Camille ne bouge pas. Elle ne tremble même pas. Elle regarde Paul-Henri comme si elle le voyait pour la première fois. Cet homme, face à elle, son mari depuis trente ans, avec qui elle a partagé toutes les folies, a ri, a pleuré, a eu deux beaux enfants, cet homme vient de lui annoncer qu'il ne l'aime plus. Il en aime une autre, une plus jeune, une plus belle, une qui n'a pas vingt kilos en trop. - Elle fait attention à son corps, elle. Elle est active… Je ne te reconnais plus, Camille, tu te laisses aller… Les reproches, les critiques, glissent sur elle comme les gouttes de pluie tout à l'heure sur son ciré, celui qu'il lui offrit en Normandie, un jour de pluie, un jour d'amour, un jour du temps où ils s'aimaient encore. Ils sont assis face à face au Grand Café Fauchon, à l'angle de la Madeleine et du boulevard Malesherbes, là où trente ans plus tôt ils s'étaient promis de s'aimer pour la vie. Camille regarde Paul-Henri sans le voir. Il est assis en face d'elle. Lui n'a pas changé, et les tempes grisonnantes lui vont bien. Elle l'écoute parler de l'autre, comment s'appelle-t-elle déjà ? Elle regarde les lèvres de Paul-Henri, comme pour y retrouver les baisers et les promesses d'autrefois. Mais lui parle d'avenir, de l'autre, de départ. - Tu veux quitter notre appartement ? - Oui. Je partirai tout à l'heure en rentrant. J'emporterai quelques affaires et je viendrai chercher le reste dans la semaine. - Tu t'installes chez elle ? - Oui. - Et les enfants ? - Les enfants sont grands. Ils n'habitent même plus la région… Elle regarde par la fenêtre. La nuit tombe doucement. Une nuit qui s'annonce longue et solitaire. Camille la redoute. Tout à coup elle appréhende tout. Le moindre bruit dans la salle du restaurant la fait sursauter. Elle craint demain, l'avenir et la solitude. Elle voudrait qu'il lui
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