Les Cahiers de Science et Vie - Le numéro 226 du 17 décembre 2025

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La Une de Les Cahiers de Science et Vie n°226 du 17/12/2025

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Les Cahiers de Science et Vie 226 LA MORT DE LA MORT

LA MORT DE LA MORT

Encore un instant je vous prie, Monsieur le bourreau, implore la malheureuse comtesse du Barry, déjà allongée sur la planche de la guillotine. Émouvante supplique qui résume à elle seule cette répulsion du pauvre mortel à en finir avec la vie, ce refus désespéré de quitter ce bas monde pour aller se colleter au néant peut-être, à l'inconnu sûrement. Nous passons notre vie à l'attendre et ne pouvons l'appréhender que par celle des autres, car comme le dit Montaigne, « il y a deux choses qu'on ne peut regarder en face, le soleil et la mort ». Pour conjurer la disparition, l'humanité a élaboré tout un foisonnant cortège de mythes et de religions qui laissent planer l'espoir d'une vie éternelle. Tous naissent de la peur de l'oubli et de l'anéantissement. « La mort demeure le grand scandale. Il est possible de la conceptualiser à la troisième personne, éventuellement à la deuxième, mais jamais à la première ! », note Julien d'Huy, docteur en histoire, auteur de L'aube des mythes. « Le mythe permet de faire une médiation. Il réconforte

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Les Cahiers de Science et Vie 226 NEUTRALITÉ À GÉOMÉTRIE VARIABLE

NEUTRALITÉ À GÉOMÉTRIE VARIABLE

À peine le Pacte fédéral conclu et le Congrès de Vienne ratifié, en 1815, les Suisses se divisent sur la question de la répartition des compétences entre les institutions cantonales et fédérales. Les conservateurs, majoritairement catholiques, ne jurent que par le maintien de l'indépendance des cantons. Les libéraux, plutôt protestants, aspirent au contraire à une centralisation du pouvoir, de nouvelles conditions-cadres économiques, un élargissement des droits civiques et des libertés, ainsi qu'à davantage de démocratie. Au fil du temps, l'opposition entre les deux camps prend de plus en plus une coloration religieuse. En 1841, à la suite d'un soulèvement de paysans catholiques, le canton libéral d'Argovie décide, en violation du Pacte fédéral, la fermeture des couvents. Lucerne réplique en confiant l'enseignement supérieur aux Jésuites. Furieux, les libéraux-radicaux de Berne, Soleure et Argovie lancent, en 1844-45, deux expéditions de francs-tireurs qui échouent. Cela pousse sept cantons catholiques à former une alliance séparée pour se défendre, le Sonderbund. Les tensions atteignent leur paroxysme en juillet 1847 lorsque la Diète, en majorité libérale-radicale, vote sa dissolution, provoquant quatre mois plus

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Les Cahiers de Science et Vie 226 Le besoin de collaboration est devenu bien plus important qu'il ne l'était autrefois

Le besoin de collaboration est devenu bien plus important qu'il ne l'était autrefois

Cahiers de Science & Vie : Votre dernier livre montre que la neutralité suisse s'est avérée bien moins immuable qu'on ne le croit… Pascal Sciarini : La politique menée a en effet souvent fluctué au siècle dernier. Reconnue par les grandes puissances en 1815, et perçue comme un moyen de défense, la neutralité suisse a vu ses règles codifiées dans les conventions de La Haye en 1907. Ce droit de la neutralité affirme l'inviolabilité du territoire d'un État neutre, l'oblige à disposer de sa propre armée, lui interdit d'intervenir militairement dans un conflit, et l'autorise à commercer avec les belligérants. Mais il ne s'applique qu'en temps de guerre, et ne dit rien des obligations d'un État neutre en temps de paix. Or la Suisse a choisi dès le départ une neutralité permanente et autoproclamée. Elle s'est donc engagée à mener en période de paix une politique rendant crédible sa neutralité en cas de conflit, tout en s'autorisant une certaine flexibilité dans sa définition. Jusqu'en 1920, la Suisse a ainsi appliqué une neutralité intégrale, refusant toute alliance militaire

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Les Cahiers de Science et Vie 226 ET L'HOMME CRÉA LA FEMME

ET L'HOMME CRÉA LA FEMME

Il était une fois, à Chypre, un roi et artiste appelé Pygmalion qui nourrissait une profonde aversion pour les femmes de son pays. N'avaient-elles pas offensé Vénus en refusant de célébrer son culte ? La déesse de l'amour les avait condamnées à se prostituer avant de figer leur sang et de les rendre froides comme la pierre, nous dit Ovide au Ier siècle de notre ère dans ses Métamorphoses. Quant à Pygmalion, « choqué par le nombre de vices dont l'âme féminine est naturellement pourvue », il vivait seul, « et demeura longtemps sans faire partager son lit ». Il n'en sculpta pas moins, dans le plus pur ivoire, une jeune femme d'une beauté saisissante et d'un réalisme si troublant que son cœur s'enflamma : il l'embrassait, lui parlait, la cajolait, l'habillait, la déshabillait… Alors, durant les fêtes de Vénus, au milieu des fumées d'encens et des sacrifices rituels, le roi s'agenouilla devant l'autel et implora les dieux de lui donner pour épouse une femme semblable à sa statue. Le

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Les Cahiers de Science et Vie 226 Ce que nous appelons "mythe" n'est que le récit des autres sur le monde. »

Ce que nous appelons "mythe" n'est que le récit des autres sur le monde. »

Cahiers de Science & Vie : Quelle définition donneriez-vous du mot « mythe » ? Jean-Loïc Le Quellec : Ce mot vient du grec muthos , qui signifie « discours ». Il ne désigne donc ni une image, ni une personne, ni un objet, mais des paroles. Plus précisément, il s'agit d'un récit particulier, structuré autour d'un renversement. Il raconte qu'à une époque très lointaine et indéterminée - « jadis », « à l'origine », « en ce temps-là » - le monde était dans un certain état. Puis survient un événement qui transforme tout, expliquant ainsi pourquoi le monde est devenu ce qu'il est aujourd'hui. Autre point essentiel : ce récit est construit et transmis collectivement, et, pour le groupe qui le raconte, il exprime toujours la vérité. CSV : En somme, le contraire de l'usage commun du mot… J-L.L.Q. : Tout à fait. Aujourd'hui, on appelle « mythe » un récit qui nous induit en erreur et qu'il faut démystifier, « debunker ». Pourtant, pour ceux qui l'ont

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Les Cahiers de Science et Vie 226 UN LONG ET TORTUEUX CHEMIN

UN LONG ET TORTUEUX CHEMIN

Ah, la Suisse, ses villages proprets aussi disciplinés qu'une ruche, ses paisibles vallées où se déroule le solfège monotone des travaux agricoles… peut-on rêver havre de paix plus serein au cœur d'une Europe chahutée par les vicissitudes de l'Histoire ? Cette quiétude qui fait l’envie de ses voisins n’est-elle pas justement l’héritage de sa fameuse neutralité, devenue au fil du temps l’un des marqueurs essentiels de l’identité suisse ? Pourtant, à ses débuts, la région n’est qu’une agrégation de territoires disparates, une mosaïque fragile de villes marchandes et de cantons ruraux attachés chacun à leurs traditions et leurs dialectes, et qui selon les lois de la géopolitique aurait dû se faire dépecer par les puissances alentour. La tradition, magnifiée par les roman tiques du début du XIXe siècle, situe l'origine de la confédération en 1291 avec la signature d'un pacte entre trois vallées alpines - Uri, Schwytz et Unterwald - désireuses de préserver leurs libertés face aux Habsbourg. En fait, il ne s'agit en

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