Apparemment, rien de plus désuet que la discrétion. Alors pourquoi écrire sur ce sujet quand tout pousse à aller dans le sens inverse, à s'exposer, à communiquer, à s'exprimer, à faire part en ligne, à ses proches, ses amis, ses connaissances, de ses états d'âme, ses pensées les plus « profondes », « secrètes » ? Pour célébrer son exact opposé, répond le philosophe Pierre Zaoui, l'art jouissif du silence, de l'effacement, qu'il rapproche de « ce bonheur enfantin de ne pas être appelé au tableau, de rester au fond de la classe et somnoler tranquillement contre le radiateur en contemplant les autres ». Quelle définition donnez-vous de la discrétion ? P. Z. : Le terme vient du latin discretio, qui signifie « séparation, distinction, différence », sortir ou suspendre les formes de relation et de visibilité ordinaires. Je définis la discrétion d'abord et avant tout comme une expérience. Une expérience de légère disparition, non pas au sens de mort, mais au sens de cesser d'apparaître, de se montrer, de se donner à voir ou
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