L'ornithologie, c'était la passion de Fabrice. Il aurait aimé en faire son métier, mais ne se sentait pas encore assez pro, et préférait, en attendant, assurer ses fins de mois avec son poste de conseiller bancaire. On se moquait gentiment de lui, au boulot. En fin de semaine, à la fermeture de la banque, sachant qu'il allait passer ses soirs de week-end à courir les bois, son appareil photo autour du cou, on s'amusait à lui souhaiter « bonne chasse à la galinette cendrée ! ». Une blague récurrente, laquelle venait des humoristes qu'étaient les Inconnus. Fabrice leur répondait gentiment par un haussement d'épaules tout en leur souhaitant, pour ces deux longs jours, un minimum de prises de bec avec leurs épouses respectives. Il avait connu ce que beaucoup de couples avaient, eux aussi, pu vivre. Des scènes de ménage quotidiennes, qui ne cessaient que lorsque l'un des deux époux quittait la pièce, ou parfois même la maison, en claquant la porte. Mais l'un ou l'autre revenait, car seul un juge des divorces pouvait décider du partage de la maison, des comptes épargne et autres biens qu'ils avaient en commun. Fabrice allait enfin se décider à faire appel à l'un de ces hommes de loi, quand il avait appris par le médecin de famille la maladie dont souffrait son épouse. Et tout avait changé pour lui. Il avait compris pourquoi sa femme, si douce, si rieuse, si aimante, avait petit à petit changé de comportement. Une maladie génétique héréditaire dont elle ne lui avait jamais fait part et qui avait fini par emporter sa mère. La chorée de Huntington, qui se traduisait par une longue dégénérescence des neurones. Elle devenait de plus en plus agressive, était sujette à des mouvements brusques, accentués quand elle se mettait en colère, et c'était de plus en plus fréquent. La moindre contrariété, un retard de cinq minutes quand il rentrait du travail, et il subissait une crise. C'était devenu insupportable. Mais, sachant ce dont elle souffrait, il avait changé d'avis à propos du divorce.
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