Illustre compositeur allemand, a passé la plus l'ont en quelque sorte adopté, et se sont « grande partie de sa vie chez les Anglais, qui approprié la gloire de ses travaux. » Ainsi le savant François-Joseph Fétis ouvre-t-il en 1834 l'article « HAENDEL (Georges-Frédéric) » dans sa Biographie universelle des musiciens. Ouvrage très répandu qui brosse le portrait, admis jusqu'aux années 1970, d'un vieux maître allemand faiseur d'oratorios que l'Europe, Grande-Bretagne mise à part, se figurait germaniques. Exilé à Londres après le coup d'Etat de Louis-Napoléon, le député abolitionniste Victor Schoelcher rentre à Paris aussitôt l'empereur défait en 1870, les bras chargés de quatre mille documents relatifs au héros qu'il s'est choisi outre-Manche et qui lui doit sa première biographie savante, The Life of Handel (toujours inédite dans sa version française originale). Le chœur des « haendéliens » se partagera désormais entre quelques anglophiles héritiers de Schoelcher et les légions germanotropes éclairées par Fétis, Ernest David ou Romain Rolland. Illustre compositeur allemand installé en Angleterre, illustre compositeur anglais né en Allemagne, chacun sa foi. Le patient Friedrich Chrysander eut beau publier à partir de 1858 ses œuvres (quasi) complètes en cent volumes, cantates, oratorios et opéras italiens restaient sans voix. Curiosités de bibliothèque. Au concert, une sonata douteuse, une aria antica réharmonisée, quoi d'autre ? Rien au théâtre évidemment. Si Ottone ou Berenice, composés à Londres, ont droit de cité, les ouvrages italiens écrits en Italie se voient la plupart du temps ignorés. Le futur architecte du Messie et des Royal Fireworks ne serait passé par Rome et Venise que pour se faire la main. « Années d'apprentissage », « laboratoire ». En 1889, réponse au Händel français d'Ernest David, l'historien toscan Alessandro Ademollo esquisse un premier pas : vingt-cinq pages de la Gazzetta musicale di Milano qu'il voue à « G. F. Haendel in Italia ». En 1909, Richard Alexander Streatfeild fait paraître sa propre biographie du compositeur et un bref quoique sérieux « Handel in Italy » dans la revue oxonienne The Musical Antiquary. La rumeur se répand : au sud, le jeune prodige a ébloui les plus illustres familles, maint ouvrage majeur serait né entre Venise et Naples. Après Streatfeild, tous les biographes proposent leur chronologie (hasardeuse, jusqu'aujourd'hui même), cherchent le trésor caché, empruntent ces voies nouvelles. Sans trop de succès auprès des musiciens : quand le Dr Oskar Hagen ressuscite Rodelinda à Göttingen (puis Ottone, puis Giulio Cesare, ou plutôt Julius Caesar, en 1922 l'opéra seria ne se concevant que traduit, écourté, transposé, le moins éloigné possible de Lohengrin), nul ne songe à exhumer La resurrezione ou le Delirio amoroso. Alerte sous le ciel noir de 1943 lorsque le chef aryen Richard Kraus laisse entrer une Agrippina allemande, réduite, réécrite, au festival de Halle. Et premier exploit en 1957 quand l'organiste Rudolf Ewerhart publie deux motets inédits composés par Handel pour un protecteur mal connu, le marquis Ruspoli. Ces œuvres proviennent d'un fonds autrefois acheté à la famille Ruspoli par le collectionneur Fortunato Santini et acquis par la bibliothèque de Münster au milieu du XIXe siècle. Fonds très précieux puisque n'y figurent pas les autographes du compositeur (à Londres depuis toujours) mais les copies relues et
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