l s’appelait Virgile. Depuis l’école maternelle, il s’était rendu compte que ce prénom peu commun suscitait la curiosité et il en avait dès lors profité « pour se rendre intéressant », comme le disaient les jaloux. Il apprendrait plus tard que c’était une idée de sa mère, férue pendant ses études des auteurs antiques, et qu’elle avait souhaité se rappeler ce poète latin en baptisant son premier-né. L’effort d’imagination avait dû être trop intense car son second fils se prénommerait plus banalement Maxime, rejoignant ainsi une cohorte fournie de petits garçons dans chaque établissement scolaire. Outre leurs prénoms, les deux fils Labarrère étaient radicalement différents. Fort de son originalité, Virgile se mit bientôt en avant dans tous les domaines. Il voulait être le premier partout, à l’école, dans les pratiques sportives qu’il multipliait, suivant l’exemple de son père, ravi de s’être trouvé un émule dans sa propre famille. Maxime n’essaya même pas de rivaliser, vaguement ébloui par cet aîné qui raflait les prix et montait sur tous les podiums. De toute façon, sa constitution plus fragile lui interdisait de tels exploits. La seule manière qu’il trouva de se démarquer fut, quand ils furent adolescents, l’orientation de ses études. Virgile excellait dans les matières scientifiques, plus propres à lui assurer plus tard la position sociale qui lui revenait de droit, pensait-il. Car évidemment, à ses brillantes notes et à son physique avantageux de grand sportif, devait s’ajouter la réussite financière. Le cadet, lui, se réfugia dans la littérature, la philosophie et les langues anciennes. – Tu n’en as pas marre de ces trucs poussiéreux ? lui demanda un jour Virgile en jetant un coup d’œil dédaigneux sur la traduction latine sur laquelle son frère s’échinait. Moi, je suis sur une dissert’ d’économie sur les pays émergents. Passionnant. Et je vais te terminer ça en une heure pour pouvoir aller à mon entraînement de rugby après. – J’avoue que je rame un peu, dit doucement Maxime. Mais ça ne manque pas d’intérêt. C’est un vrai plaisir quand on a enfin trouvé le mot
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