Me réabonner

Les Veillées des Chaumières - Le numéro 3672 du 15 avril 2026

Consultez le sommaire détaillé des articles parus dans ce numéro de Les Veillées des Chaumières.
Feuilletez un extrait de cette parution. Achetez le numéro au format papier ou numérique pour le retrouver sur votre espace client et l’application KiosqueMag.
KiosqueMag, la boutique officielle de Les Veillées des Chaumières propose l’accès le plus complet aux archives de la revue.

Feuilleter un extrait
La Une de Les Veillées des Chaumières n°3672 du 15/04/2026

Au sommaire de ce numéro

Les Veillées des Chaumières 3672 Reprendre sa vie en main

Reprendre sa vie en main

Marie-Geneviève venait d'avoir quatre-vingts ans quand sa vie s'était rétrécie à la largeur d'un couloir carrelé. Pour elle, c'était un choix délibéré. D'ailleurs, elle comptait bien ne pas y rester plus de temps qu'il ne lui faudrait pour se rétablir. À son âge, il est vrai, ça pouvait prendre des mois ! Le matin, comme tous les matins à présent, l'aide-soignante rabattait un plaid léger sur les cuisses de Marie-Geneviève avant de la pousser vers la salle à manger. Le tissu de satin de sa chemise de nuit glissait contre sa peau, caressant davantage qu'il ne couvrait. À son âge, cela l'étonnait toujours un peu de sentir son corps réagir encore à ces frôlements minuscules, comme une mémoire qui refusait de s'éteindre. Dans une autre vie, ce satin aurait été un drap, et on lui aurait apporté un petit déjeuner bio sur un plateau, avec jus pressé et journaux du matin. Ici, c'était un plaid anti-escarres, mais ses cuisses, elles, ne faisaient pas la différence. L'aide-soignante enchaînait tant de chambres qu'elle aurait pu courir le cent mètres pousse-fauteuil aux Jeux olympiques de la gériatrie, badge au vent et sourire fatigué vissé sur le visage. Marie-Geneviève l'aimait bien, au fond. Elle savait que ses gestes rapides, parfois un peu brusques, cachaient surtout un manque de temps, pas un manque de cœur. La salle à manger donnait sur une grande baie vitrée. On voyait les toits de tuiles d'Aurillac, le clocher, un ruban de route où passaient des voitures obstinées. Les jours de ciel clair, la campagne apparaissait au loin, comme un rappel discret que le monde continuait dehors. Ce n'était pourtant pas le paysage qui troublait le plus Marie-Geneviève. C'était le moment où l'on freinait son fauteuil à sa place, et où surgissait dans son champ de vision le même homme, chaque matin. Lui aussi arrivait en fauteuil, poussé par un soignant : Marcel Pradal. Épaules larges, dos un peu voûté mais encore solide sous la chemise à carreaux. Ses mains noueuses reposaient sur les grandes roues, serrant la main courante de métal. Des mains d'homme qui avaient saisi la terre, les bêtes, les outils. Marie-Geneviève suivait le mouvement de ses doigts sur le métal. Pour lui, ce n'était qu'un geste pour avancer. Pour elle, il y avait là une façon de s'accrocher au monde qui la touchait. Elle, riche héritière, trois divorces derrière elle, avait connu les draps frais des maisons de famille et ceux des hôtels luxueux. La voilà dans un Ehpad de province, choisi « parmi les meilleurs établissements », disait son fils en brandissant la brochure. Un accident vasculaire avait emporté sa marche. Son désir, lui, avait refusé de partir. À table, la voisine commentait sa santé comme on lit un bulletin météo : - Ce genou, je vous jure… et mon dos… et puis leur nouveau médicament, là… Les soignants, de loin, acquiesçaient d'un signe de tête, comme s'ils captaient une radio spécialisée dans les rhumatismes. Marie-Geneviève répondait par quelques « ah bon » distraits. Son attention glissait vers Marcel. Elle observait sa manière de se pencher vers son assiette, la chemise qui tirait un peu sur ses épaules, la petite veine qui battait sur sa main lorsqu'il serrait trop fort sa fourchette. En soi, rien d'extraordinaire. Pourtant, ces images l'accompagnaient plus longtemps que de raison. Parfois, pour faire passer un chariot, les soignants resserraient les fauteuils les uns contre les autres. Un dossier touchait un accoudoir, une roue effleurait l'autre. Le cœur de Marie-Geneviève se permettait alors un battement de trop, qu'elle faisait semblant de ne pas remarquer. L'administration parlerait volontiers « d'optimisation des déplacements ». Elle, dans ces petites collisions, voyait bien autre chose que de la logistique. L'après-midi, il lui arrivait de feuilleter des revues romanesques, ces journaux où l'on parlait encore de rencontres tardives et de vies recommencées. Elle les refermait avec un demi-sourire, mais ses doigts restaient parfois un peu plus longtemps posés sur la couverture. Un lundi matin, une nouvelle affiche fut scotchée à côté de la salle télé : « Atelier équilibre et danse

Le contenu complet de cet article est réservé aux abonnés. Vous pouvez également acheter Les Veillées des Chaumières n°3672 au format digital. Vous le retrouverez immédiatement dans votre bibliothèque numérique KiosqueMag.

Voir plus
Les Veillées des Chaumières 3672 La Relève

La Relève

Les soldats creusaient des tranchées autour du camp pour placer des batteries antichars. Sur la route qui longeait les barbelés, nous avions vu passer des pauvres gens effrayés, à pied ou en carriole. Ils avaient pris ce qu'ils avaient pu, quelques meubles, des matelas, des valises, une voiture d'enfant, une machine à coudre, des bassines en zinc, des paniers. Cette foule silencieuse et terrorisée me faisait réaliser une nouvelle fois ce que ma pauvre chérie avait dû subir sur les chemins de l'exode. Finalement, quelle que soit l'époque ou le pays, le défilé des exilés est toujours le même avec la souffrance, la peur et le chagrin. Ces femmes, ces enfants et ces vieillards connaissaient le même chemin de croix. J'éprouvais une réelle compassion pour eux. Pourquoi avait-il fallu qu'ils aient cru ce monstre qui leur avait promis un empire et mille ans de félicité ? Dieu qu'ils payaient cher leurs illusions ! D'un autre côté, je ne pouvais m'empêcher de penser que c'était leurs compatriotes qui avaient emmené Sarah et Louis… qui avaient entraîné la mort de Théo et de son épouse… C'était dur de ne pas ressentir de la haine pour les responsables de ces atrocités. Après tout, je n'étais qu'un homme. Quelques jours plus tard, le commandant donna l'ordre d'évacuer le camp. À pied. Cela me semblait impossible, mais nous n'avions pas le choix. Heureusement nous n'avions pas opéré depuis quelques jours. Il restait malgré tout une dizaine d'intransportables. Il fallait quelques volontaires pour rester avec eux, parmi le personnel soignant. C'étaient les plus vieux qui restaient, ils ne se sentaient pas la force de marcher. De toute façon, ils n'avaient rien à craindre des Russes en qualité de Français. Ils allaient rester là à attendre, avec peu de médicaments et peu de nourriture. J'espérais qu'ils seraient vite libérés. Près de cinq cents prisonniers s'avancèrent à l'aube, ce 20 janvier. Nous, les médecins, les infirmiers et les malades valides, sommes partis le lendemain. Je me demandais par où les Allemands voulaient nous faire passer puisque, d'après les dernières nouvelles, nous étions encerclés. Une autre question me taraudait : pourquoi vouloir à tout prix nous emmener ? Pourquoi ne pas nous laisser sur place et ne pas partir seuls ? Des malades et des prisonniers ne pouvaient que ralentir leur course… Les bizarreries d'un commandement à la déroute ? Et nous allions marcher, marcher jusqu'à n'en plus pouvoir. Le froid glacial nous tétanisait. Nous ne pouvions pas manger ni même boire puisque tout était gelé. J'ordonnais à chacun de sucer un morceau de glace pour remplacer l'eau. Nous nous sommes arrêtés, la première nuit, dans des granges, mais il faisait si froid que je déconseillais aux hommes de s'endormir. Alors nous avons parlé, nous nous racontions des histoires, chantions ou posions des devinettes. Quelle impression fantasmagorique que ces pauvres types vêtus de haillons, serrés les uns contre les autres, plus assis que couchés, qui parlaient sans cesse, mélangeant les sujets et se secouant mutuellement pour éviter une mort certaine. Un de nos gardes nous avait indiqué que la température était très basse, moins 35 °C. Rien que de le savoir nous faisait encore plus souffrir. Jamais je n'aurais pensé vivre dans de telles conditions. La moitié

Le contenu complet de cet article est réservé aux abonnés. Vous pouvez également acheter Les Veillées des Chaumières n°3672 au format digital. Vous le retrouverez immédiatement dans votre bibliothèque numérique KiosqueMag.

Voir plus
Les Veillées des Chaumières 3672 La Maison des rêves

La Maison des rêves

La soirée fut longue et fastidieuse aux yeux d'Alan. Il faisait l'objet de toutes les curiosités et cela lui déplaisait au plus haut point. Il avait vu passer Carolly, dont il avait remarqué le joli bonnet tuyauté et le tablier brodé. Il s'étonna de la grâce avec laquelle elle s'acquittait de ses fonctions. Elisabeth intercepta son regard qu'elle jugea beaucoup trop intéressé pour son goût. Prise d'une sourde colère - les mises en garde de ses amies faisaient sur elle leur effet - elle traversa la salle, un verre à la main, s'inquiétant du bien-être de ses hôtes avec de radieux sourires, allant de l'un à l'autre avec un mot aimable… Elle se rapprocha de Carolly qu'elle bouscula sans ménagement au passage. Le plateau de la jeune fille virevolta et atterrit sur le parquet ciré, répandant alentour les petits toasts et autres friandises qu'elle était chargée de présenter. - Petite maladroite ! Voyez ce que vous avez fait ! Déjà, Elisabeth, se détournant de la pauvre enfant, se préoccupait de savoir si personne n'avait été taché. - Nous sommes si mal servis de nos jours ! Catherine, qui surveillait tout, dépêcha Emma munie d'une pelle et d'une balayette, afin de réparer les dégâts. Puis elle attira Carolly et la pria de demeurer à l'office. Quant à Alan qui avait, de loin, assisté à la scène, il était devenu plus sombre encore. Il ne pouvait croire qu'Elisabeth se soit conduite de cette façon. Ne l'avait-il pas vue bousculer Carolly ? « Serait-elle méchante » ? se demanda-t-il. Comment aurait-il pu imaginer qu'elle était jalouse d'une orpheline recueillie par charité ? Il les vit un instant côte à côte, et il ne put s'empêcher de comparer le ravissant visage de Carolly aux traits courroucés de sa fiancée. - Mais non, ce n'est rien, ma chère, je vous assure… protestaient les invités. Il n'y a pas de quoi fouetter un chat… De sa pochette de dentelle, Lady Bright s'essuyait en arborant un sourire grimaçant. - Si Milady veut se rafraîchir… intervint Catherine avec empressement. - Oui, oui, je veux bien… La femme de charge l'entraîna à sa suite jusqu'au cabinet de toilette le plus proche. Lady Bright regarda autour d'elle avec effarement. Si le salon pouvait faire illusion, le cabinet, lui, ne plaidait pas en faveur des Winfield, bien qu'il fût d'une propreté rigoureuse. On avait même installé dans un coin une coiffeuse. Une glace au tain rongé la surmontait. « Je me demande si Elisabeth ne fait pas une erreur en épousant cet homme, tout imbu du passé prestigieux de ses ancêtres ! Il s'efforce d'être aimable, mais je le crois froid et distant… » Prise de frissons, elle se frictionna les tempes d'eau de Cologne et fut toute heureuse de retrouver la chaleur du salon

Le contenu complet de cet article est réservé aux abonnés. Vous pouvez également acheter Les Veillées des Chaumières n°3672 au format digital. Vous le retrouverez immédiatement dans votre bibliothèque numérique KiosqueMag.

Voir plus
Les Veillées des Chaumières 3672 Le courrier des lectrices

Le courrier des lectrices

Le découragement saisit Gilberte qui vit soudain en ce voyage un interminable, ennuyeux et compliqué périple. - Tout ça, ce sont des prétextes pour ne pas te décider, lui dit Françoise quand elle lui eut fait part de ses réticences. Tu sais très bien que tu pourrais prendre un taxi à Paris. Car elle aussi avait trouvé l'idée de Renée excellente. - Certes, mais il y a aussi toutes ces heures dans le train ! gémit Gilberte. - Bah ! Ça te ferait voir du paysage ! Et puis franchement, avec le temps qu'il fait aussi, c'est l'occasion rêvée d'aller un peu au soleil. Gilberte posa le torchon qu'elle avait à la main. Ce dernier argument était de poids. Puis ses sourcils froncés se détendirent et elle dit d'un ton mielleux : - Et si tu m'y emmenais en voiture ? Françoise eut un léger soupir. Elle reconnaissait bien là sa mère, qui n'avait pas complètement perdu l'habitude d'avoir les gens à sa disposition. Que de fois ne l'avait-elle pas entendue demander à son mari, avec force minauderies, de la conduire ici ou là ! - Ce serait une occasion de faire un petit voyage ensemble, poursuivit Gilberte, pleine d'espoir. Je prendrais tous les frais à ma charge, bien sûr. Et tout comme avec ce brave Hubert, elle trouvait toujours les bons arguments pour convaincre, pensa Françoise. Mais elle s'entendit répondre, sachant que sa mère, de toute façon, ne désarmerait pas : - Pourquoi pas, après tout… - Oh ! Merci, ma chérie ! Quand pourrions-nous partir ? Car évidemment, à présent qu'elle était décidée, il aurait fallu que ce soit très bientôt, voire le lendemain même. - Laisse-moi le temps de m'organiser ! J'en parle ce soir à Michel et je te tiens au courant. Pff ! Qu'avait-elle besoin de l'avis de son mari ? songea Gilberte. Mais elle se soumit et acquiesça d'un signe de tête résigné. Elle avertit Renée de son départ, promettant de la tenir au courant de la suite des événements. Gilberte attendit la lettre de Nicole, qui n'avait pas tardé en effet, et, dix jours plus tard, de fort bonne heure, la mère et la fille embarquaient à bord de la confortable voiture du mari de Françoise, imposante berline plus confortable que sa propre petite citadine. Le trajet, calculé par Françoise qui avait étudié le parcours, devant durer sept bonnes heures, autant prévoir large pour avoir le temps de s'installer à l'hôtel qu'elle

Le contenu complet de cet article est réservé aux abonnés. Vous pouvez également acheter Les Veillées des Chaumières n°3672 au format digital. Vous le retrouverez immédiatement dans votre bibliothèque numérique KiosqueMag.

Voir plus
Les Veillées des Chaumières 3672 La chambre numéro 12

La chambre numéro 12

Le docteur Cyprien Marceau enlevait sa blouse dans le vestiaire. Ses gestes étaient lents, sa mine lasse. Chef de clinique à l'hôpital Sainte-Lucie, sa journée, comme souvent, avait été rude. En plus de ses fonctions hospitalières, il avait donné trois heures de cours à l'université. - Alors ? Ce projet de spécialisation en chirurgie cardiaque, ça avance ? Il tourna la tête vers son collègue et néanmoins ami qui venait de le rejoindre. - Bof… admit Cyprien. Le projet trotte toujours dans ma tête, mais le temps me manque. Entre l'hôpital, la fac et la maison, je suis sous l'eau la plupart du temps… - Tu serais doué pourtant. Pendant nos études, ce sujet te passionnait déjà. Cyprien hocha la tête. Oui, depuis longtemps, il s'intéressait aux progrès médicaux, lisait tous les articles qui paraissaient dans les revues spécialisées, rêvait d'être un jour l'auteur d'une communication où il ferait état de ses propres recherches. - Et… chez toi, toujours pareil ? continua son confrère. Il touchait là un point sensible. La vie familiale de Cyprien était compliquée. On avait diagnostiqué chez Alex, l'aîné de ses trois enfants, une forme grave d'autisme - ce qui l'empêchait d'être scolarisé normalement. Cyprien pensait que son fils serait mieux dans une institution spécialisée, mais son épouse, Marina, insistait pour qu'Alex reste à la maison où il suivait des cours dans la mesure de ses capacités. - Hélas, oui. Marina est complètement crevée… Alex est un enfant difficile qui lui prend beaucoup de temps, tu penses bien, et il n'est pas question bien sûr de négliger les deux autres. - Je comprends, compatit son collègue. - Si Alex n'était plus à la maison pendant la semaine, Marina serait moins fatiguée. Et on pourrait profiter de lui le week-end. Elle pourrait reprendre son travail, qui lui plaisait. Je fais ce que je peux mais avec mes horaires de dingue… - Ah pas facile, admit son collègue. Et encore, il ne savait pas tout… Difficile pour Cyprien de concilier sa carrière, ses ambitions professionnelles

Le contenu complet de cet article est réservé aux abonnés. Vous pouvez également acheter Les Veillées des Chaumières n°3672 au format digital. Vous le retrouverez immédiatement dans votre bibliothèque numérique KiosqueMag.

Voir plus
Les Veillées des Chaumières 3672 Les fraises arrivent…

Les fraises arrivent…

Ingrédients : 400g de fraises - 6 feuilles de basilic - 1 c. à café de vinaigre balsamique - 1 c. à soupe d’huile d’olive - 12 tranches de magret de canard fumé - 1 tour de poivre du moulin - 1 pincée de sel fin. Réalisation - Lavez les fraises puis équeutez-les. Taillez-les en dés réguliers d'un demi-centimètre de côté. - Conservez 4 belles feuilles de basilic et ciselez les 2 feuilles restantes. - Assaisonnez les fraises au vinaigre balsamique, à l'huile d'olive et ajoutez le basilic ciselé. Salez et poivrez. - Dégraissez totalement les tranches de magret fumé. Taillez-les en dés fins et ajoutez-les aux fraises. - Dressez dans des

Le contenu complet de cet article est réservé aux abonnés. Vous pouvez également acheter Les Veillées des Chaumières n°3672 au format digital. Vous le retrouverez immédiatement dans votre bibliothèque numérique KiosqueMag.

Voir plus

J'achète ce numéro

Voir toutes les archives de Les Veillées des Chaumières

Tous les numéros de Les Veillées des Chaumières

J'aime Les Veillées des Chaumières ? Je m'abonne

Nos offres d'abonnement à Les Veillées des Chaumières
Satisfait<br>ou remboursé

Satisfait
ou remboursé

Service client à votre écoute

Service client à votre écoute

Moins cher qu'en kiosque

Moins cher qu'en kiosque