Jris versa du café dans les tasses et s’assit face à son amie Roxanne, un peu trop silencieuse à son goût ce matin. Roxanne rentrait pourtant d’un bref séjour en Corse, cadeau de son ami Saverin pour son anniversaire. Là-bas, ils avaient randonné et campé au beau milieu de la nature. Saverin tenait à lui montrer le village abandonné d’Occi, au-dessus de Lumio, en Balagne. Né en Corse, tout près d’Occi, il jouait enfant dans les ruines avec ses copains et souvent il avait entendu parler de Félix, un grand-oncle duquel la famille honorait encore la mémoire. Félix Giudicelli, le dernier habitant du village fantôme, qui avait résisté quand tous les autres avaient fini par s’en aller. Avec lui, le village était définitivement mort en 1918, lorsque le résistant avait rendu l’âme. C’était un endroit époustouflant, plein de magie et de légendes, où Roxanne en avait pris plein les yeux en marchant parmi les maisons de pierres figées dans le temps, aux toits effondrés, aux fenêtres ouvrant sur le vide et le silence. – Tu en fais une tête ! Ce n’était pas bien ce séjour en Corse ? demanda Iris. – C’était magnifique, répondit Roxanne d’une voix lasse. – On ne le dirait pas. À te voir comme ça, j’ai l’impression que tu reviens d’un enterrement. Allez, raconte, donne-moi des détails, montre-moi des photos, je veux tout savoir ! – C’était tellement beau, j’aimerais bien y retourner. Ce village d’Occi… c’est comme si on avait voyagé dans une machine à remonter le temps… Roxanne parla de ces maisons de pierres rongées par les siècles, de l’incroyable vue panoramique sur la vallée, de cette sensation que le cœur du village bat encore, que les esprits de ses habitants tentent d’entrer en contact avec vous. – Au XVIe siècle, il y avait encore cent cinquante habitants, des cultivateurs, mais il y a eu des épidémies et des invasions qui ont fait que le village s’est progressivement vidé de ses habitants. Quelquefois, j’avais envie de pleurer, j’ignore pourquoi mais c’était étrange. Tu sais que je suis sensible à ce genre d’endroits, le silence et l’abandon me prennent aux tripes.
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