Nous Deux - Le numéro 4115 du 11 mai 2026

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La Une de Nous Deux n°4115 du 11/05/2026

Au sommaire de ce numéro

Nous Deux 4115 Une nouvelle vie pour Sarah

Une nouvelle vie pour Sarah

Sarah passa sur la terrasse. Dans le jardin, les tamaris étaient en fleur. La mer et le ciel se confondaient dans un même bleu. Tout cet azur rappela à Sarah un regard clair qu'elle avait croisé plusieurs fois. Ce n'était pourtant pas dans ses habitudes de dévisager les hommes. Seul Léo, qu'elle avait épousé à 18 ans, avait jusqu'à ce jour compté dans sa vie, bien qu'il lui ait fait plusieurs fois beaucoup de mal. Mais l'inconnu passait parfois dans les allées du parc de la clinique où Léo donnait ses consultations et elle avait souvent l'occasion de le croiser. Elle enfila son peignoir. Elle pensait au temps heureux, quand elle vivait chez ses parents. Ils lui avaient prédit qu'elle ne serait pas heureuse avec Léo, cardiologue déjà réputé. De vingt ans son aîné, c'était un bel homme, désinvolte et amateur de jolies femmes. Elle décida d'aller l'attendre à la clinique. Elle prit un taxi, car elle n'avait pas son permis de conduire. D'un œil distrait, elle regarda la mer que le véhicule longea un moment par la route de la corniche. Au loin, se profilait une éminence rocheuse, un promontoire sur lequel une maison était construite, la Villa bleue. - Vous êtes arrivée, madame. Elle remercia le chauffeur, paya, suivit un chemin privé. Elle arriva bientôt devant la clinique, construction moderne à plusieurs niveaux, bâtie au milieu d'un parc. Sarah admira les massifs composés de fleurs de toutes les nuances. - C'est un régal pour les yeux, n'est-ce pas ? Notre jardinier fait des merveilles. Sarah sursauta. C'était le jeune homme aux yeux bleus qu'elle avait maintes fois croisé. Il souriait. C'était la première fois qu'il lui adressait la parole. La prenait-il pour une visiteuse venant voir un malade hospitalisé ? Voulait-il amorcer un flirt ? Les fleurs n'étaient peut-être qu'un prétexte pour lier connaissance. Sarah ressentit le besoin immédiat de dissiper tout malentendu. Mais la curiosité l'emporta. Elle voulait savoir qui il était. - Je vous ai rencontré souvent dans le parc. Vous travaillez à la clinique, n'est-ce pas ? - Oui.

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Nous Deux 4115 Vingt ans plus tôt

Vingt ans plus tôt

En bas, dans la cour, une colonie de moineaux donne son dernier concert de la journée. La nuit tombe doucement. Enfin seule. Tranquille… La tiédeur de cette fin mai s'engouffre dans la cuisine par la fenêtre grande ouverte. Sabine fait durer son dîner improvisé sur le mode pique-nique, sirotant un verre de bordeaux et piochant arbitrairement, toutes les dix secondes, dans le paquet de chips et le plateau de fromages. Sa semaine a été harassante et elle a bien l'intention de savourer pleinement son vendredi soir. Elle éteint la radio, qui vient d'annoncer un été possiblement caniculaire. En juillet-août, Grenoble est irrespirable. On verra bien. Pour l'instant ça va, profitons. À propos, il faut absolument qu'elle monte arroser les plantes de Mme Castevet. Quatre jours que cette dernière est partie, elles doivent avoir sérieusement soif. Elle se promet de le faire dans l'heure qui suit. Les garçons sont en classe verte depuis ce matin, en Auvergne, tandis que Gilles est en déplacement à Paris et sera de retour demain midi. Elle rêvasse, son verre de vin à la main et un sourire béat aux lèvres. Face à elle, les rideaux frémissent mollement sous l'effet d'un infime courant d'air, parfaite métaphore de son humeur du moment. Elle éprouve un irrépressible besoin de lenteur et d'oisiveté. Elle fera le ménage et les courses demain. Éventuellement. Une soirée seule et des heures entières de totale paresse, ça ne lui était pas arrivé depuis… Depuis des lustres. Décrétant qu'il n'y a aucune urgence à débarrasser la table, elle migre dans le salon d'un pas nonchalant, y allume une lampe et s'installe sur le canapé avant de saisir sa tablette numérique. Elle consulte ses mails. Rien d'intéressant : des pubs. Elle surfe distraitement du côté des programmes télé, puis d'un site de déco auquel elle est abonnée. Elle repense soudain à cette collègue qui, la veille, lui a dit avoir renoué avec d'anciennes connaissances grâce à un site. Elle n'a jamais essayé. Tiens, pourquoi pas,

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Nous Deux 4115 Tout est possible !

Tout est possible !

Camille ne bouge pas. Elle ne tremble même pas. Elle regarde Paul-Henri comme si elle le voyait pour la première fois. Cet homme, face à elle, son mari depuis trente ans, avec qui elle a partagé toutes les folies, a ri, a pleuré, a eu deux beaux enfants, cet homme vient de lui annoncer qu'il ne l'aime plus. Il en aime une autre, une plus jeune, une plus belle, une qui n'a pas vingt kilos en trop. - Elle fait attention à son corps, elle. Elle est active… Je ne te reconnais plus, Camille, tu te laisses aller… Les reproches, les critiques, glissent sur elle comme les gouttes de pluie tout à l'heure sur son ciré, celui qu'il lui offrit en Normandie, un jour de pluie, un jour d'amour, un jour du temps où ils s'aimaient encore. Ils sont assis face à face au Grand Café Fauchon, à l'angle de la Madeleine et du boulevard Malesherbes, là où trente ans plus tôt ils s'étaient promis de s'aimer pour la vie. Camille regarde Paul-Henri sans le voir. Il est assis en face d'elle. Lui n'a pas changé, et les tempes grisonnantes lui vont bien. Elle l'écoute parler de l'autre, comment s'appelle-t-elle déjà ? Elle regarde les lèvres de Paul-Henri, comme pour y retrouver les baisers et les promesses d'autrefois. Mais lui parle d'avenir, de l'autre, de départ. - Tu veux quitter notre appartement ? - Oui. Je partirai tout à l'heure en rentrant. J'emporterai quelques affaires et je viendrai chercher le reste dans la semaine. - Tu t'installes chez elle ? - Oui. - Et les enfants ? - Les enfants sont grands. Ils n'habitent même plus la région… Elle regarde par la fenêtre. La nuit tombe doucement. Une nuit qui s'annonce longue et solitaire. Camille la redoute. Tout à coup elle appréhende tout. Le moindre bruit dans la salle du restaurant la fait sursauter. Elle craint demain, l'avenir et la solitude. Elle voudrait qu'il lui

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Nous Deux 4115 La mort pouvait attendre

La mort pouvait attendre

Dehors, le ciel déverse sa colère sur la ville. Il gueule à en crever les tympans ; il lance ses piques de feu en tous sens ; il vomit des trombes d'eau. Les gouttières débordent, les ruelles pentues se font ruisseaux, les auvents se creusent sous le poids de l'eau. Les rues sont désertes. Derrière les fenêtres des immeubles, certains sursautent à chaque coup de tonnerre, d'autres ont tiré les rideaux ou réconfortent leurs chiens affolés et quelques-uns, excités, vibrent au rythme de la violence de l'orage… Fanny, elle, ne l'entend pas. Tout son être est tendu vers son fils Léon. Le beau visage de Léon est tourné vers elle, apaisé, confiant, offert à l'amour de sa mère. Il a dit « demain ». Ce sera demain. Vingt et un ans plus tôt. À 30 ans, Fanny était infirmière. Rien ne la prédestinait à rencontrer Éric, arrivé à l'hôpital avec une vilaine fracture à la jambe gauche. Cascadeur auto-moto et pyrotechnique pour le cinéma et la télévision, cet homme de 33 ans avait fait une mauvaise chute à moto. Après son passage au bloc et jusqu'à son rétablissement, il demeurait dans le service où Fanny travaillait. Dès que celle-ci était entrée dans sa chambre pour les soins postopératoires, Éric avait oublié la rage qu'il avait ressentie lorsque le chirurgien lui avait annoncé qu'il lui faudrait de longues semaines de patience avant de pouvoir reprendre son métier. Elle s'était approchée de lui en souriant et il avait murmuré tout en lui rendant son sourire : - Je suis tout à vous. Prenez votre temps. Fanny avait éclaté de rire. D'habitude, même si elle avait toujours un mot gentil envers les patients dont elle avait la charge, elle ne voyait en eux que des corps à soigner. Mais le frisson qui l'avait parcourue en touchant la peau d'Éric pour fixer le tensiomètre avait failli lui arracher un sursaut. Elle avait levé les

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Nous Deux 4115 Sous le soleil de minuit

Sous le soleil de minuit

Pendant plusieurs mois, Mathias avait travaillé à Paris sur un projet de documentaire qu'il voulait réaliser sur les eiders, les grands canards de l'archipel de Vega, au large de la côte ouest de la Norvège. Chaque printemps, ces oiseaux migrateurs venaient se nicher dans le comté de Nordland, situé juste en dessous du cercle polaire arctique. Le jeune homme désirait mettre à l'honneur ce territoire qui avait été classé au patrimoine mondial de l'Unesco une dizaine d'années plus tôt. Il illustrerait son reportage en filmant la récupération du duvet des eiders qui faisait la renommée de l'archipel. Leurs plumes, composées de fibres naturelles isolantes et chaudes, étaient à l'origine de la fabrication artisanale d'édredons, de couettes, de duvets, de doudounes et de gants. Il avait bouclé son sac à dos. Son matériel vidéo occupait la plus grande place aux côtés des vêtements chauds nécessaires pour supporter des températures printanières locales comprises entre trois et cinq degrés. Il espérait qu'en dépit du froid, son projet serait accueilli chaleureusement par les Norvégiens qu'il allait interviewer. Son avion atterrit à Bergen, ville côtière du comté de Vestland. Il réserva une voiture de location pour rejoindre le ferry qui devait le mener à Vega, la plus grande des îles de l'archipel. Dans cette zone d'eaux peu profondes, le paysage était composé d'une multitude d'îlots et de brisants, survolés par quantité d'oiseaux marins, mouettes, goélands et canards sauvages. Sur l'embarcadère, une poignée de piétons et une paire de randonneurs à vélo entourèrent son auto dès son arrivée. Après une traversée de cinquante minutes en mer, il débarqua à Igerøy, à la pointe nord-est de l'île de Vega. Il se sentait ému de découvrir des paysages où la faune et la flore étaient préservées. Il emprunta la route qui, entre la terre et l'eau, menait à Gladstad. Sur son chemin, il fit s'enfuir

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Nous Deux 4115 Marine “Je veux briser le tabou autour de la maladie de Crohn”

Marine “Je veux briser le tabou autour de la maladie de Crohn”

Dans notre entretien avec cette magnifique mannequin, il va être question de troubles digestifs et de toilettes, entre autres. Pas très glamour ? Marine assume. « J'en parle parce que c'est libérateur et que cela fait du bien à beaucoup de monde, explique cette jeune femme de 32 ans. C'est plus facile aujourd'hui, mais cela n'a pas toujours été le cas. C'est quand même une souffrance qui touche à l'intime… »Des premières douleurs à 20 ansDepuis quand est-elle malade ? Marine l'ignore exactement. « Je crois que j'ai eu une enfance normale, avec mon lot de gastros, mais sans plus. » Les douleurs arriveront à l'adolescence, avec le stress. La jolie jeune fille se lance dans le mannequinat à 16 ans. « J'ai découvert dans ce milieu une certaine anxiété. On me demandait régulièrement de perdre du poids. » À l'âge de 20 ans, en 2014, elle

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