Bientôt la construction de Neuschwanstein commença. Puis celle de « Meicost Ettal », (anagramme de « L'État, c'est moi », nom donné au château de Linderhof par le roi) suivi par celle d'Herrenchiemsee. Ces palais, extraordinaires pour l'époque, jugés souvent extravagants et qui, aujourd'hui encore, nous choquent ou nous enthousiasment, selon que l'on est réaliste ou d'esprit romantique, déchaînaient la verve des journalistes du monde entier. Christina, bien qu'elle se soit passionnée pour l'œuvre du roi, n'imaginait pas ce que serait ce château construit sur un piton rocheux face à Hohenschwangau, ce Neuschwanstein (« La nouvelle pierre du cygne ») sorti tout droit d'un croquis de décorateur de théâtre… Une vaste demeure isolée du monde, sans âge, parce que née, semble-t-il, sous un coup de baguette magique, émergeant des forêts dans la brume d'un matin d'été et prêt à s'écrouler comme un château de cartes, à s'évanouir comme un mirage ou à vous envoûter comme un sortilège. Aussi seul que l'était ce grand vaisseau de pierre s'appuyant sur des rochers pour mieux voguer dans les nuages, le roi donnait libre cours, au travers de ces créations, à sa recherche insatiable de Dieu, tel Parsifal en quête du saint Graal. DEUXIÈME PARTIE Chapitre 1 De sa voiture lancée au petit trot dans les rues de Munich, Christina regardait défiler les façades des hôtels particuliers. Cavaliers et attelages se croisaient, assez peu respectueux des curieux qui, sur la Marienplatz, s'attroupaient pour mieux voir les travaux du nouvel hôtel de ville dont le carillon, le Glockenspiel, deviendrait célèbre dans toute l'Allemagne. Quand elle passa devant la demeure d'Eva Lottenbach, la jeune femme ne demanda pas au cocher de s'arrêter, car elle entretenait avec la baronne des relations plus mondaines qu'affectueuses. À son côté, Fey s'amusait de l'animation qui régnait dans la cité bavaroise. Sa main, très souvent, rejoignait celle de sa mère. Les questions fusaient et la jeune femme mettait un point d'honneur à y répondre avec brio. Grâce à sa vigilance, Fey parlait couramment anglais et allemand. C'était une beauté pour ses dix-huit ans : élancée, le teint mat, les cheveux bruns bouclés, le regard étincelant… Chaque fois que Christina posait les yeux sur sa fille, elle découvrait que sa ressemblance avec Axel de Ferczy allait en s'accentuant. Pendant toutes ces années, la princesse avait tremblé à l'idée de revoir le Hongrois. Par Ida de Ferenczy, dame d'honneur de l'impératrice Élisabeth, qu'elle avait eu l'occasion de recevoir au palais Steinen, Christina savait que l'officier qui vivait en ermite dans son domaine de Debrecen ne s'était pas marié. Elle en concevait une certaine fierté, comme si le comte, en prolongeant son célibat, lui demeurait malgré tout fidèle. Certes, elle lui en voulait de sa défection, de sa lâcheté, mais sa rage ressemblait encore à de
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