Nous Deux - Le numéro 4087 du 27 octobre 2025

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La Une de Nous Deux n°4087 du 27/10/2025

Au sommaire de ce numéro

Nous Deux 4087 Le chêne aux enfants

Le chêne aux enfants

Suzanne s'approcha à pas de loup de son mari. Depuis une bonne dizaine de minutes, il se tenait devant la fenêtre de la cuisine et ça la mettait en rage. Elle lui donna un coup de torchon sur les fesses. - Aïe ! Qu'est-ce qui te prend ? - Si tu te voyais, avec tes yeux de merlan frit, mon pauvre Paul ! - Mes yeux de merlan frit ? - Il a justement fallu qu'elle s'installe dans la maison voisine, cette… - Je sens qu'elle aussi va avoir droit à un nom de poisson. La grossièreté ne te va pas, ma chérie. Abstiens-toi. Et puis tu sais très bien que si Marilou a emménagé à côté, c'est parce qu'elle a hérité de la maison de sa mère. - Marilou, pfff ! Elle s'appelle Marie-Louise. Paul eut un petit rire moqueur et tenta de prendre Suzanne par la taille. Mais sa femme, agacée, le repoussa. - Ma petite femme ne serait-elle pas un brin jalouse ? Il y a prescription, tu sais. Beaucoup d'eau est passée sous les ponts depuis notre adolescence. Je t'ai dit cent fois qu'il ne s'est jamais rien passé entre Marilou et moi. Tu avais trop d'imagination, tu t'es fait des idées. Je me demande quand elle va venir nous saluer. Promets-moi de te montrer aimable quand elle le fera, nous n'allons pas déjà nous fâcher avec notre nouvelle voisine. Suzanne soupira et alla s'asseoir à la table pour terminer d'éplucher les pommes de terre, rejointe bientôt par son mari qui entreprit de l'y aider. Suzanne se serait bien passée d'une voisine comme celle-ci qui, à un peu plus de 70 ans, portait encore des robes trop près du corps et se maquillait comme un camion volé. Marie-Louise, que tout le monde avait toujours surnommée Marilou, avait, dans son jeune temps, séduit à peu près tous les garçons de ce petit village de la Loire. Pourquoi Paul n'y aurait-il pas eu droit ? - Qui viendra-t-elle chercher quand elle aura besoin d'aide, à ton avis ? Paul fit semblant de réfléchir. - Je me le demande bien ! - Toi, espèce d'idiot ! Ce qu'elle est ridicule avec son gros popotin saucissonné dans sa robe. Je suis sûre qu'elle prend

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Nous Deux 4087 Mon combat pour la vie

Mon combat pour la vie

Ludovic et moi nous étions rencontrés au lycée dix ans auparavant. Nous avions su dès le premier regard que nous étions faits l'un pour l'autre et nous nous étions immédiatement projetés dans une vie à deux avec des enfants. Ludovic en voulait deux, un garçon et une fille, le choix du roi comme on dit familièrement. Moi je me disais que le nombre importait peu du moment que nous étions heureux. À cette époque, aucun membre de nos familles n'imaginait que cet amour d'adolescence se concrétiserait par un mariage. Pourtant, nos études terminées, nos vies professionnelles installées (Ludovic était comptable dans une grande surface et moi coiffeuse), nous avions sauté le pas. J'étais devenu Mme Paris et j'arborai fièrement mon alliance en or à l'annulaire de ma main gauche. Le désir de maternité n'avait pas tardé à se faire sentir, je savais que j'étais prête et Ludovic en ressentait l'envie depuis plusieurs mois déjà. Symboliquement, un samedi soir, nous avions enfermé dans un tiroir la seule boîte de contraceptifs qu'il me restait. Ludovic m'avait entraînée dans notre chambre. Il avait éparpillé des pétales de roses sur le sol en s'amusant de mon air émerveillé, puis il m'avait enlacée et embrassée tendrement. Doucement il avait commencé à déboutonner mon chemisier tandis que je soulevais son tee-shirt, dévoilant ainsi sa musculature. Nous nous étions allongés sur le lit, ses caresses expertes décuplant mon désir. Sa douceur et ses mots m'enivraient. Soudain nos deux corps fusionnèrent dans un ballet que nous avions du mal à maîtriser. Nous ne parvenions plus à retenir nos cris de plaisir. Nous avions mis dans cet acte tout l'amour que nous éprouvions l'un pour l'autre et nous espérions qu'il allait peut-être nous permettre de donner la vie à ce petit « moi + lui » dont nous rêvions. Ludovic reprenait son souffle à mes côtés. - C'était… oui, c'était merveilleux. Je crois que nous étions vraiment en communion tous les deux… je t'aime tellement, mon ange. -

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Nous Deux 4087 Un auteur mystérieux

Un auteur mystérieux

Clara était bien ennuyée. Elle n'arrivait pas à obtenir le moindre renseignement sur son écrivain préféré. À part, bien sûr, la liste de ses livres publiés. - Il n'y a rien en quatrième de couverture, regretta-t-elle. Et la photo ne nous apprend pas grand-chose, de la façon dont elle a été prise. - Au moins, on sait qu'il a une abondante chevelure, plaisanta sa secrétaire. - C'est peut-être une perruque, riposta Clara en riant. L'auteur écrivait sous pseudonyme et ne livrait rien de sa vie. Sa maison d'édition ne voulait divulguer aucune information. La quatrième de couverture ne disait rien de plus. La photo intriguait les deux femmes, même elle ne révélait qu'un profil perdu, sur fond de campagne. On ne discernait vraiment que les épais cheveux bruns et bouclés de l'homme. Alonso Cordura, son pseudonyme. Un des écrivains italiens de la nouvelle génération, parmi les plus prometteurs. Maîtrisant la langue, grâce à sa mère d'origine italienne, Clara avait lu dans le texte tous ses livres. Après avoir travaillé dix ans dans une maison d'édition importante, pour y apprendre tous les rouages, Clara avait fondé sa maison trois ans plus tôt. Bien modeste encore, il est vrai. Elle ne pouvait se permettre de prendre des risques. Il lui fallait allier qualité et rentabilité. Traduire en français et publier cet auteur aussi mystérieux que célèbre serait sans doute un tremplin pour sa petite entreprise. Clara avait tout sacrifié pour sa maison. À 40 ans, après quelques histoires sentimentales décevantes, elle avait pris le parti de rester célibataire. La littérature occupait toute sa vie. - Je vais aller voir sur place, décida brusquement Clara. Je dois le rencontrer. Tous ses ouvrages se déroulent à Assise ou dans les environs. Il doit vivre en Ombrie. Elle n'avait pas pris de vacances depuis qu'elle avait fondé sa maison d'édition. C'était une occasion d'allier plaisir et travail. Elle prit la route de bon

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Nous Deux 4087 La fontaine aux vœux

La fontaine aux vœux

Fabien était un homme insatisfait. Il avait pourtant un bon job au sein d'une maison de production cinématographique. Bras droit de Valentin, le patron, il avait un confortable salaire, qui lui avait permis de s'offrir un joli duplex dans le 16e arrondissement de Paris. Mais ça ne lui suffisait pas. Il rêvait de devenir patron à la place du patron. Pour deux raisons : la première, bien sûr, pour diriger seul l'entreprise, passer enfin du second poste au premier, et la seconde, pour la femme du patron, Adeline, dont il était amoureux. Cela ne l'empêchait pas d'avoir des aventures de temps à autre, mais les femmes qu'il fréquentait ne réussissaient pas à lui faire oublier le visage d'Adeline. Cependant, aux yeux de la jeune femme, il semblait être transparent. Cette attitude l'humiliait mais ne changeait en rien les sentiments puissants qu'il éprouvait pour elle. Au contraire, cette indifférence attisait son désir et son amour. Victor Hugo dans Ruy Blas avait évoqué « un petit ver de terre amoureux d'une étoile ». C'était exagéré dans son cas, mais il y avait un peu de ça. Lui se voyait plutôt en chenille, et rêvait de devenir papillon afin de charmer la belle indifférente. Adeline avait son âge et était de dix années la cadette de son époux. Valentin n'était pas bel homme, et Fabien pensait qu'elle l'avait épousé par intérêt. Elle devait sûrement tenir à son statut de femme de producteur millionnaire et s'interdisait de regarder autour d'elle. Le producteur avait invité ce dimanche tout son personnel à une fête organisée chez lui. Il célébrait une année fructueuse : les recettes des films qu'il avait produits avaient dépassé toutes ses espérances. L'homme d'affaires recevait rarement. Sa passion, Fabien l'avait bien compris, était d'amasser des sous, pas de les dépenser. Et il imaginait qu'il devait se montrer pingre envers son épouse qui venait chaque soir chercher son magnat de

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Nous Deux 4087 Les amants de la Vienne

Les amants de la Vienne

Anaïs Lemoine n'était jamais venue à Limoges. À 30 ans, diplômée depuis trois mois d'un master 2 en archivistique, elle venait d'obtenir un contrat d'un an au rectorat. Pas un poste de rêve, mais une première ligne officielle sur un CV, un tremplin, et surtout une ville à apprivoiser. À la sortie du train, la verrière immense de la gare de Limoges-Bénédictins lui avait coupé le souffle. Nef monumentale, dôme aux reflets de cuivre et de mousse, horloge suspendue dans le ciel comme un cœur battant. Elle s'assit un instant sous la verrière, happée par la solennité du lieu. Cette gare était une frontière : entre ce qu'on laisse et ce qu'on décide. Elle avait traversé la place avec sa valise à roulettes, puis remonté l'avenue Locarno sans passer par le parc. Avec ce sentiment bizarre de n'être attendue par personne, mais regardée par toute la ville. Depuis son petit studio, rue François-Chénieux, elle pouvait aller partout à pied : au rectorat, à l'Aquarium, au musée des Beaux-Arts, sur les quais de Vienne. Les rares jours de soleil, elle errait, libre, les sens sur le qui-vive, et photographiait les graffs sur les murs. Elle aimait cette solitude choisie, ce rythme neuf, cette respiration d'un autre genre. Un vendredi matin, elle entra dans le musée des Beaux-Arts pour une visite tranquille. C'est là qu'elle le vit. Grand, chemise repassée, posture simple. Il était appuyé contre un mur de la salle des émaux, badge sur la poitrine : Amadou Diallo - gardien. - C'est la plus ancienne collection de peintures religieuses de la région. Elle leva les yeux, surprise. Il avait un sourire calme, doux, sans calcul. Sa voix était basse, grave, posée, un peu timide. Elle hocha la tête. Ils parlèrent de l'église Saint-Michel-des-Lions, des émaux de Limoges, des manuscrits. Anaïs

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Nous Deux 4087 Emmanuelle “Touchée par de s tumeurs cérébrales, je suis devenue lanceuse d'alerte”

Emmanuelle “Touchée par de s tumeurs cérébrales, je suis devenue lanceuse d'alerte”

Son tour, à elle et beaucoup d'autres, est venu. Après les victimes du Mediator et de la Dépakine, c'est au tour de celles de l'Androcur de demander des comptes… et réparation. « En 2024, notre association a déposé une plainte contre X pour administration de substance nuisible, atteinte involontaire à l'intégrité de la personne, et tromperie aggravée, explique Emmanuelle Huet-Mignaton. Nous voulons comprendre pourquoi des milliers de patientes n'ont pas été informées plus tôt. » « J'ai fait confiance » Elle-même n'aurait jamais dû prendre ce médicament. L'Androcur est entré dans la vie d'Emmanuelle en 2003. « J'avais 39 ans, on m'avait découvert de l'endométriose, j'avais déjà deux enfants et je savais que je n'en aurais pas d'autres », se souvient-elle. Pour soulager sa maladie, elle demande à son médecin de pratiquer une hystérectomie, c'est-à-dire une ablation de l'utérus. « Sauf qu'il a refusé, préférant me prescrire un nouveau

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