ArsaceDeux pour le prix d’un ! Rossini a donné vie à deux personnages dotés du même prénom, témoins d’une inspiration in progress. Le premier Arsace apparaît dans Aureliano in Palmira, opéra créé à Milan fin 1813. Un triangle politico-amoureux y confronte deux figures historiques, l’empereur romain Aurélien et la reine de Palmyre Zénobie, qu’il convoite après avoir envahi son royaume, et un protagoniste fictif, le prince perse Arsace, amant et allié de Zénobie. Le jeune Rossini est encore sous l’influence de l’opera seria baroque et classique, où la voix de castrat prend souvent en charge le rôle du héros. Arsace est donc écrit pour Giovanni Battista Velluti, l’un des derniers représentants de la tessiture sur les scènes lyriques. L’usage requiert aussi un lieto fine, ce happy end édifiant qui éclaire le dénouement de ses Lumières : ici, Aurélien libère ses prisonniers et leur confie rien moins que de régner ensemble sur Palmyre… Une décennie plus tard, un nouvel Arsace foule les planches du Teatro La Fenice de Venise, dans Sémiramis ( Semiramide). Ayant fait assassiner son époux, la légendaire reine de Babylone a décidé d’épouser ce jeune officier assyrien. Or il n’est autre que son fils Ninias, supposé mort dans son enfance. Un soir, voulant frapper le traître Assur, Arsace poignarde par erreur sa propre mère. Il régnera donc seul. Demi-lieto fine, comme on voit, et un héros interprété par un contralto musico, c’est-à-dire une chanteuse en travesti. Désormais trentenaire, Rossini sait que l’esthétique des castrats est révolue. Ersatz malicieux, l’utilisation du musico en conserve la voix de tête et en décline le gender trouble – en témoignent les voluptueux duos d’amour pour voix fémi-nines unissant Arsace et Sémiramis.Bel cantoRossini, Bellini et Donizetti, triade du « bel canto romantique » ? L’appellation est quelque peu chimérique, qui associe une esthétique baroque au romantisme. De fait, Rossini assume l’héritage du siècle passé, où l’enjeu vocal prime sous la forme d’une rhétorique codifiée. De Handel à Mozart, le bel canto rivalise ainsi avec la virtuosité instrumen-tale en exigeant des interprètes une longueur de souffle et une maîtrise des ornements exceptionnelles ; le canto fiorito (fleuri, vocalisant) délivre ses traits, roulades et arpèges, et le canto spianato (étale) son art de la lenteur extatique et des sons filés. Cette rhétorique touche aussi la forme, en catégorisant les affects exprimés et en articulant fortement les airs au sein de la partition. Certes, avec Rossini, l’heure n’est plus à l’aria da capo, et la dramaturgie se veut plus fluide et naturelle – d’où l’idée de romantisme. Mais sa vocalité reste ancrée dans cette esthétique belcantiste où le formalisme, loin d’empêcher l’émotion, la sublime. CrescendoPeu de compositeurs ont donné leur nom à un procédé d’écriture. Alberti et sa basse… Rossini n’a pas inventé le « crescendo Rossini », mais il
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