Deux jours plus tard, Igina s'en alla tandis qu'Esther s'apprêtait à réenfiler son tablier de lingère. La dénommée Ambra continuerait à venir travailler à temps partiel pour le gros ouvrage. De son côté, Esther effectuerait les travaux délicats, ainsi que tout ce qui se rapportait à la couture. Comme l'avait auguré Igina, Elsa n'avait pas caché sa satisfaction de pouvoir à nouveau compter sur la jeune fille. Seule, Marcella parut interloquée en apprenant qu'Esther allait reprendre son service au domaine. - À quoi penses-tu donc ? s'écria-t-elle. Je t'aurais cru plus maligne. Tu n'as donc pas compris à quoi je faisais allusion, l'autre jour, pendant le repas ? Ne vois-tu pas le climat de peur qui est en train de s'installer en Italie ? -Je ne fais pas de politique, rétorqua Esther. - Il ne s'agit pas de politique, mais de religion ! On incite les jeunes à déserter l'Église… Ça ne te choque pas ? - Écoute, je comprends ce que tu ressens, mais je ne veux pas être mêlée à vos discussions, répéta la jeune fille. Marcella haussa les épaules d'un air farouche. - En tout cas, moi, je n'aurais jamais laissé tomber Madame Igina, marmonna-t-elle en tournant les talons. Félix Montoriol téléphona le lundi de la semaine suivante. Esther était-elle toujours d'accord pour déjeuner avec lui ? Le rendez-vous fut aussitôt fixé au jeudi midi qui était le jour de congé de la jeune femme. L'avocat l'attendrait devant le campanile. Il serait arrivé de la veille au soir et repartirait le lendemain, ce qui leur laissait très peu de temps. Esther n'avait jamais déjeuné avec un homme. Elle ne savait pas comment s'habiller pour la circonstance et encore moins, comment se comporter. Elle essaya de se mettre dans la peau d'Igina tout en sachant qu'elle ne possédait ni ses manières, ni son élégance. Par ailleurs, sur quoi porterait la conversation ? Elle s'en voulait d'avoir accepté cette rencontre. Sa nervosité se traduisait par un irrépressible désir de parler, mais à qui pouvait-elle se confier ? Nonna n'était plus là et Madeleine était trop jeune. Marcella apprécierait peut-être ce rôle de confidente, encore que ces temps-ci, elle avait l'esprit ailleurs. Quant à Maria, elle ne verrait là que l'amorce d'une histoire romanesque. Une seule chose restait à faire : honorer ce rendez-vous et s'en tirer le mieux possible. Chapitre 29 Félix lui parlait de son enfance. De sa mère italienne, florentine, comme par hasard, et de son père, parisien, physicien et chercheur. - Il rêvait que je marche sur ses traces mais moi, c'est le droit qui m'intéressait. Je n'ai pas l'âme d'un scientifique. Je sais que c'est là son plus grand regret, même s'il s'est toujours efforcé de faire bonne figure face à mes choix. Esther avait ainsi appris la rencontre de Jean Montoriol et Carlotta Verri dans la pinède proche de Bellogiorno, par un beau matin d'automne. Les jeunes gens s'étaient mariés deux mois plus tard, faisant fide fiançailles classiques et se contentant d'un échange de bagues (un rubis de famille, tout de même, et une chevalière en or), toujours dans la pinède, à l'abri des regards dubitatifs de leurs parents respectifs. - À présent que j'y pense, s'exclama le
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