Diapason - Le numéro 756 du 28 mai 2026

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La Une de Diapason n°756 du 28/05/2026

Au sommaire de ce numéro

Diapason 756 11 maillons de rêve de 14 000 € à 219 000 €

11 maillons de rêve de 14 000 € à 219 000 €

Pour tout mélomane épris de vérité sonore, le concert est une expérience fondatrice. C'est là que l'on prend conscience de l'énergie des instruments, notamment en régime transitoire, ou encore de l'absence de directivité marquée de la majorité d'entre eux une fois plongés dans l'orchestre. Mais aussi, et c'est un point essentiel, du fait que ces instruments cohabitent pour la plupart sans se couvrir. On entend le hautbois au centre de l'orchestre, tout aussi bien que sur le côté la harpe ou le piccolo au milieu des flûtes ; c'est une autre histoire une fois tout cela enregistré, mis à plat et réduit en stéréo. De là naît la certitude que rien ne vaut le vécu du direct. On parle ici de musique acoustique, puisque la sonorisée fonctionne la plupart du temps selon une réduction en deux canaux. Le défi pour les marques de haute-fidélité, c'est d'en proposer une représentation aussi crédible que possible, puisqu'il faut bien oublier l'idée d'une reproduction à l'identique. Sauf à construire un dôme multicanal avec une quantité importante de haut-parleurs plaçant l'auditeur en immersion - ce type d'expérience est notamment exploré à l'Ircam avec le dôme ambisonique -, la diffusion en stéréo révèle vite ses limites en matière de spatialisation. La parade ? Proposer des enceintes capables de recréer relief et profondeur en puisant les éléments idoines au sein de la prise de son, cette étape décisive pour un dimensionnement crédible de la scène sonore en stéréo. Nées de la compétition Conçues en pleine Motor Valley près de Modène (Italie), les enceintes de Marco Serri ont été pensées avec l'objectif « d'offrir à l'auditeur une expérience aussi intense que celle du concert ». Rien de nouveau nous direz-vous, sauf que dans le cas des Modena 0.5, l'illusion est réelle. Modène est bien connue des amateurs de voitures très sportives. Patrie de Ferrari, Lamborghini, Maserati et Pagani, elle est aussi terre de gastronomie avec le vinaigre balsamique, le parmigiano reggiano ou le lambrusco. Qui dit automobile de prestige dit ingénierie de haut niveau. Pas étonnant dès lors que les Modena 0.5 semblent tout droit sorties d'une soufflerie pour tester l'aérodynamique de bolides de compétition. Leur profil évoque une hélice, disons un objet fluide, pensé pour « éliminer tout obstacle physique au son, et favoriser une réponse polaire uniforme sur les axes horizontal et vertical ». Sculptée d'une seule pièce, cette colonne haute de 132 cm, large de 41,5 cm et profonde de 50 cm, au coloris Cosmic Blue , noir ou blanc, n'est en rien banale. Son profil aérodynamique n'est pas qu'esthétique : il est conçu pour minimiser la diffraction, améliorer la cohérence de phase et optimiser la dispersion sonore. Pour Marco Serri, elle est le fruit d'une vision claire : « offrir un son totalement exempt de colorations, de réfractions et de limitations physiques ». Le boîtier est en résine multicouches chargées de différents matériaux pour réduire les vibrations. Les formes galbées éliminent les ondes stationnaires et diminuent les réflexions à l'extérieur de l'enceinte. Au point qu'il n'est pas fait usage de matériau amortissant. Il s'agit d'un système trois voies, alignées en phase comme en intensité. Afin d'ouvrir le champ sonore au maximum, médium et aigu fonctionnent en dipôle. Pas le grave, placé dans un volume accordé pour améliorer son efficacité en abaissant la distorsion. Il est confié à un woofer SB Acoustics de 34 cm en charge ouverte avec évent pavillonnaire à profil exponentiel ouvert au pied de la colonne. De 190 Hz à 2000 Hz, les 3,5 octaves du registre grave-médium sont confiées à un 19 cm à membrane légère en papyrus égyptien et suspension petits plis. Trois évents ménagés à l'arrière sont à configurer à l'aide de bouchons en fonction du local. Le tweeter magné-toplanaire de grande taille est un parfait dipôle. Il est placé dans un volume largement ouvert. L'écoute L' écoute a lieu chez le distributeur TecsArt à partir d'une table de lecture Nottingham Analogue Anna Log avec bras 12” équipé d'une cellule MC Van den Hul Crimson Elite branchée à un étage phono E.A.T. E-Glo S relié à des électroniques Delta Sigma Aussa Mac, préampli double mono et blocs de 300 W sous 8 Ω dont les dix premiers en

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Diapason 756 Le voleur de feu

Le voleur de feu

Tout le monde croit le connaître, mais sait-on vraiment qui il est ? Un immense maestro, ayant écrit la plus intemporelle des comédies musicales. Un illustre représentant de l'Amérique triomphante, pourtant imprégné par la culture européenne héritée de ses origines ukrainiennes. Un mari et père de famille aimant, comme un homosexuel libertin. Juif, prenant parti pour les Black Panthers, soutiens de la cause palestinienne. Un instinctif, qui donna cependant à Harvard un cycle de conférences témoignant d'une profonde réflexion sur la théorie musicale. Un wonder boy chéri à Broadway et Hollywood, ainsi qu'un compositeur de musique sérieuse, signant dans quasi tous les genres une grosse centaine d'opus. Pédagogue hors pair, dilettante, séducteur, travailleur acharné : Leonard Bernstein pour les uns, Lenny pour les autres, fut tout cela à la fois et bien plus encore. Chercher à croquer un portrait exhaustif de cet artiste parmi les plus protéiformes excéderait l'espace des quelques pages qui suivent. C'est pourquoi nous nous attarderons sagement sur le compositeur, à travers douze chefs-d'œuvre constituant autant de jalons dans un legs savant et joyeux, grave et inventif, en un mot multiple, comme fut ce créateur encore trop éclipsé par le souvenir qu'il laissa en tant que chef.On the Town(1944) New York, New YorkA la fin de la Seconde Guerre mondiale, Bernstein, n'est déjà plus un inconnu, alors qu'il n'a pas encore passé trente ans (il est né en 1918). Pianiste surdoué, il commence à composer et diriger pendant ses études à Harvard puis au Curtis Institute de Philadelphie, au mitan de la décennie 1930. Nommé assistant d'Artur Rodzinski au New York Philharmonic en 1943, il fait dans la foulée ses débuts à la tête des plus grands orchestres américains - en janvier 1944, c'est avec celui de Pittsburgh qu'il présente sa Symphonie no 1 « Jeremiah ». A la même époque, Bernstein rencontre une personnalité qui aura une influence majeure à plusieurs moments de son existence : le chorégraphe Jerome Robbins. A sa demande, il écrit la musique du ballet Fancy Free, petit bijou de frénésie jazzy créé en avril 1944 sur la scène du Metropolitan Opera. Le chaleureux accueil réservé à cet ouvrage relativement court (une trentaine de minutes) incite les deux artistes à aller plus loin. Avec la complicité de Betty Comden et Adolph Green pour l'écriture des lyrics (les paroles chantées), ils développent le synopsis de l'œuvre dansée pour trousser en quelques mois une comédie musicale narrant l'histoire de trois marins en goguette à New York. En décembre 1944, On the Town fait un tabac à Broadway avant d'être portée à l'écran par Gene Kelly et Stanley Donen cinq ans plus tard. La partition brille par une invention mélodique et rythmique irrésistible, regorgeant de songs qui deviendront des tubes pour longtemps (« New York, New York », « Lonely town », « I can cook »…). Bernstein élève le musical à un niveau de sophistication auquel seul Gershwin avant lui était parvenu. Quelques années plus tard, la même équipe se reforme pour concocter un autre chef-d'œuvre du genre, se déroulant également à New York, où deux sœurs originaires de l'Ohio viennent chercher la gloire. Ce sera Wonderful Town , qui remporte en 1953 un succès éclatant avec cinq cent cinquante-neuf représentations pour la seule production originale. Un vent nouveau souffle sur Broadway, annonciateur d'un triomphe plus grand encore. A écouter -Frederica von Stade,

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Diapason 756 Cavalier seul

Cavalier seul

Décembre 1844, le 14. Devant une foule immense, un cercueil de plomb traversa l'Elbe aux flambeaux pour rejoindre le cimetière catholique de Dresde, tandis que des instruments à vent jouaient des motifs désolés d'Euryanthe. L'inhumation eut lieu le lendemain, où un chœur d'hommes chantait : « La terre mère d'Allemagne ne pleure plus l'absence de son fils bien-aimé. » Car c'est à Londres que Weber - épuisé par la tuberculose et son agenda frénétique de chef autour de la création d'Oberon -avait trépassé dans la nuit du 4 au 5 juin 1826, à la veille du retour tant désiré au pays. Son corps embaumé était demeuré dans une chapelle londonienne avant qu'un successeur de Weber à l'Opéra de Dresde ne remuât ciel et terre pour rapatrier son cercueil. C'est lui qui avait composé les musiques de la cérémonie et qui prononça l'oraison funèbre, dans un état second. Son nom : Richard Wagner. Le même avait chroniqué en 1841 les représentations du Freischütz à Paris : « O tout aimable rêverie allemande ! Rêverie exaltante de forêt, de soir, de lune… » Debussy, lui, goûtera d' Oberon la « mélancolie si personnelle, jamais alourdie par l'indigeste clair de lune allemand », conjuré par « ces mille bruits anonymes que font les feuilles caressées par les rayons de la lune ». Le « père » de « l'école romantique allemande » - comme disent les histoires de la musique - est ce poète indépendant, mobile, aventureux comme le rêve, ou le roman. Sa germanité ouvre sur l'universel, son romantisme est celui des journées imprévisibles, ses envols élégants tiennent encore au temps où il vint au monde, entre Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Les années d'apprentissage Né en décembre 1786 à Eutin près de Lübeck, Weber descend de petits propriétaires terriens du Bade-Wurtemberg et du Palatinat rhénan. Son arrière-grand-père était minotier mais féru de musique, et ses fils après lui. Le père, Franz Anton, dont Carl Maria hérita au moins un long nez, était musicien professionnel,

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Diapason 756 L'arbre de vie

L'arbre de vie

A vingt-cinq ans, révélée par le Prix du Concours Herbert von Karajan du Festival de Salzbourg, elle devenait la coqueluche des orchestres internationaux, pressés de trouver enfin une star féminine à un poste où le monopole masculin n'était plus tolérable. A trente ans, sa nomination comme directrice musicale du Symphonique de Birmingham l'inscrivait dans la succession de Simon Rattle et Andris Nelsons. A quarante ans bientôt, elle rejoint le Philharmonique de Radio France comme Première cheffe invitée, en binôme avec le directeur musical Jaap Van Zweden - occasion de mesurer le retard français : c'est la première fois qu'une phalange parisienne procède à un recrutement féminin, et seulement la deuxième dans l'hexagone, après Debora Waldman comme directrice musicale de l'Orchestre national d'Avignon-Provence. Durant cette décennie, pourtant, Mirga Grazinyte-Tyla s'est faite discrète, fuyant les interviews, calmant le rythme d'un début de carrière frénétique, comme si elle avait senti le piège d'une image publique où sa personnalité musicale risquerait de passer au second plan. En 2022, elle surprenait en préférant, à un renouvellement de mandat à Birmingham, une prolongation suivie d'une évolution vers le statut de cheffe associée, lui offrant davantage de liberté. Raisons familiales, mais aussi besoin d'un autre équilibre entre l'art et la vie, pour cette maestra à la fois rayonnante et in-tranquille, inspirée par l'instant mais en perpétuelle quête de sens… Décrire le début d'une relation au long cours avec un orchestre comme celui d'une histoire d'amour tient du cliché… Comment percevez-vous, néanmoins, l'alchimie entre le Philharmonique et vous ? Mirga Grazinyte-Tyla :

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Diapason 756 20 rendez-vous à ne pas manquer

20 rendez-vous à ne pas manquer

1. Ercole amante de Bembo Du 28 mai au 23 juin, Paris, Opéra Bastille. Jamais représenté en son temps, récemment révélé au disque (cf. no 748), cet Ercole amante d e 1707 est doublement singulier : parce qu'il a été écrit par une femme, Antonia Bembo, à une époque où elles étaient très peu nombreuses à se frotter au genre lyrique (en France, Elisabeth Jacquet de La Guerre avait ouvert la voie en 1694), parce qu'il s'appuie sur un livret en italien alors même qu'il semble destiné à Paris (il est dédié à Louis XIV)… où on le découvrira donc un peu plus de trois siècles après sa composition. Netia Jones promet de « révéler la modernité » de l'œuvre, « celle d'un homme puissant mais vieillissant, qui n'arrive pas à entendre le refus d'une femme ». Leonardo Garcia Alarcon guidera une distribution relevée où devraient briller Julie Fuchs, Sandrine Piau, Ana Vieira Leite, Marcel Beekman…2. Festival de Saint-Denis Du 28 mai au 14 juin. Nouvelle édition du grand rendez-vous de fin de saison dans la « ville des rois morts et du peuple vivant » (dixit le poète Jean Marcenac). A la basilique de Saint-Denis, Lionel Meunier et ses Vox Luminis règlent une ouverture spirituelle et baroque composée du Magnificat de Bach et de l'Ode à sainte Cécile de Handel, avec le ténor Michael Spyres, inattendu dans ce répertoire. Plus tard, Wagner

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Diapason 756 Concerto pour piano n° 1

Concerto pour piano n° 1

Rarement une pièce aussi célèbre aura connu un début aussi pénible. En cette veille de Noël 1874, Tchaïkovski n'a pas sitôt achevé son Concerto en si bémol mineur qu'il va, tout naturellement, le montrer à son mentor et ami le pianiste Nikolaï Rubinstein, habituel soutien et créateur de ses œuvres. Le compositeur ne s'attendait pas à la réaction : « Pas un mot, pas une seule remarque […] “Alors ?”, lui demandai-je en me levant du piano. Et c'est un torrent qui sortit des lèvres de Rubinstein, d'abord timide puis gagnant en volume pour atteindre la furie d'un Jupiter tonans. Mon concerto était nul, absolument injouable ; les passages si disjoints, déconnectés et mal écrits qu'il n'y avait aucun espoir d'amélioration ; l'œuvre dans son ensemble était mauvaise, triviale, vulgaire ; çà et là, du plagiat ; une ou deux pages seulement valaient quelque chose, le reste pouvait être détruit. » Des remords ? Blessé et furieux, Tchaïkovski déclara qu'il n'en changerait pas une note et dédia son Opus 23 à Hans von Bülow qui le créa avec enthousiasme à Boston en octobre 1875. L'accueil du public est triomphal. « Le concerto s'ouvre de manière splendide et le premier Allegro est plein de passages saisissants et d'effets d'instrumentations brillants, quoique parfois bizarres », lit-on dans Dwight's Journal of Music. « L'une des particularités remarquables est le fréquent retour de grandes envolées

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