Marceline Legendre tamponna délicatement ses larmes à l'aide de son mouchoir de dentelle blanc. Clémence, la deuxième de ses quatre enfants, venait de se marier, à l'aube de ses 19 ans. C'était le mois d'avril 1950, le printemps. Les arbres étaient en fleurs, les oiseaux chantaient à tue-tête… Tout ceci était tellement grisant ! Le petit village de Sarp était en effervescence. Un mariage, c'était toujours un grand événement et tout le monde y était convié. Marceline et Léonard ne pouvaient rêver meilleur parti pour leur fille : Roger Gravey était le fils cadet du pharmacien de Saint-Bertrand-de-Comminges. À vrai dire, c'était inespéré. Léonard Legendre n'était qu'un modeste cordonnier. Le joyeux cortège prenait à pied le chemin de la résidence secondaire des Gravey où allaient se dérouler les festivités. En regardant sa fille au bras de son mari, Marceline versa quelques larmes. Avec Léonard, eux aussi, en leur temps, ils avaient fait un vrai mariage d'amour. De leur union étaient nés quatre enfants : Régine, Clémence, Solange et le petit Lucien qui avait fait à ses parents la surprise de naître dix ans après Solange. Sacré petit Lucien ! « Madame Gravey ! » Tandis qu'elle marchait au bras de son époux, Clémence avait du mal à saisir que désormais, c'était ainsi que les gens l'appelleraient. La nuit de noces à venir l'angoissait. Avec Roger, ils s'embrassaient souvent, mais jamais ils n'étaient allés plus loin que cela. À plusieurs reprises, la jeune fille avait dû refréner les ardeurs de son fiancé. Mais voilà que maintenant… Elle n'ignorait pas comment les choses allaient se passer, mais elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver quelque appréhension. Sa mère s'était voulue rassurante, toutes les jeunes mariées étaient dans le même état d'esprit. - Tu es heureuse, mon amour ? lui glissa Roger à l'oreille. - Je suis la plus heureuse de toutes les femmes du monde, parce que tu es mon mari et que je suis ta femme. Nous ne sommes plus qu'un désormais. - Bientôt trois, sourit-il, si Dieu le veut. -
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