René sortit sur le seuil de la salle de classe, contempla le vaste plateau aride qui s’étendait sous ses yeux, les bosquets de pins qui faisaient deux taches sombres sur la pierre blanche, le chemin où les cailloux roulaient sous les pieds. Il respira longuement, alluma une cigarette. Il l’avait bien méritée après son après-midi de jeudi passé à corriger des cahiers. Le paysage, à l’horizon, s’arrêtait net, comme s’il s’agissait d’un des bouts du monde. René savait pourtant que, de l’autre côté, à l’aplomb vertigineux de la roche, on apercevait au loin le bourg de Virragues. C’était là qu’il avait commencé sa carrière d’instituteur, dix ans plus tôt. Il s’y plaisait, même si son comportement un peu hautain, sa parole rare mais franche, ne lui avaient pas fait que des amis. Non qu’il n’aimât pas ses semblables, mais les quatre années de guerre lui avaient révélé la face parfois sombre de la nature humaine. Pacifiste, il ne supportait pas la violence, aimait son pays, avait détesté le voir envahi, régenté subitement par d’autres lois auxquelles beaucoup s’étaient complaisamment pliés. Pendant toute la guerre, il avait été en conflit ouvert avec le maire de la commune, Paul Rigaud, qui courbait l’échine devant l’occupant, avec le sourire, en plus. Il recevait chez lui des officiers allemands, faisait avec eux des affaires pas très claires. René, quant à lui, dès le début de la guerre, avait pris le parti de la liberté. Son comportement, davantage que ses dires, affichait clairement ses opinions. Certains parents d’élèves s’étaient plaints de son attitude en classe. Les enfants devinaient en effet son mépris envers l’occupant, aux regards qu’il jetait quand des soldats allemands passaient sous les fenêtres de l’école, par exemple. Ils s’attendaient presque à ce qu’il crache alors par terre. De plus, sans évoquer la situation d’alors, il parlait à demi-mot de tolérance, d’indépendance des peuples, de respect des minorités, propos universels, jugeait-il, qui n’avaient pas uniquement à voir avec l’occupation de la France. Le maire avait eu le plus grand mal à lui
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