Les Cahiers de Science et Vie - Le numéro 231 du 14 octobre 2026

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La Une de Les Cahiers de Science et Vie n°231 du 14/10/2026

Au sommaire de ce numéro

Les Cahiers de Science et Vie 231 COMMENT JUGER LES CRIMES DE MASSE ?

COMMENT JUGER LES CRIMES DE MASSE ?

NOS EXPERTS • Bruno Cathala est magistrat. Il a été le premier greffier de la Cour pénale internationale entre juillet 2003 et avril 2008 et il est l’auteur de Juger le mal – Histoire de la justice pénale internationale (éd. Passés composés, septembre 2026). • Aurélia Devos est magistrate. Elle a dirigé pendant dix ans le pôle dédié aux crimes contre l’humanité au Parquet de Paris et a supervisé l’enquête internationale sur Félicien Kabuga, financier présumé du génocide rwandais de 1994. Elle est l’auteure de Crimes contre l’humanité – Le combat d’une procureure (éd. Calmann-Lévy, 2023). • Richard Rechtman est psychiatre des hôpitaux et anthropologue spécialiste des crimes de masse et des génocides, directeur d’études à l’EHESS et auteur de La Vie ordinaire des génocidaires (éd. CNRS, 2020). • Bénédicte Vergez-Chaignon est historienne, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et de l’occupation, auteure de Crimes contre l’humanité – Les procès Barbie, Touvier, Papon (éd. Passés composés, 2025). Les Cahiers de Science & Vie : En quoi le procès de Nuremberg peut-il être considéré comme une révolution ? Bruno Cathala : En 1899, à la suite des atrocités commises sur les champs de bataille avec de nouvelles armes, les conventions adoptées lors de la première Conférence internationale de la paix, à La Haye, ont introduit une référence aux lois de l’humanité et, avant la Seconde Guerre mondiale, le crime d’agression, c’est-à-dire le crime contre la paix, était déjà interdit. La véritable révolution de Nuremberg, c’est qu’on passe d’un moment où un État souverain est maître chez soi à l’idée que les crimes commis contre des populations civiles dans le cadre d’attaques généralisées ou systématiques atteignent toute l’humanité. De plus, ce ne sont plus seulement les États, mais bien les dirigeants qui vont être tenus comme personnellement et pénalement responsables. La souveraineté demeure donc le principe, mais celui-ci n’est plus absolu. En mai 1946, le procès ouvert à Tokyo pour juger les criminels japonais s’appuiera sur les mêmes principes. Bénédicte Vergez-Chaignon : Nuremberg constitue le premier procès d’ampleur organisé après un conflit par les vainqueurs pour juger les vaincus sur la base d’une justice internationale, les accusés étant les plus hauts responsables gouvernementaux

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Les Cahiers de Science et Vie 231 LE DERNIER VOL D’AMELIA EARHART

LE DERNIER VOL D’AMELIA EARHART

L’aube se lève à peine sur le Pacifique central lorsqu’un faible signal attire l’attention des opérateurs radio du garde-côtes américain Itasca. Depuis des heures, ils sont à l’affût. Quelque part dans l’immensité qui les entoure se trouve un avion qui fascine le monde entier depuis plus d’un mois. Un Lockheed Electra 10-E argenté, piloté par l’une des femmes les plus célèbres de son temps. Et voilà qu’à 7 h 42, une voix souffle dans les écouteurs : “Nous devons être au-dessus, mais je ne vous vois pas… niveau de carburant faible…” Quelque 300 m au-dessus du plus vaste océan de la planète, tandis que la jauge du réservoir plonge dangereusement, Amelia Earhart et Fred Noonan cherchent désespérément une île où se poser. Les opérateurs de l’Itasca font tout pour maintenir la communication, mais une heure plus tard, le silence retombe. Pour de bon. Nous sommes en juillet 1937, et Amelia et Fred ont à jamais disparu des radars. L’histoire d’Amelia Earhart commence paisiblement, loin des tarmacs, dans la petite ville d’Atchison, au Kansas, où elle voit le jour le 24 juil-let 1897. L’Amérique conservatrice dans laquelle elle grandit assigne aux jeunes filles un rôle bien défini : être discrètes, élégantes, raisonnables. Amelia, elle, préfère grimper aux arbres. Elle escalade les toits des garages, fabrique des rampes pour sa luge, chasse les rats à la carabine et collectionne les coupures de presse consacrées aux femmes ayant réussi dans des domaines “réservés aux hommes” – actrices, avocates, ingénieures, cheffes d’entreprise… Son entourage la décrit comme un garçon manqué – à l’époque, l’expression est loin d’être un compliment. Mais Amelia n’en a cure. Plus tard, elle écrira : “Les femmes doivent parfois faire pour elles-mêmes ce que les hommes ont déjà fait.” Cette conviction ne la quittera jamais. Curieusement, lorsqu’elle aperçoit son premier avion, vers l’âge de 10 ans, elle ne ressent

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Les Cahiers de Science et Vie 231 “Les images servent à raconter des histoires”

“Les images servent à raconter des histoires”

NOS EXPERTS Jean-Loïc Le Quellec est anthropologue (directeur de recherche honoraire au CNRS) André Gunthert est historien des cultures visuelles (Centre d’histoire et de théorie des arts, EHESS) Les Cahiers de Science & Vie : Pourquoi ressentons-nous depuis toujours le besoin de fabriquer des images? Jean-Loïc Le Quellec : Pour la préhistoire, je pourrais vous répondre que nous n’en savons rien. Mais nous parlons de la plus longue période de l’histoire de l’humanité, au sein de laquelle on distingue en réalité plusieurs époques, qui se différencient justement par leurs peintures et leurs gravures. Enfin, quels que soient les motivations ou le sens de cet art pariétal et rupestre, il ne s’agissait manifestement pas de représenter le monde réel. L’environnement, au sens large, en est en effet totalement absent : il n’y a ni Soleil, ni Lune, ni étoiles, ni nuages, ni forêts, ni arbres… Et plus précisément, il y a deux catégories de graphismes. La moitié correspond à des traits, des points, des ronds ou des hachures que les préhistoriens qualifient par convention de signes, bien que nous ignorions s’ils signifiaient réellement quelque chose. Quant à l’autre moitié, ce sont des images que nous pensons reconnaître : nous voyons un bison, un mammouth, un lion, etc. – même si cela ne nous dit rien de ce qu’ils incarnaient pour ceux qui les ont représentés. On y trouve une petite poignée de figures dites anthropomorphes, car elles ressemblent à des humains. Mais ces silhouettes s’avèrent très étranges : elles sont parfois dotées

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Les Cahiers de Science et Vie 231 Fixer l’image, une histoire de chimie

Fixer l’image, une histoire de chimie

Par un beau jour de 1558, Giambattista della Porta, savant napolitain passionné d’ésotérisme, convie quelques amis dans une petite pièce plongée dans la pénombre. Après avoir discrètement mouché la chandelle, il dévoile une minuscule ouverture percée dans l’un des murs. Soudain, sous les yeux médusés de ses invités, apparaît un groupe de danseurs qui virevoltent… la tête en bas ! L’assistance, persuadée d’assister à quelque manifestation démoniaque, s’affole et crie à la magie noire. Le prodige n’a pourtant rien de surnaturel. Les prétendus démons ne sont que des comédiens évoluant à l’extérieur de la pièce, dont l’image est projetée selon le principe de la camera obscura, un phénomène décrit depuis au moins le Ve siècle et que della Porta explique ainsi dans Magia naturalis, son encyclopédie sur les choses occultes : “Dans un lieu obscur, la lumière filtrée par une très petite ouverture fait apparaître sur la paroi opposée l’image renversée des objets lumineux ou éclairés situés à l’extérieur.” Dénoncé pour sorcellerie, le savant est inquiété par l’Inquisition. Faute de preuves, il échappe toutefois aux flammes du bûcher. Plus prudent, il se borne désormais à vanter les mérites de la camera obscura comme auxiliaire des peintres, auxquels elle permet de reproduire

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Les Cahiers de Science et Vie 231 Photographier la violence

Photographier la violence

En ce 30 janvier 1855, la reine Victoria est d’une humeur de dogue. Le correspondant de guerre – le premier du genre – William Howard Russell a publié dans le Times une série d’articles soulignant l’incompétence du haut commandement sur le front de Crimée. Le scandale est tel qu’une motion de censure a été déposée et que le gouvernement est tombé ! “Une attaque infâme contre notre armée”, fulmine la souveraine. “Russel n’est qu’un misérable scribouillard qui dénigre l’Angleterre, la honte du journalisme”, renchérit le prince Albert. S’il ne tenait qu’à ces deux-là, la tête du reporter finirait sur le billot. Il faut au plus vite donner une autre représentation du conflit. Alors, connaissant le pouvoir des images, la monarchie demande à son portraitiste officiel, Roger Fenton, de rapporter des photographies susceptibles d’apaiser l’opinion. L’ancien élève du peintre Paul Delaroche débarque deux mois plus tard sur le front avec un van blindé, chargé de 5 chambres noires, 700 plaques au collodion, 36 caisses

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Les Cahiers de Science et Vie 231 Fantômes et faux-semblants

Fantômes et faux-semblants

En 1861, alors qu’il développe un autoportrait dans son studio de Boston, le photographe William Mumler manque de lâcher sa plaque de verre : au-dessus de son visage se dessine une silhouette spectrale. Il croit d’abord reconnaître un cousin défunt ; c’est en tout cas ce qu’il raconte plus tard à la presse. L’explication est pourtant banale : la plaque de verre, mal nettoyée avant réemploi, a conservé en surimpression la trace d’une autre photographie. Rien de surnaturel, donc. Mais Mumler – poussé, dit-on, par son épouse, médium à ses heures –, plutôt que de corriger l’incident, se garde d’en révéler l’origine, réitère l’expérience et fait circuler ses “portraits magiques” dans la bonne société de Boston. La nouvelle se propage à la communauté des adeptes du “spiritualism”, qui connaît alors un véritable boom en Amérique et commence à gagner l’Europe : les esprits ont pu être immortalisés sur des plaques de verre, la photographie a le pouvoir de révéler l’au-delà ! Daguerre

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