Nous Deux - Le numéro 4128 du 10 août 2026

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La Une de Nous Deux n°4128 du 10/08/2026

Au sommaire de ce numéro

Nous Deux 4128 Des os dans l’eau

Des os dans l’eau

[email protected] Quand nous étions enfants, nous avions des rêves. Des grands, mais aussi de plus modestes. Tony Moretti voulait devenir pilote de formule 1, Camille Aubry actrice ou chanteuse, Thomas Avenel aviateur et Louis Maréchal journaliste. Paul et moi voulions tout simplement voir la mer. Je l’ai vue bien des fois depuis, mais Paul n’était pas à mes côtés. Aujourd’hui, il ne reste pas grand-chose de ce que nous avons connu dans notre petite ville du Loir-et-Cher, mes amis et moi. La quincaillerie où mon père achetait ses outils et ma mère ses casseroles a fermé en décembre 1999, à la mort de Mme Brunion, à l’âge de 90 ans. La veille encore, ma mère m’avait envoyée lui acheter des épingles à linge et elle allait parfaitement bien. Elle était souriante, comme toujours. Elle est morte dans son sommeil, au chaud sous son édredon, quelques jours avant Noël. Veuve depuis belle lurette, elle n’avait jamais eu d’enfant, pas de frère, de sœur. Seule au monde. Le maire avait cherché quelqu’un pour reprendre la quincaillerie, mais personne ne s’était présenté. Presque tout ce qu’elle contenait avait été vendu aux enchères au bénéfice de la commune qui en avait profité pour restaurer la salle des fêtes, et puis le rideau métallique s’était refermé à tout jamais. Quand j’y pense aujourd’hui, vingt ans plus tard, je ressens de la tristesse et beaucoup de nostalgie. J’avais 14 ans, Paul en avait 15. Nous étions des amis et peut-être un peu plus que cela. Nous étions les chouchous de Mme Brunion. Surtout Paul, parce que la vieille dame savait qu’il n’était pas très heureux chez lui. Souvent, lorsque nous passions devant la boutique en sortant de l’école, elle ouvrait la porte, jetait un coup d’œil aux alentours, et nous faisait entrer discrètement. Nous avions droit à un grand bol de chocolat chaud et à des madeleines qu’elle confectionnait ellemême et qui étaient délicieuses. Je n’en ai jamais mangé d’aussi bonnes. Son défunt mari avait été employé, jusqu’à sa mort prématurée, à la filature de Salbris où il avait laissé quelques

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Nous Deux 4128 Rendez-vous à Annecy

Rendez-vous à Annecy

Arrivée la veille à Annecy, Béatrice n’avait toujours pas pu joindre Grégory. Pourtant, il lui avait bien donné rendez-vous afin qu’ils passent du temps ensemble. Ils en parlaient encore la semaine dernière. Que s’était-il passé entre-temps ? Son portable ne répondait pas, apparemment il avait changé de numéro. Des ombres jouaient sur les eaux vertes du canal. La ville qui, par certains côtés du centre, faisait penser à Venise, grouillait de touristes. Béatrice traversa le pont des Amours, s’arrêta au milieu et contempla l’eau mouvante. Grégory aurait dû être à ses côtés ! Elle avait envie de pleurer. Mais elle décida d’agir. Elle se rendit une nouvelle fois à son adresse. La gardienne de l’immeuble refusa de lui parler. Elle évoqua un soudain déménagement. Pourquoi ne lui en avait-il pas parlé ? Pourquoi l’avait-il laissée venir pour un rendez-vous qu’il n’entendait pas honorer ? Désemparée, Béatrice s’aventura sur la promenade du Pâquier, suivit l’avenue d’Albigny où, un an plus tôt, elle avait fait la connaissance de Grégory. Il travaillait depuis peu dans une petite start-up. Elle avait pris une semaine de congé avec une amie qui, affligée d’une migraine, était restée à l’hôtel, pendant qu’elle faisait du lèche-vitrine, pour le dernier jour de leurs vacances. Béatrice se souvenait avec une précision douloureuse du déroulement de leur rencontre. Il l’avait invitée à boire un verre à la terrasse d’un café. Grand, blond, les yeux d’un bleu insensé, des lèvres sensuelles, il était bel homme et il lui plaisait follement. Il lui avait donné son numéro de téléphone et son adresse. – Nous nous reverrons ! avait-il promis. Elle avait regagné à regret l’hôtel où son amie l’attendait en faisant leurs bagages. Elles étaient rentrées dans la capitale. Le soir même, sur son téléphone, il y avait un message de Grégory. Il était venu la voir le week-end suivant et ils avaient passé deux jours à faire l’amour et à se découvrir. Pendant plusieurs mois, ils avaient appris à mieux se connaître,

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Nous Deux 4128 L’énergumène

L’énergumène

Les vacances d’été approchaient et Ambre se demandait ce qu’elle allait bien pouvoir faire de cette longue parenthèse. À 20 ans, ce n’était plus vraiment l’âge pour aller chez mamie, même si elle l’adorait. Son groupe d’amis partait avec un club en Tunisie, mais l’emploi du temps balisé à la minute près, les loisirs organisés et les soirées un peu puériles, très peu pour elle. De toute façon, son budget d’étudiante ne le lui permettait pas. Retour à l’option mamie, alors ? Économique, certes, mais décidément pas très excitant. – Et pourquoi pas une colo ? lui suggéra une copine de fac. – Une colonie de vacances ? Mais je n’ai plus l’âge ! répondit Ambre en riant. – Que tu es bête ! En tant que monitrice bien sûr ! Bon, il faut aimer les mômes… Mais tu prends l’air, tu gagnes un peu de sous et tu bosses souvent avec des gens de ton âge. Qui sait ? Tu feras peut-être une rencontre intéressante, toi qui te plains d’être seule… Une colonie… Cela lui évoquait un interminable trajet en car, avec des gosses ingérables qui hurlaient pendant des heures des chansons débiles, ou, pire, vomissaient, des activités manuelles genre pâte à sel ou peinture sur soie, des soirées autour d’un feu de camp où un moniteur qui connaissait trois accords de guitare tentait d’intéresser les enfants, des balades à pied en plein cagnard qui vous laissaient de douloureuses ampoules, d’immenses dortoirs où surveiller des gosses qui ne voulaient pas dormir, sans compter la constante responsabilité. Elle en était fatiguée d’avance. Mais le printemps fut précoce cette année-là, et la perspective de ne voir le soleil, durant plusieurs mois, que de son minuscule balcon la poussa tout de même à se renseigner sur ces fameuses colos. La mairie de sa commune pourrait sûrement lui en dire davantage. Cela tombait bien, il y avait encore un poste à pourvoir pour le mois d’août, lui dit-on,

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Nous Deux 4128 L’été où tout a changé

L’été où tout a changé

La grande maison bâtie sur le front de mer accueillait, comme chaque été, la famille de l’industriel Antoine Berthier-Picard. Il y avait Marguerite Berthier-Picard, sa femme, Marie, leur fille, âgée de 24 ans, Yvonne, sa belle-sœur et ses deux jeunes enfants. Ainsi que leurs trois domestiques. Antoine, lui, était resté à Paris. En cet été 1936, Léon Blum venait d’accorder aux ouvriers des congés payés et Antoine Berthier-Picard avait été obligé de fermer son usine. Plutôt que de partager avec sa famille les plaisirs d’un séjour balnéaire, il avait préféré goûter à la solitude en attendant que ses ouvriers retrouvent le chemin du travail. Yvonne proposa aux enfants d’aller manger une glace en ville. Marguerite préféra rester à la maison et surveiller la sieste du petit Théodore. Alors qu’elles rejoignaient le glacier, Solange sautillait, impatiente de choisir ses parfums favoris. – Aurons-nous le plaisir de recevoir une visite d’Édouard ? minauda Yvonne. À l’évocation de ce nom familier, Marie fit une moue qui en disait long sur son intérêt pour le personnage. – Maman va très certainement l’inviter. Lui et sa mère ! Et il me faudra encore supporter sa cour maladroite, se plaignit Marie. – Tu es difficile ! C’est un jeune homme bien élevé et surtout un beau parti ! Son père est le directeur du quotidien le plus lu de France ! – Oh oui, cela, je le sais ! Maman n’arrête pas de me le répéter ! Mais je ne partage pas les idées de ce monsieur ! avoua Marie, en faisant référence aux idées ancrées très à droite de l’homme de presse. – Une jeune femme ne devrait pas se mêler de politique, mais plutôt se chercher un mari, nota Yvonne. Ah, voici le glacier ! Les deux femmes s’assirent autour d’une table. La mer était grise, agitée par le vent marin. La station balnéaire de

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Nous Deux 4128 Elles osent partir tout es seules en voyage

Elles osent partir tout es seules en voyage

"J’ai rendez-vous avec moi-même, et j’adore cela"Laurence Rétaméro, 63 ans, artiste « Du côté de mon père, plusieurs membres de la famille avaient quitté leur pays pour refaire leur vie ailleurs. Ces récits ont sans doute nourri mon imaginaire. Mon enfance a également joué un rôle. Mes parents étaient peu disponibles, comme beaucoup à l’époque. Très tôt, j’ai appris à me débrouiller seule. À 16 ans, je suis partie à l’étranger avec une amie, sans véritable point de chute. À la fin de mes études d’arts appliqués, j’ai effectué mon premier grand voyage en solo : trois mois au Mexique. Ce départ a confirmé quelque chose que je savais déjà au fond de moi : j’aimais voyager seule. Cela démultiplie les sensations. Le mot “aventure” ne me parle pas beaucoup. J’ai toujours pensé qu’avec de bonnes chaussures, une carte bancaire et, aujourd’hui, un téléphone portable, le monde

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Nous Deux 4128 « On a trahi ma confiance »

« On a trahi ma confiance »

Depuis cinq ans je suis veuve, et j’ai 85 ans. Mes enfants habitent loin et ne peuvent pas me rendre visite souvent à cause de leurs obligations professionnelles. Lorsque je pars quelques jours en train pour les voir, des voisins gardent mon chat, qui est vieux et ne supporterait pas d’être déplacé, et arrosent mes plantes. Je ne manque pas de les gâter en retour, pour leurs anniversaires et à Noël notamment, même si je n’ai pas des revenus énormes. Les trois premières années se sont déroulées sans aucun problème, mais depuis quelques mois je constate qu’il manque des choses quand je rentre chez moi. Je sais très bien où je range mes bijoux de valeur, comme mon alliance et ma médaille de baptême. Je ne suis pas une vieille folle qui perd la tête. On m’a aussi volé un ordinateur dans lequel je

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