Les Cahiers de Science et Vie - Le numéro 223 du 18 juin 2025

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La Une de Les Cahiers de Science et Vie n°223 du 18/06/2025

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Les Cahiers de Science et Vie 223 SUR LA TRACE DES ENFANTS DU PALÉOLITHIQUE

SUR LA TRACE DES ENFANTS DU PALÉOLITHIQUE

SOUS TERRE, IL Y A 15 000 ANS, ON JOUAIT DANS LES GROTTES La scène, fascinante, se déroule il y a 15 000 ans dans une grotte des Pyrénées appelée aujourd'hui Fontanet. Plusieurs femmes et hommes sont entrés sous terre par le porche d'ouverture de la cavité, effondré depuis. Surprise, plusieurs enfants, dont un bambin de 5 ou 6 ans, les accompagnent dans cette incursion à la lueur des torches. Tous portent des vêtements chauds en peaux de renne cousues de perles et de coquillages, et marchent pieds nus, peut-être pour ne pas perdre l'équilibre sur les sols argileux et humides. Parvenu à une cinquantaine de mètres de l'entrée, le groupe s'arrête devant une paroi et les adultes commencent leur œuvre. Au tampon de fourrure, au doigt et au silex, ils peignent, dessinent et gravent, faisant surgir sur la roche de magnifiques images de bisons et de chevaux, ainsi que deux étranges profils humains. Après avoir observé leurs aînés durant de longues minutes, les enfants poursuivent, seuls, l'exploration. Dans une galerie étroite et reculée, les voilà qui se lancent dans une partie de cache-cache souterraine, les uns se dissimulant accroupis dans des replis de la paroi tandis que d'autres les cherchent en glissant sur les sols et en se rattrapant avec les doigts. Puis, au milieu des cris et des éclats de rire qui résonnent dans la grotte, la petite bande entreprend de malaxer

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Les Cahiers de Science et Vie 223 DE IVAN LE TERRIBLE À POUTINE

DE IVAN LE TERRIBLE À POUTINE

En 1946, Joseph Staline visionne le deuxième volet du film sur Ivan le Terrible qu'il a commandé à Sergueï Eisenstein cinq ans plus tôt. Fervent admirateur du régime de terreur imposé par le monarque du XVIe siècle, il souhaite un film à sa gloire soulignant son rôle de bâtisseur d'un État fort, un film qui par la même occasion pourrait justifier ses propres politiques de répression et de pouvoir absolu. La première partie qui dépeint le tyran en souverain visionnaire et héroïque, combattant les ennemis intérieurs et extérieurs de la Russie, lui a bien plu, au point de décerner à Eisenstein le prix Staline. Mais là, Oncle Jo a les moustaches fort hérissées par ce qu'il vient de voir à l'écran : cet Ivan solitaire sombrant dans la paranoïa, cet autocrate vieillissant et soupçonneux avec pour seuls compagnons les nervis de sa sinistre milice… Pouah ! Il se reconnaît trop bien dans ce portrait peu flatteur. Eisenstein sans doute trop stressé par cette réaction de rejet qu'il avait pressentie est déjà à l'hôpital, victime d'un infarctus. Mais Nikolaï Tcherkassov, l'acteur qui interprète Ivan, est là et il n'en mène pas large. Staline se tourne vers lui, regard de busard embusqué sous deux sourcils broussailleux. « Ivan était très cruel. On peut montrer qu'il était cruel, mais il faut montrer aussi pourquoi il était indispensable d'êtrecruel ! » Instigateur d'un pouvoir

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Les Cahiers de Science et Vie 223 GUÉDELON, BÂTIR ET COMPRENDRE

GUÉDELON, BÂTIR ET COMPRENDRE

Top départ ! Avec les beaux jours du printemps, la 28e saison de Guédelon a commencé pour le chantier expérimental de château fort sis dans la petite commune nouvelle de Treigny-Perreuse-Sainte-Colombe (Yonne), au cœur du pays de la Puisaye. Pendant sept mois s'affaireront sur le site 45 « œuvriers » (néologisme issu de l'ancien français ovrier, attesté jusqu'au XIIIe siècle), exerçant dans des conditions qui se veulent aussi proches que possible du XIIIe siècle une quinzaine de métiers : carriers, tailleurs de pierre, maçons, charpentiers, menuisiers, forgerons, mais aussi peintres, potiers, tuiliers, teinturiers, charretiers… Guédelon s'est imposé au fil des ans comme un incontournable dans la région. Avec environ 300 000 visiteurs annuels en 2024, le site tutoie en fréquentation des châteaux du Val de Loire comme ceux de Blois et d'Azay-le-Rideau - et coiffe au poteau deux de ses inspirateurs en Puisaye : le château de Ratilly, situé dans la même commune à moins de 5 km, et le château de Saint-Fargeau, à 10 km. Sacré décollage pour le plus contemporain des châteaux forts, dont la construction a commencé le 20 juin 1997 avec une équipe de seulement cinq permanents. Il faut dire que le fort attrait du public pour Guédelon diffère de celui pour un monument historique. Là où ce dernier attire par son histoire et

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Les Cahiers de Science et Vie 223 LE CHARME DES VRAIES GROTTES ORNÉES

LE CHARME DES VRAIES GROTTES ORNÉES

C'est le lundi 4 septembre 1922 qu'a été révélé l'art pariétal de la grotte du Pech Merle, dans le Lot. Ce jour-là, trois ados de Cabrerets, petite commune nichée dans une vallée encaissée à l'est de Cahors, explorent un trou qui s'ouvre sur le causse, vaste plateau calcaire surplombant le village. Munis de cordes et de bougies, André David (16 ans), sa sœur Marthe (13) et leur ami Henri Dutertre (15) s'engagent dans un conduit repéré les mois précédents. Après avoir rampé plus d'une heure, brisé des concrétions calcaires pour se frayer un passage et franchi un puits vertical de plusieurs mètres, le trio débouche dans une vaste salle. Après quelques pas dans l'obscurité presque totale, c'est le choc. Sur une paroi couleur crème, éclairés par la lueur tremblante des bougies, surgissent d'impressionnants bisons noirs, une main rouge entourée de points et un cerf délicat. Un peu plus loin, nouvelle trouvaille, accueillie par des cris de joie : deux magnifiques chevaux au corps recouvert de ponctuations rouges et noires entourés d'empreintes de mains, puis, encore plus loin, une frise de mammouths noirs se déroule sur la roche ! Les trois jeunes découvreurs, émerveillés, ne ressortiront qu'à la nuit tombée, retrouvant au bord du trou la mère de

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Les Cahiers de Science et Vie 223 « L'archéologue produit des archives du sol qui ouvrent un tout autre récit que celui des textes. »

« L'archéologue produit des archives du sol qui ouvrent un tout autre récit que celui des textes. »

Cahiers de Science & Vie : On disait autrefois de l'archéologie qu'elle était une science auxiliaire de l'histoire, quelle est désormais sa place ? Comment nous raconte-t-elle autre chose que les textes ? Dominique Garcia : Pendant longtemps, l'archéologue dégageait des ruines et collectait des objets qui aboutissaient dans les musées et permettaient d'illustrer le propos des historiens. Mais aujourd'hui, c'est l'humain et ses rapports à l'environnement qui est au centre de ses préoccupations : sa nature, ses cultures, ses formes d'organisation sociale, son impact sur le milieu naturel. Il peut tout aussi bien s'intéresser à des grains de pollen que travailler à l'échelle de tout un territoire. En somme, l'archéologie ne sert plus seulement à illustrer des textes, c'est une approche environnementale des sociétés humaines, une histoire de la construction des paysages, une histoire génétique des populations, etc. L'archéologue produit désormais des archives du sol qui ouvrent un tout autre récit que celui des textes. CSV : Quelles sont les places respectives de l'archéologie dite préventive et de l'archéologie programmée dans les fouilles ? D.G. : Si l'on ajoute à l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) les autres opérateurs - entreprises privées et collectivités - ce sont, en France, quelque 60

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Les Cahiers de Science et Vie 223 BIBRACTE : VILLE GAULOISE

BIBRACTE : VILLE GAULOISE

Du haut de ses 821 mètres, la silhouette massive du mont Beuvray se dresse telle une sentinelle sur le rebord méridional du Morvan, ce vieux massif raboté par l'érosion enraciné en terre bourguignonne, offrant à ceux qui le gravissent un panorama époustouflant portant jusqu'aux Alpes et aux volcans d'Auvergne. Du moins par temps clair… C'est là, au sommet, sous une majestueuse forêt de hêtres, qu'est enfouie depuis deux mille ans Bibracte, l'ancienne capitale des Éduens, puissant peuple gaulois établi sur un territoire allant de la Saône à l'Allier. Item sans titre Là, qu'à l'été 52 avant notre ère, Vercingétorix se voit confier le commandement en chef de la fédération des peuples gaulois contre les légions de Jules César. Ici encore que, quelques mois plus tard, après sa victoire écrasante à Alésia, le général romain prendra ses quartiers d'hiver et mettra sans doute la touche finale à ses Commentaires sur la Guerre des Gaules. Fondée à la fin du IIe siècle avant notre ère, Bibracte est abandonnée dès le tout début du Ier siècle de notre ère, quelques décennies après la conquête romaine de la Gaule, au profit de la nouvelle ville romaine d'Augustodunum (Autun), avec laquelle elle

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