Chapitre 34 De nouveau sur les routes, mais en compagnie d'Isabelle, cette fois. Une Isabelle très différente de celle que connaissait Esther, vêtue à la diable d'une robe polo en jersey bleu ciel et chaussée d'espadrilles. Ses cheveux bouclés étaient emprisonnés dans un foulard fleuri. - Nous allons faire l'école buissonnière, avait-elle décrété en s'installant au volant d'une Citroën qu'elle prétendait conduire de main de maître. - Ne vous inquiétez pas, c'est Édouard qui m'a appris à la piloter, avait-elle ajouté tandis que les faubourgs de Nice s'effaçaient derrière elles. On ne le dirait pas, mais chaque voiture a ses particularités or, il se trouve que celle-ci n'a fait aucune difficulté pour se laisser apprivoiser. Le croirait-on avec une telle carrosserie ? J'ai pris cela pour un signe… Je vois à votre air que vous ne me croyez pas. Ou bien, vous vous figurez que je me moque de vous, mais pas du tout, ma chère ! - C'est juste que je suis surprise de vous voir au volant, avait répondu Esther. Je vous imaginais plus… - Plus conventionnelle. Allons, soyez franche ! s'était écriée Isabelle. En même temps, cela ne m'étonne pas. C'est l'image que je donne en permanence. L'image que l'on attend de moi… La mécanique est peut-être réservée aux hommes, de même que l'on attribue la broderie aux femmes, mais il se trouve que je ne sais pas broder, ni coudre, d'ailleurs. Je joue au bridge. Plutôt bien. Cela convient à beau-papa. Jacqueline est beaucoup plus tolérante à cet égard. - De la mécanique ? - Oui, c'est bien de cela que je parle… Vous ne la connaissez pas bien mais sachez que dans sa jeunesse, notre belle-mère était une sportive accomplie : ski, natation, tennis. Elle a remporté je ne sais combien de médailles et de coupes. Tout cela dort au grenier depuis des lustres et personne n'en parle. Saviez-vous qu'elle est par ailleurs agrégée en histoire de l'art, ainsi qu'en histoire des civilisations ? À cela non plus, personne ne fait jamais allusion. Elle-même semble en avoir pris son parti. Seigneur ! Que cette route est mauvaise ! Je suis désolée pour les chaos. Pourvu que l'on ne crève pas ! - Que ferons-nous, si c'est le cas ? s'était inquiétée Esther. - Nous changerons la roue. - Vous savez comment vous y prendre ? - Il faut bien, quand on se targue d'être une bonne conductrice. Ce que je suis, n'est-ce pas ? Vous n'avez pas la frousse, au moins ? Esther avait fait signe que non. Elles roulaient maintenant toutes vitres ouvertes et la poussière lui faisait cligner des yeux. Isabelle, prévoyante, avait chaussé des lunettes aux verres fumés qui transformaient son visage. - Ma marraine habite une authentique demeure arlésienne, reprit-elle d'un ton curieusement adouci. C'est une femme adorable, vous verrez. C'est elle qui m'a en partie élevée, après la mort de ma mère. J'avais cinq ans… Mon père était archéologue et donc, sans cesse par monts et par vaux. Ma mère l'assistait dans tous ses chantiers. Elle a succombé à une mauvaise fièvre, en Égypte. Mon père aussi, est décédé, onze ans plus tard, d'une maladie étrange qui a eu raison de lui en quelques semaines…
Le contenu complet de cet article est réservé aux abonnés. Vous pouvez également acheter Les Veillées des Chaumières n°3667 au format digital. Vous le retrouverez immédiatement dans votre bibliothèque numérique KiosqueMag.
Voir plus