J’avais 11 ans et demi lorsque se sont déroulés les événements que je vais vous raconter. Élevé par un père trop accaparé par son travail pour s’occuper de moi, je vivais avec mon frère dans une ancienne ferme transformée en garage-atelier – une trop grande bâtisse pour nous trois. La cour servait de parking aux tracteurs et aux machines agricoles que mon père était chargé de réparer. Nous demeurions en pleine campagne, isolés d’un petit village de Corrèze au beau milieu du plateau de Millevaches, à une vingtaine de kilomètres de Peyrelevade. Chaque jour, un car passait nous chercher pour nous conduire à l’école la plus proche, mes copains et moi. Quatre kilomètres à parcourir, pas plus, mais quand il faisait moins 2 ou moins 3 degrés en hiver – ce qui était fréquemment le cas –, qu’il neigeait ou qu’il pleuvait à torrents, nous étions heureux de bénéficier de cette protection au-dessus de nos têtes. En revanche, dès qu’arrivait le printemps, j’étais trop content de partir à pied plutôt qu’à vélo, mon cartable sur le dos, pour profiter de la nature. Parce qu’elle est belle, la nature, chez nous, quand le soleil daigne montrer le bout de son nez. J’adorais ce trajet du quotidien quand je le parcourais en solitaire. Je le connaissais par cœur, je savais chaque arbre qui longeait la rivière jusqu’au gros tilleul, les platanes du bord de la route, les fourrés à l’entrée du petit bois, jusqu’au chêne centenaire derrière lequel se dissimulaient les amoureux qui voulaient être tranquilles ! Souvent je m’enfonçais à l’ombre des frondaisons, prenant « le chemin des écoliers » selon la formule tout à fait appropriée dans mon cas. Il m’arrivait d’atteindre l’école avec un peu de retard mais ce n’était jamais bien grave. Au pire : un regard sévère de la maîtresse. Elle était trop gentille pour se fâcher davantage, surtout que nous étions nombreux à ne pas être à l’heure. En fin d’après-midi, bien que libérés à 16 h 30, je n’étais pas de retour avant 18 heures, voire davantage. À cet âge, je n’avais guère de devoirs à faire pour le lendemain et je pouvais
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