Paris, 1749. La rédaction de l'Encyclopédie est à peine entamée quand, un matin de juillet, Joseph d'Hemery, inspecteur de la Librairie, et Philippe Miché de Rochebrune, commissaire au Châtelet de Paris, tambourinent à la porte du sieur Diderot, rue de la Vieille-Estrapade. Celui-ci, encore en chemise, assiste effaré à la perquisition. Des tiroirs sont ouverts et vidés sans ménagement, des meubles sont renversés, et bientôt d'Hemery, victorieux, brandit ce qu'il était venu chercher : des exemplaires manuscrits de la Lettre sur les aveugles, une audacieuse réflexion sur l'origine sensorielle de nos idées… réfutant toute intervention divine. Diderot en est l'auteur. Il est envoyé illico méditer sur les dangers de l'athéisme au donjon de Vincennes. L'affaire est grave : on le soupçonne de tous les péchés. Ce serait un individu peu recommandable, comme le rappelle sa fiche de police : “C'est un jeune homme qui fait le bel esprit et se fait trophée d'impiété. Extrêmement dangereux. ” Mais pour ses éditeurs, Diderot est tout autre : il est le pilier de l'Encyclopédie, le plus grand projet éditorial du siècle. Dans une lettre au ministre d'Argen-son, ils supplient : “la détention de M. Diderot, le seul homme de lettres que nous connaissons capable d'une aussi vaste entreprise et qui possède seul la clé de toute cette opération, peut entraîner notre ruine. ” La saga de l'Encyclopédie commence mal, très mal. Et cela va durer un quart de siècle ! Menaces, catastrophes, sauvetages miraculeux… Rien ne se passera comme prévu. Mais finalement, la ténacité d'un homme - et la cupidité de quelques libraires-éditeurs - aura raison de tous les obstacles pour faire de ce monument de papier le plus beau roman d'aventures du XVIIIe siècle. Revenons au tout début de cette histoire, en juin 1744, lorsqu'un certain Gottfried Sellius, naturaliste allemand, pousse la porte du libraire - on dirait aujourd'hui éditeur - André-François Le Breton, pour lui proposer de traduire la Cyclopaedia de l'Anglais
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