jeune dame qui n'avait cessé de minauder près de lui tout au long des agapes. Basile se rendait auprès de son maître d'un pas rapide. Il était toujours ravi de servir le jeune homme qui se montrait aussi aimable qu'au premier jour. Malgré tout, le jeune valet le trouvait un tantinet bizarre. C'était ce qu'il avait révélé à Clotaire de Mirondel qui l'avait questionné à ce sujet. Quand ce dernier lui avait demandé de l'avertir si quelques ennuis affectaient Arthur de Ravandal, le valet n'avait pas refusé. Il savait son jeune maître trop inexpérimenté pour survivre sans appui à la cour. Éloi de Monral et son neveu étaient, à ses yeux, les meilleurs protecteurs que l'on puisse rêver avoir. Basile lui avait appris que le jeune Arthur ne sollicitait son aide que rarement. Clotaire avait froncé les sourcils. Puis il lui avait intimé le secret sur leur aparté. Il ne voulait pas qu'Arthur pense qu'il l'espionnait alors qu'il était seulement inquiet pour sa sécurité. Basile, qui connaissait les traquenards qui régnaient dans le milieu des courtisans royaux, avait acquiescé et gardé le silence sur cette conversation. Auréa aurait été affolée si elle avait eu

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Les Veillées des Chaumières 3482 Cache-cache

Cache-cache

Alors, c'est d'accord, Marcel ? Dès que la boulangère t'aura rendu la monnaie, tu files à l'épicerie et tu commences à demander à Victoire ce qui est inscrit sur cette liste. Ne perds pas la liste surtout, ne traîne pas en chemin et si tu as terminé avant que je te rejoigne, attends-moi sagement chez Victoire. Il y a toujours du monde à la boucherie, mais aujourd'hui, nous sommes un peu en avance par rapport à notre heure habituelle. C'est samedi. Les gens feront sans doute la grasse matinée. Allons, je te laisse, Marcel. N'oublie pas mes recommandations. Ainsi parlait ma mère, lorsque nous étions tous les deux. Un véritable moulin à paroles. Bien sûr, ses mots n'avaient rien à voir avec ceux que j'aurais aimé entendre. Il s'agissait toujours de recommandations en tous genres ou de conseils distribués sur le mode répressif : si tu me désobéis, gare à toi. Si tu ne travailles pas suffisamment, tu ne réussiras jamais dans la vie. Même une très bonne note, ou une place de second au classement trimestriel (les deux brillants sujets de notre classe, Léon et Vincent, des camarades que j'estimais, me semblaient invincibles, mais il arrivait que je parvienne à dépasser Vincent de quelques malheureux dixièmes), me valait rarement le plaisir d'être félicité. La plupart du temps, maman me lançait l'une de ses répliques favorites : « Tu vois bien que c'est possible ! Quand on veut, on peut. » En ce samedi printanier mais maussade (ciel gris, pluie menaçante, visages austères alentour), j'entrai donc d'un pas vaillant dans la boulangerie et je pris ma place derrière de hautes silhouettes tout en me remémorant ce que je devais rapporter : deux baguettes pas trop cuites et un pain de campagne à la croûte légèrement brûlée. Allez savoir pourquoi, ma mère passait du peu cuit au brûlé. Je ne lui avais jamais posé la question. Une question entraînait systématiquement un déluge de précisions

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Les Veillées des Chaumières 3482 Mon cœur à son passé renonce

Mon cœur à son passé renonce

En ce jour de fermeture, les visiteurs eurent le privilège de pouvoir admirer les splendeurs du célèbre musée tout à leur aise ! Le silence inhabituel et les salles à peine éclairées étaient propices au recueillement. Une atmosphère idéale, que les chefs-d'œuvre eux-mêmes semblaient apprécier. Guidés par le comte de Cléry, ils s'émerveillèrent devant les sphinx de Saqqarah impeccablement alignés, les riches sarcophages dont certains contenaient encore leur momie… Mais restèrent comme aimantés par le regard du Scribe accroupi, dont les yeux grand ouverts les fixaient avec une telle intensité qu'on aurait dit qu'ils les voyaient réellement ! - D'où vient cette statue ? finit par demander Henri de Laval, le regard arrêté sur l'extraordinaire objet. - Il s'agit d'un scribe comme tu l'auras sûrement noté, répondit Nicolas. Le professeur Mariette l'a trouvé le 19 novembre 1850 à Saqqarah, au nord de l'allée de sphinx du Sérapéum. - Cet homme est fascinant… approuva son père. Mais il n'était pas au bout de ses surprises. D'autres merveilles l'attendaient au sous-sol du vénérable musée. Lorsqu'ils pénétrèrent dans l'atelier de restauration, ils ne virent que des armoires vides et de longues tables immaculées. Renaud de Monfort se dirigea vers une porte dissimulée dans le mur du fond, qu'il ouvrit avec une petite clé. D'un geste, il fit signe à Nicolas de le suivre. Les deux hommes disparurent quelques minutes, avant de revenir portant des caissons soigneusement fermés. Ils renouvelèrent l'opération trois fois de suite. Six caissons s'étalaient à présent sur l'une des tables du laboratoire. Munis de gants, les archéologues, ayant ouvert les étuis, déposèrent les objets

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Les Veillées des Chaumières 3482 Sous le soleil de Normandie

Sous le soleil de Normandie

Épisode 5 Octobre restera peut-être Un après-midi d'octobre, dans le verger d'Hugo, Francis lui montra comment on nettoyait les pommiers, à quelle hauteur du tronc, et quand il fallait couper. Il lui parla aussi des greffes à effectuer le moment venu. - Tu crois qu'ils ont une chance, ces pommiers ? Ils sont récupérables ? lui demanda le jeune homme, inquiet. Francis toucha leurs troncs et les regarda longuement en silence. - Peut-être que oui, peut-être que non ! - Oh, t'es bien un Normand, Francis ! - Je plaisante ! ça ne coûte rien d'essayer. C'est toujours la nature qui décide. - Ce serait merveilleux si le verger pouvait repartir, tu sais. Avoir des fruits toute l'année, comme toi. Je pourrais cuisiner de tout, préparer des tartes et des confitures. - Et sans oublier ta gnôle ! Les deux éclatèrent de rire, mais Ulysse aboya, les oreilles dressées en avant. Deux personnes s'avançaient vers eux. L'un était petit et dodu aux cheveux grisonnants, l'autre était grand et élancé et avait la peau noire. Le plus replet s'écria qu'il était le maçon. Francis et Hugo allèrent à leur rencontre. - Bonjour, monsieur Samson ! Ulysse était particulièrement agité, mais Francis lui donna l'ordre de se calmer. - Votre chien, c'est un sacré gaillard ! s'exclama le plus âgé des deux. - Il est pas méchant, il fait juste bien son boulot, répondit Francis. - Bonjour, monsieur. Je suis Richard Moute, des entreprises Moute. On se salua, mais le maçon

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Les Veillées des Chaumières 3482 Le temps des serments

Le temps des serments

Le front collé contre la vitre du compartiment, Michaël écoutait avec nostalgie les premières mesures de L’Hiver de Vivaldi diffusées par son baladeur. Son cœur meurtri était à l’unisson avec le sombre paysage qui défilait sous ses yeux. L’hiver faisait grelotter les violons et souffler le vent le long des parois du train qui le conduisait à Brest. Des gouttes de pluie frappaient aux vitres en les faisant trembler. Bien que chaudement couvert, le jeune homme frissonna. La campagne avait revêtu son manteau d'hiver. À l'orée d'un bois, il crut apercevoir une silhouette à la longue chevelure blonde. Hésitante et glissant sur un chemin détrempé, la jeune fille ressemblait à s'y méprendre à celle qu'il avait quittée une heure auparavant sur l'un des quais de la gare Montparnasse. Michaël secoua la tête. Il ne pouvait s'agir de Sonia, avec laquelle il venait de passer les vacances de Noël chez sa grand-mère et

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Les Veillées des Chaumières 3482 Caravage génie du clair-obscur

Caravage génie du clair-obscur

C'est un éminent historien d'art italien doublé d'un collectionneur à l'autorité et au flair incontestables qu'entend saluer le musée des Beaux-Arts de Caen. L'exposition intitulée L' École du regard rassemble une cinquantaine d'œuvres provenant de sa maison florentine, la Villa Il Tasso, devenue aujourd'hui le siège de la fondation du même nom. Né dans le Piémont en 1890, Roberto Longhi fut plus qu'un œil, et un voyageur d'une curiosité rare. Il révéla bien des artistes de la peinture italienne du XVI au XVIIe siècle, à commencer par Caravage, dont il fit son sujet privilégié. À la faculté de lettres, il obtint son diplôme avec un mémoire de fin d'études sur ce peintre, le jour de son vingt-et-unième anniversaire. Pendant quarante ans, il multiplia travaux et recherches jusqu'à la grande exposition Mostra del Caravaggio e dei Caravaggeschi, organisée au Palazzo Reale de

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