Nous Deux - Le numéro 4131 du 31 août 2026

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La Une de Nous Deux n°4131 du 31/08/2026

Au sommaire de ce numéro

Nous Deux 4131 Le cœur sur le gril

Le cœur sur le gril

J’ai couru à perdre haleine, fendant la foule des badauds qui flânaient sur les stands. L’un d’eux m’a traitée de folle et je l’étais. Folle de rage. Le bout de mon pied a accroché quelque chose et je suis tombée lourdement. Lorsque je me suis relevée, il avait disparu. Il avait dû tourner dans la ruelle. Est-ce qu’il m’avait entendue l’appeler, est-ce qu’il m’avait vue dans la foule des touristes ? S’il m’avait entendue, il se serait arrêté et j’aurais pu aller lui dire en face ce que je pense de lui. Je l’aurais obligé à me regarder dans les yeux et je lui aurais hurlé que je le haïssais de m’avoir abandonnée ainsi. Je n’avais plus envie de me balader sur ce marché du dimanche où j’adorais flâner dans mon village chéri de Rochefort-en-Terre, dans le Morbihan. J’étais venue pour cela, pourtant, mais il avait fallu que je l’aperçoive au loin pour que cette rage étouffée depuis cinq ans se réveille dans ma poitrine, comme un démon furieux. Carla, ma sœur cadette, me prend par le bras et m’oblige à me retourner vers elle. – Qu’est-ce qui t’arrive, Olympe, pourquoi tu courais comme ça ? – Il était là, je l’ai vu. Je te jure qu’il était là ! Je n’ai pas besoin de lui dire de qui je parle, elle le sait très bien. – C’était forcément quelqu’un d’autre, Paul est en prison. Ce n’est pas la première fois que tu crois l’avoir vu. Je pensais que tu allais mieux, mais… – Bon sang, Carla, je ne suis pas dingue. Il faut que j’aille chez sa mère, je dois en avoir le cœur net. – Je t’interdis d’y aller. Tu sais ce que je pense de ton acharnement et cette pauvre femme n’y est pour rien. Tu dois la laisser tranquille. – C’est à Paul que je veux parler, et qu’il me réponde en me regardant droit dans les yeux ! – Tu dérailles complètement, Olympe. Allez, viens, maman nous attend pour préparer le repas et j’ai trouvé tout ce qu’elle m’a demandé. Nous n’avons plus rien à faire ici. Carla a raison. Je la suis, même si je meurs d’envie d’aller le voir de près, de le revoir. Mon cœur

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Nous Deux 4131 Le secret de Geneviève

Le secret de Geneviève

Robin fait le tour des hauts murs. C’est long de faire le tour, le terrain est immense. Par endroits, des buissons inextricables de thuyas et des ronciers l’obligent à s’écarter. Ils sont comme une double protection contre l’extérieur. Derrière les murs, au milieu d’un grand jardin, se trouve la maison de Geneviève. On n’entre pas chez elle, c’est comme ça, à part le médecin qui n’est même pas d’ici et une à deux fois par an, un visiteur venu de loin. Geneviève se promène tôt le matin. Quand elle quitte le village pour ses excursions dans la forêt, on a l’impression qu’elle disparaît. Elle ne parle à personne, sauf à Robin. Enfin… elle ne lui parle pas vraiment. Mais elle lui sourit, c’est sa façon de dire des choses. Robin la voit souvent passer sous la fenêtre de sa chambre tard le soir quand il monte la garde. Il l’a aussi croisée sur la colline, près des terriers des blaireaux où il va observer les animaux. Un jour, elle lui a montré une fleur qu’il n’avait jamais vue. Puis elle a ouvert une page de son vieux guide des plantes au chapitre des orchidées sauvages en lui désignant l’une d’elles. Robin l’a remerciée. Geneviève est repartie sans un mot. Les autres disent que cette femme a le cœur et les yeux secs, l’âme solitaire aussi. Robin aimerait leur prouver qu’ils ont tort. Alors, il fait souvent le tour de la propriété en espérant la croiser. Tôt le matin, Geneviève franchit le pas de sa porte. Le jour se lève et quelques rideaux bougent aux fenêtres. Ses sorties solitaires servent de repères à certains, pour d’autres, ce n’est que de la curiosité. Quand Geneviève sort pour l’une de ses longues marches, cela veut dire qu’il faut se dépêcher de terminer son café, de partir travailler ou qu’il faut retourner finir la traite des bêtes. Le rideau de l’épicerie/bar/presse va ouvrir sous peu et le village va s’éveiller. Sa silhouette file à travers les rues entre les maisons de pierres blondes. Devant son cabinet, l’infirmière la salue. Mais aucun sourire

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Nous Deux 4131 Encore quelques jours

Encore quelques jours

Nemours, comme toutes les villes en août, est quasi désertique et plongée dans la torpeur estivale. La torpeur, ça me connaît. Et je dois confesser que c’est un état qui convient parfaitement à mon humeur du moment, à cette convalescence à laquelle je suis contrainte depuis la fin du printemps. Depuis l’accident. L’accident et la suite. Je me promène à longueur de journée et au gré de mes envies. Je flâne, je n’ai que ça à faire. Je parcours en tous sens cette ville avec l’impression grisante de la redécouvrir. J’ai toujours aimé sa beauté alanguie, son architecture à hauteur d’humain et imprégnée d’histoire, ses vieilles pierres, ses rues bordées d’eau et émaillées de ponts. Je marche énormément, sans jamais éprouver la fatigue. Ça me fait le plus grand bien, je le sens. Les gens que je croise, ici ou là, sont plutôt distants la plupart du temps. Ce qui ne me gêne pas, à dire vrai, car je ne suis pas très demandeuse de contact en ce moment. Ceux du quartier semblent embarrassés. Je les comprends : la compassion est un sentiment encombrant dans les relations. Ils savent très bien ce qui m’est arrivé. Même s’il est difficile de dire ce qu’ils savent exactement. Moi-même, je ne suis pas sûre de tout comprendre. C’est normal, m’ont dit les médecins. La période qui suit un coma (assez long en ce qui me concerne : plus de deux mois) est toujours délicate. À l’effet post-traumatique s’ajoute fort logiquement… un effet post-coma. C’est une sorte de renaissance qui nécessite une réadaptation : il faut réapprendre à vivre avec soi-même et avec les autres. Sur ce point, le docteur de Palma s’est montré rassurant. Il m’a expliqué que je n’aurai pas de séquelles graves mais que je devais accepter, dans les semaines à venir, « une vie entre parenthèses, quelques moments de flottement, de légers troubles cognitifs et mémoriels, d’éventuelles sautes d’humeur. Des petits bugs, en somme, qui s’atténueront au fil du temps ». C’est exactement ce qu’il a dit. Et c’est exactement la phase que je

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Nous Deux 4131 Prise au piège

Prise au piège

Marjorie tournait en rond dans son bureau, au premier étage d’un hôtel particulier. Le siège de la fondation qu’elle présidait avait élu domicile dans le quartier de l’Étoile, à proximité de la tour Eiffel. La fondation L’Art sous toutes ses formes devait pouvoir offrir une vitrine aux donateurs qui alimentaient généreusement ses fonds. Elle affichait comme raison sociale « La promotion des artistes des pays émergents ». Tout un programme. À la veille de la réunion du conseil d’administration qui pouvait la reconduire dans ses fonctions, Marjorie n’en menait pas large. Elle avait recensé les voix pour et contre elle. Sa présidence ne tenait qu’à un fil. Le moindre scandale, le plus petit soupçon de malversation de sa part pouvait mener à sa destitution. Sans compter le déshonneur qui aurait rejailli sur sa famille. Son père, capitaine d’industrie bien connu dans le monde de l’aéronautique, sa mère, célèbre pour ses œuvres de bienfaisance, étaient à l’origine de L’Art sous toutes ses formes. Excédée par l’attente de la réunion qui devait se tenir le lendemain, elle demanda à Benjamin, son secrétaire particulier, de venir la rejoindre dans la bibliothèque. C’était le point de rencontre qui leur tenait lieu de bureau. Elle avait constaté que la présence de centaines de reliures, accumulées par son père, avait le don de rassurer le jeune homme un peu effacé qui, maintenant, lui faisait face. – Avez-vous rédigé la note de synthèse que je vous ai demandée ? lui demanda-t-elle d’un ton hautain, comme elle avait l’habitude de le faire. Ce n’était pas tant la timidité de Benjamin qui l’indisposait que la façon qu’il avait de ne pas croiser son regard. Les yeux bleus du jeune homme, à l’abri derrière une monture argentée, se réfugiaient la plu-part du temps sur les motifs du tapis ou sur les dessins des rideaux. Elle sentait confusément que l’embarras du jeune homme n’était pas seulement lié à sa fonction de secrétaire. Il devait, comme beaucoup d’autres, être sensible à son charme.

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Nous Deux 4131 Une relation compliquée

Une relation compliquée

Rémy la remarqua au moment où les mariés, Tristan et Marie, descendaient les marches de l’église. Vêtue d’une longue robe bleue, elle prenait des photos en faisant de temps en temps virevolter sa chevelure blonde. Il ne parvenait plus à détacher son regard de ses courbes parfaites. Il n’entendit même pas ses cousins, Jérémy et Jonathan, l’appeler : – Eh, Rémy ! Tu montes avec nous pour rejoindre la salle des fêtes ? Les premiers klaxons retentirent, indiquant que la longue caravane allait bientôt se mettre en route derrière la limousine des mariés. Jérémy lui tapa sur l’épaule le faisant sursauter. – Alors ? Tu viens, je commence à avoir faim, moi ! Rémy les suivit à regret car il venait de perdre de vue la belle inconnue. – Eh, mec ! Qu’est-ce que tu regardais avec autant d’intérêt ? lui demanda Jérémy. – La princesse de mes rêves. Elle est magnifique ! – Oh non ! il est encore tombé amoureux… je te préviens, vieux, cette fois je ne te ramasserai pas à la petite cuillère lorsque tu te feras larguer. Rappelle-toi quand Chloé est partie… Jonathan ajouta : – C’est normal, il veut toujours leur mettre la bague au doigt ! – Je n’y peux rien, c’est mon côté fleur bleue, je ne cherche que la femme de ma vie… Vous ne pouvez pas comprendre, vous qui êtes plutôt adeptes des aventures sans lendemain… Au volant de sa voiture de sport, Jonathan se faufila parmi les nombreux véhicules en jouant avec son avertisseur sonore trois tons, monté pour l’occasion. Au bout de quelques kilomètres, ils se garèrent sur le parking de la salle de réception. Un immense barnum trônait devant le bâtiment, plusieurs personnes se massaient déjà à l’intérieur pour le vin d’honneur offert par les mariés. Ces derniers circulaient entre chaque invité afin de trinquer à leur bonheur. Ils s’étaient connus sur les bancs du collège et aucune tempête n’avait rompu

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Nous Deux 4131 « Comment parler à mes proches du suicide assisté ? »

« Comment parler à mes proches du suicide assisté ? »

Depuis l’adoption de la loi concernant l’aide à mourir, je réfléchis à ce que je souhaiterais si ma maladie s’aggravait. J’ai 76 ans et mon état se dégrade. Je suis atteinte de la maladie à corps de Lewy, celle qui a emporté Nathalie Baye. Son départ m’a d’ailleurs attristée et fait réaliser que je n’avais plus beaucoup de temps devant moi. Je ne redoute pas la mort en tant que telle, mais la perte totale d’autonomie et le fait de devenir un poids pour ceux que j’aime. L’idée de souffrir aussi, car beaucoup de personnes atteintes de cette maladie meurent des suites d’une fausse route ou à cause d’une infection respiratoire. Cela me terrifie. C’est pourquoi j’envisage le suicide assisté. Mais je n’ose pas en parler à mes proches. Ils chercheront sûrement à me faire changer d’avis, d’autant que la

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