Nous Deux - Le numéro 4083 du 29 septembre 2025

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La Une de Nous Deux n°4083 du 29/09/2025

Au sommaire de ce numéro

Nous Deux 4083 Juste lui

Juste lui

Félicia avait vu le jour se lever. Drôle de matin. Le soleil était pâle et sans éclat, comme maladif. La jeune femme se tourna sur le côté pour regarder l'homme qui dormait auprès d'elle. C'était Lucas. Cette nuit, ils avaient fait l'amour dans son lit, dans sa maison, pour la toute première fois. Habituellement, ils se retrouvaient dans l'appartement de Lucas, et jamais la nuit. Leurs étreintes duraient une heure ou deux, deux ou trois fois par semaine, et Félicia s'en allait. Elle retournait à sa vie d'épouse. Elle était arrivée de Grèce avec ses parents alors qu'elle n'était encore qu'une enfant de 3 ans. Quarante-deux ans plus tard, elle était une belle femme à la peau mate et à la lourde chevelure noire. Ce matin, elle ne savait plus très bien qui elle était. Parce qu'il y avait cet homme dans son lit, et que dans ce lit, elle en avait longtemps aimé un autre : Yanis, son mari. Lucas ouvrit les yeux, lui sourit et passa le bras par-dessus son épaule. - Je voulais me réveiller avant toi pour préparer le petit déjeuner, fit-il. Notre premier petit déjeuner. C'était merveilleux, cette nuit, nous deux. Félicia frémit et repoussa doucement Lucas. Que lui arrivait-il ? - Oui, merveilleux. - Je te trouve bizarre, ça ne va pas ? dit-il en se redressant. - Je… Je me sens un peu nauséeuse. Ce n'est pas grave pour le petit déjeuner, il vaut mieux que j'aille prendre une douche et que je file au travail. J'ai sûrement bu un peu trop de vin hier soir. Lucas tenta encore de la prendre dans ses bras, mais Félicia le repoussa à nouveau et s'assit au bord du lit. - Je t'ai dit que je n'avais pas le temps ! Je dois remplacer une collègue en plus de mes cours. Je prendrai mon petit déjeuner sur place. - J'ai fait quelque chose ? s'inquiéta Lucas. - Tu n'as rien fait. C'est moi… Je te l'ai dit, j'ai dû boire trop de vin, ça ne me réussit jamais. - Tu n'as bu que deux verres. Il y a autre chose, je le vois bien. On ne va pas commencer à se mentir, on s'est

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Nous Deux 4083 La Dame blanche

La Dame blanche

On lui avait tellement parlé de ce bois que Frédéric avait voulu le découvrir. La Dame blanche, il le savait, c'est ainsi que l'on appelle la chouette effraie dans les campagnes, à cause de la couleur claire de son plumage. Il n'y avait pas de pancarte et il marchait au jugé. Il arriva dans une clairière, cernée par les arbres. Dissimulé derrière un buisson, il observait la jeune femme. Elle s'était laissée tomber au pied d'un grand chêne, que l'on disait sacré. À la surface de la source que l'arbre abritait, des glands dérivaient. La femme s'approcha de la source, si claire dans son nid entouré de verdure et de fleurs. Elle n'avait pas vu Frédéric. Agenouillée dans l'herbe, elle se concentrait. - Ô ma chère grand-mère, vous que l'on nomme la Dame blanche, manifestez-vous. Yolanda, votre petite-fille, vous appelle ! J'ai besoin de vous ! Elle suppliait et ordonnait tout à la fois, penchée sur son propre reflet. Frédéric s'approcha sans bruit. Son cœur battait la chamade. Il vit une brume se former sur l'eau, jusqu'à gommer le relief du visage de la jeune femme. À travers ce fluide brouillard, d'autres traits se dessinaient. Ils se superposaient exactement à l'image estompée de Yolanda. À présent c'était un autre visage que renvoyait la surface de la source, un visage très beau, un bijou dans l'écrin d'une chevelure blonde ondulée. La jeune femme tressaillit, sous l'emprise d'une joie indicible. - Rose Fayard, ma chère grand-mère ! Merci d'avoir répondu à mon appel. Je sais que vous veillez sur moi et que vous m'aiderez à conserver notre domaine. Un sourire entrouvrit les lèvres de l'apparition. Elle considéra Yolanda avec bonté et affection. Ni bleus ni verts, ses yeux avaient la couleur de l'eau quand elle reflète les arbres ou celle des sous-bois macérant dans la lumière. - Très chère grand-mère, j'ai confiance, à présent. Je sais que vous veillez sur moi et que vous m'aiderez. La main de Yolanda voulut effleurer le visage de

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Nous Deux 4083 La terre neuve de l'amour

La terre neuve de l'amour

C'était la première fois que François passait des vacances en Bretagne : lui qui était habitué à la lumière écrasante du Midi, il voulait s'essayer à autre chose, aux ombres, à la pluie, à la mer humide, aux grandes marées. Il avait choisi Loguivy, dans les Côtes-d'Armor, à cause d'une vieille chanson que lui chantait autrefois sa grand-mère. Il ne parvenait à se souvenir que du refrain : Loguivy de la mer, Loguivy de la mer Tu regardes mourir les derniers vrais marins… Loguivy de la mer, au fond de ton vieux port S'entassent les carcasses des bateaux déjà morts. Il marcha lentement sur la bande d'herbe rase qui bordait la falaise. Il y avait une odeur d'algues sèches. Le ciel, d'un bleu laiteux, était strié de longs nuages effilés, et l'océan, plus bas, ressemblait à une bête affamée, aux babines écumantes. Le peintre s'arrêta à l'endroit précis où le sentier s'ouvrait sur la mer. Il posa son sac de toile sur le sol, déplia son chevalet, le planta fermement dans la terre. Sur sa tête, un chapeau de paille à large bord bougeait au rythme du vent. Pour éviter qu'il ne s'envolât, il l'avait noué sous le menton avec une ficelle blanche. Une mèche de cheveux s'échappait sur sa tempe. François était jeune, mais le soleil avait déjà imprimé ses marques profondes sur son visage. Un observateur attentif aurait pu deviner quelles étaient ses couleurs favorites en s'approchant de sa chemise de lin, dont les manches étaient retroussées jusqu'aux coudes : bleu outremer, ocre, vert-de-gris… La peinture avait envoyé de petits éclats séchés, qui ne partaient plus au lavage. Son pantalon, large et souple, était remonté aux chevilles. Il dévoilait des espadrilles achetées au marché d'Aix-en-Provence. Une ceinture de cuir usée maintenait une sacoche d'où dépassaient des pinceaux et des chiffons roulés. Bref : il répondait tout à fait au cliché de l'artiste. Silencieux, François fixait un reflet de lumière sur l'eau, un clapot discret, le vol

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Nous Deux 4083 Juste retour des choses

Juste retour des choses

En recevant l'information, Jocelyn Valois-Leblanc eut l'impression que le ciel lui tombait sur la tête. Ce que redoutaient nos ancêtres les Gaulois, Jocelyn le ressentit tout au fond de ses chairs et de son sang. Un cataclysme. La fin du monde. La fin de sa vie. Depuis plusieurs mois, Jocelyn souffrait du foie. Ses douleurs étaient passagères, mais aiguës et violentes. Il les avait espérées sans conséquence et au fil du temps, il s'était mis à les redouter. Le mal progressait inexorablement. Un matin, ne supportant plus la douleur, l'homme d'affaires avait décidé de consulter un spécialiste. Jamais dans le passé il ne s'était rendu dans une clinique ni chez un simple généraliste. Probablement s'imaginait-il posséder une santé au-dessus de celle du commun des mortels. Le professeur Marche, entre les mains duquel il s'était remis, avait ordonné toute une série d'examens : IRM, échographie, contrôle tomodensitomètre - tout en se gardant bien d'inquiéter son client au nom prestigieux et à la fortune importante. - Je vous recontacterai dans moins d'une semaine, dès que j'aurai étudié les résultats de ces analyses. Puis l'homme de science avait ajouté ces mots qui avaient eu sur Jocelyn l'effet contraire à celui voulu par le professeur : - Ne vous inquiétez pas, monsieur Valois-Leblanc, il n'y a pas là de quoi vous affoler… mais il était peut-être temps de consulter… Comment ne pas s'inquiéter, ne pas s'affoler justement s'il « était temps » ? Le fait même de donner un tel conseil n'était-il pas en soi la preuve de la gravité de son état ? Les jours suivants, la nervosité et les tourments de Jocelyn n'avaient cessé de progresser. Dès le lendemain, il souhaitait déjà connaître les résultats de la prise de sang. Le troisième jour, il imaginait le médecin, la tête entre les mains, analysant puis rédigeant des comptes-rendus à son intention : allait-il l'opérer ? Une intervention était-elle nécessaire, voire indispensable ? Le quatrième jour, n'y tenant plus, il avait téléphoné

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Nous Deux 4083 Un amour contrarié

Un amour contrarié

Tout s'était passé un peu vite pour Maxime. Cette semaine-là avait représenté pour lui un tel condensé d'émotions qu'il avait encore peine à prendre conscience de ce qui lui était arrivé. Lorsque Pierre avait invité Maxime à sa soirée d'anniversaire, il n'avait pu s'empêcher de taquiner le célibataire : - Évidemment, je ne te demande pas si tu viendras accompagné ! - Ça t'ennuie que je vienne seul ? avait rétorqué Maxime en rougissant. La soirée s'était déroulée dans l'appartement de Pierre et de Béatrice, situé dans le square de Clignancourt. - Si j'avais parié, j'aurais gagné ! s'était exclamé Pierre en accueillant son ami. Maxime était effectivement seul. Il avait haussé les épaules et balayé le salon du regard : - Où est Béatrice ? - À la cuisine… À peine avait-il rejoint Béatrice qu'une jeune femme à la chevelure brune et bouclée avait lancé : - La date de péremption pour les œufs de lump est passée depuis quinze jours ! La remarque de la belle inconnue qui aidait Béatrice à préparer les toasts avait provoqué un fou rire général. Lorsqu'ils s'étaient calmés, Béatrice avait fait les présentations : - Maxime, l'ami de Pierre. - Lucia, mon amie d'enfance… Les jeunes gens s'étaient croisés tout au long de la soirée. Maxime avait proposé son aide pour garnir les plateaux. Lucia faisait le tour du salon d'une démarche de danseuse étoile. Maxime n'avait d'yeux que pour elle. Il était pressé de se retrouver seul avec la séduisante jeune femme. Craignant que la soirée ne s'achève sans qu'il ait pu lui parler, Maxime avait pris l'initiative : - Vous ne trouvez pas l'ambiance un peu trop bruyante ? La jeune femme au regard pétillant lui avait rétorqué : - Vous me proposez de nous enfuir ? Que vont penser nos hôtes ? Ayant capté l'éclair de malice dans les yeux de Lucia, Maxime avait répliqué : - Les connaissant, je

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Nous Deux 4083 Floriane “Je parle de ce handicap invisible pour aider tous les malades incompris”

Floriane “Je parle de ce handicap invisible pour aider tous les malades incompris”

Ne la croyait-il pas ou ne souhaitait-il tout simplement pas l'indemniser ? Quoi qu'il en soit, c'est une entrevue tendue avec un expert de son assurance qui a poussé Floriane à prendre la parole, et aussi son stylo. « Écrire, pour moi, a été un exutoire, résume cette maman de 38 ans. Ensuite, j'ai compris que mon récit pouvait aider d'autres personnes atteintes de la même maladie. » Comme des « coups de poignard » Impossible pour Floriane Diesnis de savoir quand la maladie est vraiment apparue, tant ses symptômes sont complexes. « Des douleurs se sont manifestées alors que j'étais encore jeune. À 29 ans, j'ai dû être opérée de l'épaule parce que mes tendons étaient complètement abîmés, ce qui, normalement, n'arrive pas avant l'âge de 60 ans. » Malgré l'opération, la douleur persiste. « On m'a alors diagnostiqué une algoneurodystrophie. » Ce terme désigne une douleur persistante touchant un membre après

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