Julia est partie tôt, ce matin. Alors que le jour se levait, elle a fourré dans son sac à dos quelques vêtements et ses papiers. Maintenant, elle marche sur le bord d'une route interminable qui sillonne au milieu de grands champs de blé, de lin et de maïs. Au-dessus de sa tête, des nuages noirs s'amoncellent. On ne verra bientôt plus l'azur du ciel. Elle a déjà dû parcourir une bonne vingtaine de kilomètres, la marche ne lui fait pas peur et surtout, elle s'en fiche. Plus rien ne compte, plus rien n'a d'importance à ses yeux. Elle marche et c'est à peine si elle sent la route sous ses pieds. Les paysages du Morvan sont magnifiques à cette époque, mais ses yeux ne les voient pas. Les conducteurs qui klaxonnent pour qu'elle s'écarte de la route, elle les ignore. La seule chose qu'elle entend, ce sont les pleurs d'un enfant qui vient au monde avec pour tout bagage un souffle de vie. Elle a fait ce qu'il fallait, il sera heureux, l'assistante sociale le lui a promis. Il sera adopté par une famille aimante qui l'attend déjà, elle ne doit se faire aucun reproche. Lorsque le bébé est venu au monde, trois semaines plus tôt, elle a tenu à le garder près d'elle durant quelques heures, le temps de lui répéter inlassablement qu'elle l'aimait, qu'elle ne l'oublierait jamais. Il était si petit, si fragile, tellement confiant. Julia aurait juré qu'il comprenait chacun de ses mots. Elle a mille fois embrassé son front, respiré son parfum d'innocence, pris entre ses doigts ses mains minuscules pour les porter à ses lèvres. Elle lui a bien expliqué qu'il serait comme un prince dans sa nouvelle famille, avec de vrais parents pour le couvrir de cadeaux et qui sauront l'aimer comme il le mérite. Julia sait ce que c'est que de grandir sans un père, auprès d'une mère qui n'est jamais là parce qu'elle a deux emplois pour tenter de parvenir à boucler les fins de mois. Les voisines nounous, elle a connu, et puis quand elle était assez grande, la solitude, l'attente, les devoirs qu'on fait seule pendant que maman se repose un peu avant de se rendre à son deuxième travail. Les
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