hors-séries - Le numéro 20 du 12 novembre 2025

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La Une de hors-séries n°20 du 12/11/2025

Au sommaire de ce numéro

hors-séries 20 ET SI ALEXANDRE AVAIT VÉCU JUSQU'À 60 ANS ?

ET SI ALEXANDRE AVAIT VÉCU JUSQU'À 60 ANS ?

Une semaine après le retour de son expédition en Inde, Alexandre commence à souffrir de diarrhées, de vomissements et de maux de ventre. Son état empire, les fièvres succédant aux fièvres jusqu'à la nuit du 29 du mois de daisios du calendrier macédonien (soit le 11 juin 323 av. J.-C.), où il tombe dans un coma profond. Les médecins se relaient autour de son lit et chacun fait le même constat : le malade ne réagit plus, mais son pouls et sa respiration restent réguliers. Les pleureuses sont convoquées, au cas où… Et dans les casernes, ses généraux rassemblent leurs troupes en préparation de la guerre de succession qui va, on en est certain, suivre sa mort. Car Alexandre n'a pas d'héritier, sinon l'enfant que porte encore sa femme, Roxane, la fille d'un puissant chef bactrien qu'il a épousée quatre ans plus tôt. Mais contre toute attente, le surlendemain, Alexandre ouvre les yeux et demande à boire. Bientôt, il se lève, il marche. C'est ici que commence le scénario alternatif : le Conquérant du monde ne meurt pas à la fleur de l'âge. Un microbe moins virulent, un système immunitaire plus efficace, tel est le point de bifurcation. Le Macédonien intrépide paraît rétréci, mais aussi assagi, comme s'il avait soudain pris conscience de sa fragilité. Un nouvel homme revient de la mort Ses proches le trouvent amaigri, fatigué, mais surtout… muri. À 32 ans, Alexandre va inaugurer, après la vague de ses conquêtes que les historiens ont appelées le « règne du bronze », une période de consolidation et de construction de l'empire qu'on connaîtra plus tard sous le nom de « règne du marbre ». À peine remis sur pied, Alexandre veut reprendre les rênes de son empire. Il chasse les flatteurs, les docteurs et même la famille, et il convoque ses principaux ministres. Mais quand il apparaît, émacié, flottant dans une sorte de tunique de laine brute, ses conseillers se regardent les uns les autres, confus. Où est passé le vaillant guerrier, celui qui, couvert de ses insignes royaux, la tête protégée par ce casque reconnaissable entre tous, prenait pied le premier sur les murs de Tyr ? Celui qui, à Issos, chevauchait à la tête de sa cavalerie, sa cape bordée de pourpre volant au vent ? Il était alors, comme le dira l'historien allemand Ernst Curtius, « la principale cible des tirs ennemis » … Qui pourrait bien retrouver le conquérant de l'Inde, le dompteur de l'Égypte et le vainqueur de l'Empire perse dans ce frêle personnage qu'un reste de fièvre oblige à se tenir des deux mains à la table du conseil ? Le Macédonien intrépide paraît rétréci, mais aussi assagi, comme s'il avait soudain pris conscience de sa fragilité. À ses

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hors-séries 20 ET SI LE PUTSCH D'ALGER AVAIT RÉUSSI ?

ET SI LE PUTSCH D'ALGER AVAIT RÉUSSI ?

On connaît l'histoire du putsch, et elle n'est pas à la gloire de ses instigateurs. Débarqués à l'improviste à Alger le 21 avril 1961, les généraux Maurice Challe et André Zeller, rejoints peu après par Edmond Jouhaud et Raoul Salan - vingt étoiles à eux quatre -, déclenchent le samedi 22 avril, à une heure du matin, une révolte militaire en Algérie. En quelques heures, Alger est saisie, une poignée de régiments d'élite se rallient à l'affaire, les chefs de la plupart des autres hésitent, se dérobent ou se font porter pâle. Le soir même, de Gaulle ordonne, dans son discours le plus fameux, que l'insurrection du « quarteron de généraux en retraite » soit brisée par tous les moyens, y compris les armes. Le mardi 25 avril, tout est déjà fini : Challe informe ses trois complices qu'il jette l'éponge et, le lendemain à 9 h 30, il se rend aux autorités. Zeller l'imite quelques jours plus tard. Jouhaud et Salan passent dans la clandestinité. En 96 heures, le putsch s'est effondré. Jamais affaire fut moins sanglante : un mort en tout et pour tout, le maréchal des logis chef Pierre Brillant, abattu en défendant un poste émetteur, « par maladresse ou imprudence », admet ultérieurement le tribunal. « L'armée a pris le contrôle de l'Algérie et du Sahara » Vu par nous qui connaissons sa fin, l'événement semble à la limite de la guignolade. Mais à l'époque, il en a été autrement. Les journaux du monde entier ont fait leur une sur le coup d'Alger, qui a éclipsé des événements majeurs tels que le procès d'Eichmann, le vol de Gagarine ou le désastre de la baie des Cochons. Quand le speaker de Radio Alger annonce, le 22 avril à 7 heures du matin : « Ici Radio France. L'armée a pris le contrôle de l'Algérie et du Sahara… L'Algérie française n'est pas morte… », c'est la panique dans la capitale, totalement surprise par l'événement. De Gaulle donne libre cours à son tempérament pessimiste devant Bernard Tricot : « Personne ne se fera tuer pour la République. Ils prendront le pouvoir. » Pour lui, l'attitude des 13 000 gendarmes et CRS présents en Algérie est de mauvais augure. Ils ont laissé faire les mutins. « Ce sont des chiens qui n'ont pas de dents », dira-t-il d'eux. Quelques heures après le discours du chef de l'État, à 23 h 45, le Premier ministre Michel Debré apparaît à la télévision. Pâle, agité, il annonce que les paras d'Algérie vont sauter sur la région parisienne. Il invite les habitants

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hors-séries 20 ET SI LE TSAR ALEXANDRE AVAIT ENVAHI LA POLOGNE EN 1811 ?

ET SI LE TSAR ALEXANDRE AVAIT ENVAHI LA POLOGNE EN 1811 ?

Le 7 juillet 1807, à Tilsit, Napoléon et Alexandre Ier pensent avoir scellé un accord garantissant la paix entre leurs empires. En échange de son adhésion au blocus continental qui doit mettre l'Angleterre à genoux (le tsar ira même jusqu'à lui déclarer la guerre le 7 novembre), la Russie peut annexer la Finlande - mission accomplie en 1809 - et s'emparer des Balkans, où elle combat les Turcs depuis 1806 sans parvenir à s'imposer. Dès 1809, cependant, les relations entre les deux alliés se dégradent. Bien qu'Alexandre ait promis le 12 octobre 1808, à l'entrevue d'Erfurt, qu'il se joindrait à la France en cas d'attaque de l'Autriche (qui se produit de fait le 6 avril 1809), son armée laisse les Autrichiens envahir la Pologne, puis manœuvre de façon à les protéger des troupes polonaises lorsque celles-ci contre-attaquent avec succès. Dans une lettre du 2 juin 1809 à son ambassadeur Caulaincourt, Napoléon dit du tsar qu' « il ne peut pas lui témoigner une confiance qu'il n'éprouve plus » et « n'apprécie plus l'alliance de la Russie » . Item sans titre Pologne, la dissension de toute façon Aussitôt, les nuages s'amoncellent. L'agrandissement de la Pologne aux dépens de l'Autriche qui suit la victoire de Napoléon à Wagram met en fureur la cour de Saint-Pétersbourg. Elle y voit la menace d'un prochain rétablissement de ce royaume, qui risque d'enflammer les provinces polonaises conquises dans les années 1772-1795. Alexandre exige donc de Napoléon un engagement à ne pas rétablir ni agrandir la Pologne - ce que l'empereur refuse. L'annonce de son mariage avec Marie-Louise d'Autriche, le 26 janvier 1810, fait comprendre au tsar que Napoléon a remplacé l'incertaine alliance de Saint-Pétersbourg par une union avec Vienne, qui s'oppose à l'extension balkanique de la Russie. La rupture est d'autant plus consommée que le blocus continental a des effets désastreux sur l'économie russe, dont l'Angleterre absorbait la moitié des exportations. Le rouble s'effondre, le déficit s'envole. Malgré les protestations véhémentes de Napoléon, Alexandre ferme les yeux sur la contrebande anglaise introduite par les navires « neutres » et s'indigne de l'annexion par la France, en décembre 1810, du littoral allemand de la mer du Nord au nom de la lutte contre le marché noir, car elle

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hors-séries 20 ET SI CHAMBERLAIN NE S'ÉTAIT PAS RENDU À MUNICH EN 1938 ?

ET SI CHAMBERLAIN NE S'ÉTAIT PAS RENDU À MUNICH EN 1938 ?

Inventée à Versailles, la jeune démocratie tchécoslovaque reproduit en miniature la mosaïque des peuples de l'ancien empire des Habsbourg en unissant sous un même drapeau Tchèques, Slovaques, Hongrois et Polonais, sans compter plus de trois millions d'Allemands - 20 % de la population - vivant dans les Sudètes, sur le pourtour de la Bohême-Moravie, et privés par les vainqueurs de leur droit à disposer d'eux-mêmes. En 1935, plus de deux tiers des électeurs de cette minorité germanique cèdent au discours irrédentiste du Sudetendeutsche Partei (Parti allemand des Sudètes) fondé par le nazi Konrad Henlein, ce qui en fait la principale force d'opposition au gouvernement de Prague. Or, en avril 1938, Henlein, téléguidé par Hitler, annonce la sécession prochaine des Sudètes. La Wehrmacht se déploie à la frontière dès la mi-mai et, le 20, Hitler expose à ses généraux les grandes lignes du Plan Vert, Fall Grün, une invasion à finaliser avant le 1er octobre. En réaction, le gouvernement tchécoslovaque décrète la mobilisation. Le président Édouard Bénès compte sur les garanties d'assistance françaises, complétées par un accord avec l'URSS. La guerre quand même En septembre, Hitler exige de pouvoir occuper les Sudètes avant le 28. Bénès déploie l'armée et interdit le Sudetendeutsche Partei. Henlein s'enfuit. Les gouvernements Daladier et Chamberlain déclarent à leur tour une mobilisation partielle. La guerre paraît inévitable. C'est alors qu'historiquement, le ministre des Affaires étrangères Georges Bonnet suggère à Berlin un dépeçage, tandis que Chamberlain encourage Mussolini à jouer les entremetteurs. Devinant des démocraties occidentales terrifiées, le Duce leur tend un traquenard aux couleurs d'une conférence de paix. Trop heureux, Daladier et son chambellan britannique accourent… et se couvrent de honte sous les ors du Führerhaus de Munich, palais emblématique de l'esthétique nazie. Le lendemain, ils contraignent Bénès à abandonner les Sudètes. Un demi-million de Parisiens fêtent Daladier au Bourget. « Sur le demi-cadavre d'une nation trahie, sur les demi-cadavres de leur honneur… des hommes par millions dansent la danse de Saint-Guy de la paix », note un Montherlant lucide. Bénès démissionne. Le nouveau gouvernement affaibli cède à des exigences territoriales hongroises en novembre. Cinq mois plus tard, les Slovaques font sécession et le Reich impose son protectorat à la Bohême-Moravie. Il ne reste rien de

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hors-séries 20 ET SI LES MONGOLS AVAIENT PRIS VIENNE ET VENISE ?

ET SI LES MONGOLS AVAIENT PRIS VIENNE ET VENISE ?

Au début du printemps 1235, le quriltai, l'assemblée des chefs de clan mongols, se réunit autour du grand khan Ogodeï, troisième fils et successeur de Gengis Khan, le fondateur de l'empire décédé en 1227. Il est décidé d'envoyer une armée de 120 000 à 140 000 guerriers conquérir l'Europe sous le commandement de Batou (v. 1205-1255), petit-fils de Gengis et neveu d'Ogodeï, entouré de nombreux frères et cousins gengiskhanides. Le départ s'effectue par paliers de la fin 1235 à mars 1236. Les Mongols se déplacent en hiver pour emmener les troupeaux rassasiés par les pâturages d'été. Comme tous les peuples des steppes, c'est toute la population - femmes, enfants et cheptel - qui entreprend le voyage. Les cavaliers mongols bénéficient ainsi d'une autonomie logistique, aussi bien en nourriture et en montures, fournies par le bétail, qu'en armements et en munitions fabriqués par les femmes et les artisans de l' A'u'ruk, campement itinérant à partir duquel manœuvrent les colonnes de guerriers à des distances de 100 à 300 kilomètres. La Russie et la Hongrie conquises L'hiver 1236, les Mongols soumettent les nomades bulgares et coumanes sur le cours inférieur de la Volga. L'hiver 1237, ils entrent en Russie. Les villes, protégées par des remparts de briques ou de bois, tombent les unes après les autres - Riazan, Moscou, Vladimir… Les Mongols maîtrisent l'art du siège grâce aux ingénieurs et aux machines de guerre chinois, persans et arabes qui les accompagnent. L'armée de Batou passe les printemps 1238 et 1239 dans les steppes de la Volga pour reconstituer les troupeaux, attendre la remonte de Mongolie, renforcer ses effectifs, mater des révoltes coumanes et bulgares et rallier les peuples des steppes alléchés par la perspective d'une invasion de l'Europe. À l'hiver 1240, la campagne reprend, cette fois en Russie du Sud. Tchernigov se rend le 18 octobre, Kiev le 6 décembre. Puis les villes de Galicie capitulent les unes après les autres… En janvier 1241, 120 000 guerriers et leurs convois s'y rassemblent pour envahir la Hongrie, dont le roi Béla IV refuse de livrer les princes coumanes et russes survivants qui s'y sont réfugiés. Les Mongols se divisent en cinq colonnes. La plus au nord s'empare de Cracovie le 24

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hors-séries 20 ET SI NAPOLÉON AVAIT ÉTÉ MEILLEUR DIPLOMATE QUE GÉNÉRAL ?

ET SI NAPOLÉON AVAIT ÉTÉ MEILLEUR DIPLOMATE QUE GÉNÉRAL ?

En octobre 1805, la Grande Armée quitte ses camps face à la Manche et franchit le Rhin pour contrer l'armée autrichienne qui a envahi la Bavière. Par une fulgurante manœuvre de contournement, Napoléon parvient à encercler son adversaire dans la forteresse d'Ulm, capturant le général Mack ainsi que ses 30 000 hommes le 20 octobre. Au même moment, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, ministre des Relations extérieures (voir l'encadré p. 56), suit l'armée en marche sur les chemins boueux d'Allemagne, tout en réfléchissant aux suites diplomatiques de cette campagne. Les premiers succès de la Grande Armée et ceux qui s'annoncent inquiètent le ministre, qui se méfie des miracles militaires, incompatibles avec sa politique de modération et d'équilibre continental. Il sait que son principal adversaire dans les négociations à venir n'est pas l'Autriche, mais l'empereur, peu favorable aux compromis diplomatiques. Comme si l'Aigle se coupait une aile Durant son règne, Napoléon a tenté de bâtir un nouvel empire d'Occident (voir l'encadré p. 58). Cette ambition, qui se veut novatrice et portée par l'esprit de la modernité de la Grande Nation, réveille plutôt chez ses adversaires la hantise d'un retour à la monarchie universelle. Pour ces derniers, le projet napoléonien constitue une remise en cause de l'équilibre entre les puissances européennes, engagé par le traité de Westphalie. Napoléon essaie malgré tout d'imposer son projet par la force. Et il néglige ainsi les leviers de la diplomatie qui lui permettraient de constituer des alliances susceptibles de stabiliser son empire sur plusieurs décennies. À maintes occasions, l'empereur dispose de fenêtres pour conclure une alliance solide avec chacune des trois autres grandes puissances européennes (Angleterre, Autriche et Russie) en vue d'élaborer un équilibre favorable aux intérêts français. Il préfère les ignorer pour imposer militairement son hégémonie. Cette diplomatie de l'épée, qui ignore la dimension politique de la guerre, ne peut durer que si elle est soutenue par un rapport de force favorable. Or, l'expansionnisme napoléonien va liguer contre lui toutes les puissances européennes ! Mais n'y avait-il pas une possibilité de stabiliser le système continental de Napoléon pour établir un nouvel équilibre favorable à la France ? Un tel scénario disposait-il d'appuis parmi les autres puissances ? Autrement dit, peut-on envisager des scénarios contrefactuels,

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