Nous Deux - Le numéro 4137 du 12 octobre 2026

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La Une de Nous Deux n°4137 du 12/10/2026

Au sommaire de ce numéro

Nous Deux 4137 Petit frère

Petit frère

l fait chaud. Je porte ma petite robe rouge à pois blancs. J’adore cette robe. Maman me l’a achetée dans la nouvelle boutique. J’ai tellement insisté, je lui ai fait une de ces comédies, tout le monde nous regardait. Elle a fini par céder. Elle m’a dit qu’elle ne passerait plus jamais devant cette vitrine avec moi. En tout cas, c’est cette robe que je porte aujourd’hui, comme presque tous les jours depuis que je l’ai. Maman aimerait bien la laver, moi je ne la trouve pas sale. J’appelle ça une robe tournante, parce que lorsque je danse devant le miroir, elle tourbillonne autour de moi. C’est trop joli ! J’ai 8 ans, j’entrerai en CE2 à la rentrée. Je n’ai pas hâte, je préfère les vacances, je déteste l’école. Je suis une rebelle, comme le dit la maîtresse et j’aime bien être une rebelle. Je peux aussi être une peste. Quand j’ai quelqu’un dans le nez, je sais le lui montrer. Maman se demande ce qu’elle va faire de moi si je continue sur cette voie. Papa ne se prononce pas, il n’aime pas les histoires. Tout ce qu’il sait répondre à maman quand elle se plaint de moi c’est : « Ça lui passera, ma chérie. Ce n’est qu’une enfant. » On est bien dans le jardin, mon petit frère, Charles, et moi. On s’est un peu éloignés de la maison pour aller cueillir des mûres contre le mur du fond, là où le soleil tape le plus fort. Charles n’arrête pas d’enlever son chapeau, et moi, je n’arrête pas de le lui revisser sur la tête. Je le lui enfonce jusqu’aux yeux et ça le fait rire. Il a 6 ans, à la rentrée, ce sera sa première année de grande école. Lui, il a hâte, l’idiot. Il ne s’imagine pas que la grande école c’est comme la prison. Il croit qu’il va encore s’amuser à coller des gommettes. Je lui ai pourtant tout expliqué. Il veut être grand. Qu’est-ce que je peux l’aimer, mon petit frère ! Il paraît que quand il est né, j’étais tellement jalouse que mes parents devaient me surveiller de près pour que je n’aille pas lui faire du mal. Je ne crois pas que j’aurais pu

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Nous Deux 4137 Soupçon fatal

Soupçon fatal

[email protected] En lettres d’or, le nom Jaguar illumine la façade de la boutique de l’avenue Montaigne, à deux pas des Champs-Élysées. Une foule de curieux se presse contre les barrières métalliques, tentant d’apercevoir les célébrités invitées à la cérémonie de lancement du nouveau parfum de la marque. Là, un mannequin allemand au bras d’un jeune acteur ; plus loin, un industriel français et son épouse sud-américaine vêtue d’une robe somptueuse ; derrière eux, une star hollywoodienne descend d’une Mercedes décapotable tandis qu’une vedette de la chanson pose pour une nuée de photographes. Distribuant des échantillons du parfum « masculin et sauvage » aux spectateurs et à la presse, des hôtesses sexy en minijupe noire et top jaune – les couleurs de Jaguar – rivalisent de charme, sourire collé aux lèvres. Au sommet des marches, une bouteille factice de dix litres d’un liquide jaune pâle symbolise la marque qui, tout le monde l’espère, va bientôt conquérir la planète : la silhouette d’un félin aux dents acérées et à la fourrure noire s’étire sur les affiches reprenant logo et slogan de la parfumerie à la réputation internationale, « Jaguar fait de l’homme un fauve ». Hugo de Monceau, le maître des lieux, accueille personnellement chacun de ses invités, serre des mains inconnues, embrasse les joues qui s’offrent. À ses côtés, Maelle contrôle sans en avoir l’air le bon déroulement de la fête. À la fois attachée de presse et bras droit d’Hugo, elle est l’organisatrice de ce lancement et ne peut rien laisser au hasard. Elle n’en a pas le droit : son propre avenir dépend de la réussite de cette soirée. Immobile sur l’autre trottoir de l’avenue, je surveille moi aussi l’arrivée des invités, mais contrairement au reste du public ce ne sont pas les voitures de luxe qui se succèdent devant l’entrée de la boutique qui attirent mon regard. Je n’ai d’yeux que pour Hugo et Maelle. J’observe leurs gestes, j’analyse leurs attitudes, je surveille les doigts tendres de la jeune femme sur le bras de son patron, les frôlements de la main d’Hugo contre le

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Nous Deux 4137 Une cachette idéale

Une cachette idéale

[email protected] C’est la meilleure solution, me rassuré-je en garant la voiture devant le chalet de mon oncle, isolé dans la montagne iséroise. Une fois le moteur coupé, j’observe la bâtisse en bois. Entourée de centaines d’arbres arbo-rant des couleurs automnales, perdue dans la forêt, elle me renvoie l’image d’une cachette idéale pour fuir le scandale qui me poursuit depuis quelques jours déjà. Rassemblant mon courage, je sors de l’habitacle et fais rouler ma valise jusqu’à la porte d’entrée. La clé est toujours cachée sous le quatrième pot en terre cuite posé au sol. Cela fait bien longtemps qu’aucun d’entre eux n’a accueilli de fleurs. L’endroit semble abandonné, avec les feuilles au sol, les volets qui mériteraient un coup de rafraîchissement et les vitres sales. Néanmoins, mon objectif en venant dans ce chalet familial autrefois occupé par mon grand-oncle est simple : me déconnecter des réseaux sociaux et me faire oublier. Un soupir m’échappe avant que je ne déverrouille et ouvre la porte d’entrée. Elle résiste un peu, ses gonds sont rouillés. L’odeur de renfermé et d’humidité m’agresse les narines, pourtant, malgré l’état désastreux de la pièce à vivre, c’est la tendresse qui prédomine sur mon côté maniaque. Ici, durant mon enfance, j’ai vécu des moments simples, chaleureux et amusants avec mes cousins. Qui aurait pu imaginer que je deviendrais la cuisinière en vogue de la télévision française ? À l’époque, j’étais une aventurière rebelle qui préférait cueillir les champignons plutôt que de m’exhiber sous la lumière de projecteurs. Au-dessus du manteau de cheminée, des photos familiales trônent, je m’en approche doucement et j’admire les clichés. Un en particulier attire mon regard. Mes deux cousins et moi devant la construction d’une cabane dans les bois qui nous avait pris tout l’été. Je repose délicatement le cadre et décide de me concentrer sur ce que je dois faire. Avant toute autre chose, je dois allumer un feu pour réchauffer le chalet. – Merci, oncle John ! dis-je à haute voix.

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Nous Deux 4137 Un Sicilien ténébreux

Un Sicilien ténébreux

Matteo jouait ; il avait perdu. De dépit, pâle comme la mort, il jeta ses cartes sur la table. Une pauvre paire de 4. Satanée addiction au poker ! Il avait cru pouvoir les bluffer. Sa dette s’élevait à 12 650 euros. Une coquette somme, au vu de ses faibles revenus de pizzaïolo. Ses créanciers ne plaisantaient pas du tout. Trois hommes plutôt courts sur pattes, l’un d’eux gominé, d’une grande « famille » de Catane. Pas une famille aristocratique, non. Une famille secrète, dont tout le monde a entendu parler, mais dont personne ne parle… – L’argent : le plus vite possible, murmura l’un, avec un sourire faussement aimable. – Tu connais les règles, souffla l’autre, impassible. Le dernier, connu pour sa violence, ne dit rien. Ils quittèrent le café. Matteo rentra chez sa mère en se maudissant. Quel imbécile ! La vieille femme regardait un jeu télévisé sur la RAI. Il n’osa rien lui dire. Dans la cuisine, il se versa un verre de limoncello et s’assit, abattu. Le bilan était lourd. Déjà 29 ans ; un emploi qui l’intéressait peu ; pas de diplôme, tout juste l’Esame di Stato (le bac italien) ; une petite amie, Lucia, qui le trompait avec le premier venu ; son échec aux Beaux-Arts de Palerme ; son désir d’être artiste alors qu’il ne produisait plus aucun tableau, aucune œuvre ; et maintenant cette dette — colossale ! — envers des hommes d’honneur, qui plus est. Je suis foutu, conclut-il, désespéré. Pour fuir son angoisse, il dégaina son téléphone et cliqua sur son appli de rencontres. Il parcourut les conversations entamées avec des inconnues. Une lycéenne à Syracuse : trop jeune. Une femme de son âge, déjà mariée, à Taormine : trop dangereux. Et puis Claire, cette Parisienne divorcée dans la cinquantaine, à qui il avait commencé à parler par ennui, un dimanche d’été. Elle passait des vacances en Sicile. Elle dirigeait une galerie d’art à Paris.

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Nous Deux 4137 La disparue du Venezuela

La disparue du Venezuela

[email protected] Clarisse était restée un long moment à se demander ce que voulait dire ce message arrivé à son nom. Elle hésitait encore à l’expédier dans les spams quand sa collègue Nicole glissa les yeux sur l’ordinateur. Elle venait de poser deux tasses de café sur un coin du bureau et avait approché une chaise. – C’est ton client colombien qui t’écrit ? – Non, ça vient du Venezuela et je n’ai aucun client là-bas. Dans l’atmosphère affairée des bureaux de la société d’investissement Charlet & Ponsard qui travaillait avec le monde entier, on était plus habitué à recevoir des messages professionnels que des messages personnels, et surtout de la part d’inconnus. Celui-là ressemblait plutôt à une arnaque et pourtant… Nicole se pencha sur l’écran. Les clients qu’elle suivait étaient asiatiques alors que Clarisse couvrait les transactions d’Amérique du Sud. Ce message provenant du Venezuela, écrit par Lidia Pereira, aurait pu être celui d’un nouveau client mais son contenu, en espagnol, avait de quoi laisser perplexe. Pardonnez mon indiscrétion mais j’aimerais entrer en contact avec vous au sujet d’une de mes amies d’origine française… Deux mots surpris à la fin du message avaient arrêté le doigt de Clarisse, prêt à cliquer sur « Spam » : Anne Forestier… Nicole leva un œil intrigué : – C’est qui, cette Anne Forestier, tu la connais ? – Ma mère… Les deux amies restèrent muettes un instant. Nicole était pétrifiée, Clarisse bouleversée. – Qu’est-ce que c’est, cette histoire ? bredouilla Nicole. Tu m’as toujours dit que ta mère était morte dans un accident d’avion, non ? – Oui, pendant une expédition humanitaire, répondit Clarisse d’une voix blanche. Son cœur s’était soudain mis à battre plus fort. C’était le premier drame de sa vie. Elle n’avait que 4 ans, sa grandmère était venue la chercher à l’école de la rue

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Nous Deux 4137 NOUS SOMMES LÀ POUR VOUS AIDER

NOUS SOMMES LÀ POUR VOUS AIDER

« Je dois faire le deuil de mes petits-enfants »J’ai 63 ans et je ne serai sans doute jamais grand-mère. Mon fils unique a rencontré une femme qu’il a épousée il y a deux ans et qui a déjà deux enfants. Il s’occupe très bien d’eux et n’a pas l’intention d’avoir un enfant à lui. Il trouve que dans le contexte actuel, sur le plan financier surtout, deux, c’est suffisant. Quant à elle, elle approche des 40 ans et ne veut pas « repartir dans les couches et les biberons », pour la citer. Ses enfants sont adorables, mais ils ont déjà deux grands-mères. Je ne serai jamais une « troisième mamie ». Pourtant, avoir une petite place auprès d’eux atténuerait peut-être ma tristesse. Depuis toujours, je m’imaginais à la retraite avec un bébé dans les bras ou accompagnant un petit au parc. C’était mon rêve pour mes

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