Au bout du fil, ma mère me racontait combien l'hiver était doux sur la Côte d'Azur, combien elle avait bien fait de quitter Nantes pour aller se dorer sous les palmiers, et toutes ces choses que j'aurais préféré qu'elle évite de détailler à sa fille coincée dans les Ardennes, un lugubre soir de février. - Je sais, maman, et je suis ravie pour toi, mais tu sais bien que Bruno ne peut pas exactement se faire muter sur la Côte d'Azur… Nous allons rester au moins cinq ans ici, j'aimerais bien que tu ne me sapes pas complètement le moral ! J'avais beau lui dire que ce n'était pas mon choix, elle ne pouvait s'empêcher de me demander ce que je faisais là. J'avoue que je me le demandais parfois moi-même, surtout pendant ces mois d'hiver où l'humidité vous remontait le long des jambes, et où je passais mes journées transie de froid, à ranger la maison et préparer les repas en attendant le retour des enfants - qui avalaient leur goûter avant de s'enfermer dans leur chambre, casque sur les oreilles, téléphone à la main, et n'avaient plus une minute pour leur mère. Bruno passait le pas de la porte vers 20 heures, épuisé, s'asseyait pour dévorer le repas et allait s'effondrer sur le canapé, la télécommande à la main. Ce jour-là, en plus, il pleuvait. J'avais dû aller au supermarché pour nous ravitailler, les essuie-glaces tentant en vain de chasser les bourrasques d'eau qui s'abattaient sur le pare-brise, et mes pneus manquant de m'envoyer dans le décor à chaque virage pris à plus de 20 km/h… Quand j'étais rentrée au milieu de l'après-midi, on aurait dit qu'il faisait déjà nuit. Après avoir écouté le programme chargé des mondanités de ma mère, je raccrochai. Qu'est-ce que je faisais là ? Comme toujours dans les moments de découragement, je me fis une tasse de thé, mais je ne pus m'empêcher de m'effondrer en larmes pendant que la bouilloire frémissait. Cette vie ne me ressemblait plus. Je n'aurais jamais dû abandonner mon travail… À Bordeaux, où nous avions passé dix ans, pigiste, je rédigeais des articles pour
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