Tout le monde croit le connaître, mais sait-on vraiment qui il est ? Un immense maestro, ayant écrit la plus intemporelle des comédies musicales. Un illustre représentant de l'Amérique triomphante, pourtant imprégné par la culture européenne héritée de ses origines ukrainiennes. Un mari et père de famille aimant, comme un homosexuel libertin. Juif, prenant parti pour les Black Panthers, soutiens de la cause palestinienne. Un instinctif, qui donna cependant à Harvard un cycle de conférences témoignant d'une profonde réflexion sur la théorie musicale. Un wonder boy chéri à Broadway et Hollywood, ainsi qu'un compositeur de musique sérieuse, signant dans quasi tous les genres une grosse centaine d'opus. Pédagogue hors pair, dilettante, séducteur, travailleur acharné : Leonard Bernstein pour les uns, Lenny pour les autres, fut tout cela à la fois et bien plus encore. Chercher à croquer un portrait exhaustif de cet artiste parmi les plus protéiformes excéderait l'espace des quelques pages qui suivent. C'est pourquoi nous nous attarderons sagement sur le compositeur, à travers douze chefs-d'œuvre constituant autant de jalons dans un legs savant et joyeux, grave et inventif, en un mot multiple, comme fut ce créateur encore trop éclipsé par le souvenir qu'il laissa en tant que chef.On the Town(1944) New York, New YorkA la fin de la Seconde Guerre mondiale, Bernstein, n'est déjà plus un inconnu, alors qu'il n'a pas encore passé trente ans (il est né en 1918). Pianiste surdoué, il commence à composer et diriger pendant ses études à Harvard puis au Curtis Institute de Philadelphie, au mitan de la décennie 1930. Nommé assistant d'Artur Rodzinski au New York Philharmonic en 1943, il fait dans la foulée ses débuts à la tête des plus grands orchestres américains - en janvier 1944, c'est avec celui de Pittsburgh qu'il présente sa Symphonie no 1 « Jeremiah ». A la même époque, Bernstein rencontre une personnalité qui aura une influence majeure à plusieurs moments de son existence : le chorégraphe Jerome Robbins. A sa demande, il écrit la musique du ballet Fancy Free, petit bijou de frénésie jazzy créé en avril 1944 sur la scène du Metropolitan Opera. Le chaleureux accueil réservé à cet ouvrage relativement court (une trentaine de minutes) incite les deux artistes à aller plus loin. Avec la complicité de Betty Comden et Adolph Green pour l'écriture des lyrics (les paroles chantées), ils développent le synopsis de l'œuvre dansée pour trousser en quelques mois une comédie musicale narrant l'histoire de trois marins en goguette à New York. En décembre 1944, On the Town fait un tabac à Broadway avant d'être portée à l'écran par Gene Kelly et Stanley Donen cinq ans plus tard. La partition brille par une invention mélodique et rythmique irrésistible, regorgeant de songs qui deviendront des tubes pour longtemps (« New York, New York », « Lonely town », « I can cook »…). Bernstein élève le musical à un niveau de sophistication auquel seul Gershwin avant lui était parvenu. Quelques années plus tard, la même équipe se reforme pour concocter un autre chef-d'œuvre du genre, se déroulant également à New York, où deux sœurs originaires de l'Ohio viennent chercher la gloire. Ce sera Wonderful Town , qui remporte en 1953 un succès éclatant avec cinq cent cinquante-neuf représentations pour la seule production originale. Un vent nouveau souffle sur Broadway, annonciateur d'un triomphe plus grand encore. A écouter -Frederica von Stade,
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