Nous Deux - Le numéro 4120 du 15 juin 2026

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La Une de Nous Deux n°4120 du 15/06/2026

Au sommaire de ce numéro

Nous Deux 4120 Le langage des fleurs

Le langage des fleurs

Lorsque Simon pénétra dans le café de ce pittoresque village de Vendée, il aperçut tout de suite son ami Louis, installé au comptoir, en train de discuter avec la patronne. - Simon, enfin ! J'ai cru que tu ne viendrais jamais. - J'ai bien failli ne pas venir, répondit Simon tout en saluant la patronne d'un geste de la tête. Puis il s'installa sur un tabouret près de Louis qui lui commanda d'office un café. - Je sais, j'ai hésité à t'appeler. Mais c'est toi qu'ils veulent et personne d'autre, alors je me suis dit… Tu pourras habiter chez moi tout le temps qu'il faudra, Audrey sera contente de te revoir. Ne t'inquiète pas, je lui en ai déjà parlé, elle est d'accord. Et puis tes frais de route seront remboursés, ils paient bien, ces gens-là. La patronne déposa la tasse de café devant Simon et s'en alla à l'autre bout de la salle discuter avec un couple de touristes. - C'est la nouvelle patronne, elle est là depuis un an. Elle est gentille mais c'est pas pareil que du temps de Jeanne. Les choses changent et nous, on doit s'adapter. Qu'est-ce que tu deviens, toi ? Simon but une gorgée de café en grimaçant. Il était amateur de bon café et celui-là n'en était pas un. Puis, à travers la vitre, il regarda la place où se tenait le traditionnel marché du jeudi. Il avait grandi ici, il y avait vécu pendant longtemps, et puis un jour, il était parti. Il avait fui. - Moi… Je ne m'en sors pas trop mal avec ma petite entreprise. - J'ai jamais compris pourquoi tu es parti. Ici aussi tu vivais bien, ça marchait pour toi. Tu avais du boulot, elle tournait bien ta boîte, tu étais le meilleur dans ta partie. La preuve, ils ne t'ont pas oublié. - Je te l'ai dit, Louis, il fallait que je parte. - Je me suis toujours dit qu'il s'était passé quelque chose que tu m'avais caché. À moi, ton vieil ami. - Il s'est passé quelque chose, mais c'est loin, je ne veux pas en parler. Tu crois qu'ils vont vendre le domaine ? - Voilà dix ans que personne n'y vient plus, ça coûte d'entretenir cette grande propriété. Le notaire ne m'a rien dit

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Nous Deux 4120 Un mariage toxique

Un mariage toxique

Je m'appelle Léa. Pour ceux qui me connaissent, je suis une personne chanceuse. En effet, je suis mariée à Paul, qui, aux yeux du monde, est un être adorable. Il a réussi, c'est un chirurgien réputé, et nous avons une belle maison et tout ce qui fait le bonheur d'une femme. La réalité est tout autre. Oh, n'imaginez pas que je sois frappée, non, Paul n'est pas un violent. Mais il existe d'autres moyens, plus subtils, d'asservir un être humain. Les mots, par exemple, sont des armes redoutables et efficaces. Ils peuvent avoir le pouvoir de blesser autant que des coups. Leur impact est aussi désastreux que des bleus sur l'épiderme. Ils rognent l'assurance et détruisent peu à peu l'âme. La mienne est meurtrie, brisée. Pourtant, les débuts de notre romance ont été plutôt idylliques. Je pensais même avoir rencontré l'homme idéal, tant il était attentionné. Mais quelques mois après notre mariage, le prince charmant s'est transformé en vilain crapaud. D'abord, il n'a plus voulu que je travaille, arguant du fait qu'il gagnait bien sa vie pour nous faire vivre tous les deux. Il a d'ailleurs ajouté, ce jour-là, que mon boulot n'était guère valorisant et que mon salaire était vraiment pitoyable. Vexée par cette remarque, j'ai rétorqué que j'aimais mon emploi, même s'il n'était pas à la hauteur de ses attentes. La réplique a fusé, acerbe : - Ma pauvre fille, vraiment tu te contentes de peu. Heureusement que je suis là pour te nourrir et te loger car ce n'est pas avec ta paie minable que tu pourrais t'offrir le luxe que je te procure. Ont suivi des remarques au sujet de mon style vestimentaire, de ma façon de me coiffer. Tout cela sur un ton mordant. Paul est ma première grande histoire et j'étais tellement naïve ! Je n'ai pas compris que je rentrais dans une spirale infernale. Je ne peux me confier à personne. Avec sa prestance, Paul a un capital sympathie des plus forts, même dans ma famille. Ma

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Nous Deux 4120 Lasso, chien fidèle

Lasso, chien fidèle

Clément n'avait jamais aimé les chiens. Il les trouvait encombrants, bruyants, odorants, et il avait coutume de dire : « Un chat, à la rigueur, un chien, jamais. » Alors, lorsque Isabelle avait insisté pour en adopter un, il avait tenté de s'y opposer. En vain. - Un chien, c'est toujours moins de contraintes qu'un enfant, avait-elle rétorqué avec le sourire charmeur qu'il avait autrefois tant aimé. Ils adoptèrent un chien, qu'ils nommèrent Lasso : c'était l'année des L, l'éleveur leur avait conseillé un nom en deux syllabes, Isabelle aimait les westerns. Lasso était un colley bleu merle, il avait une allure noble, un pelage épais, ondoyant de gris, de blanc et de taches noires. Son regard vif était souligné par un masque de fourrure contrasté : il trahissait une intelligence affûtée, mais aussi une énergie débordante qui épuisa bientôt Clément et Isabelle. Son poil long demandait un entretien constant : des touffes s'accrochaient aux vêtements, se logeaient entre les coussins du canapé, formaient des monticules de poussière qui s'amoncelaient dans leur petit appartement lyonnais. Chaque promenade était un cauchemar, car le chien revenait toujours avec des brindilles, des feuilles ou, pire, des morceaux de chewing-gum englués dans son pelage. Et Clément fut bientôt seul à le promener : deux mois après l'adoption du chien, Isabelle était partie avec un autre homme. Il prit l'habitude de parcourir avec Lasso chaque matin les allées du parc de la Tête d'Or, ce qui représentait une longue promenade, car il habitait dans le quartier de la Guillotière, situé à une quarantaine de minutes. Ensemble, ils longeaient le lac, où quelques cygnes glissaient avec majesté, tandis que les plongeons des canards déclenchaient immanquablement les aboiements du chien. Ce matin-là, Clément croisa un grand nombre de joggeurs et songea que lui aussi, il devrait faire du sport. Il se désespérait de sa paresse. C'était cette même paresse, pensa-t-il, qui l'empêcherait de retrouver un jour une amoureuse. Toute sa vie,

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Nous Deux 4120 Une crise de doute

Une crise de doute

Allongé sur sa chaise longue, les yeux mi-clos, Adrien songeait à son avenir… Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris d'épouser une femme de trente-cinq ans sa cadette ? Il lui suffisait d'en faire sa maîtresse, comme les précédentes, dont il s'était rapidement lassé et dont, moyennant un petit bijou garni des quelques diamants, pour ne pas paraître goujat, il s'était débarrassé ! Alors pourquoi s'était-il laissé entraîner devant monsieur le maire ? Il connaissait la réponse. Depuis qu'il l'avait rencontrée, il n'avait plus regardé d'autres femmes : il était, pour la première fois, tombé amoureux. La vie auprès de cette trop jeune épouse était devenue difficile. À 25 ans, Coralie préférait s'amuser, alors que quand on a passé la soixantaine, beaucoup moins. Adrien avait déjà donné. Il avait commencé tôt à faire la foire avec des copains de lycée, il avait continué à l'école d'ingénieurs en aéronautique. Il avait quitté celle-ci rapidement, ne trouvant pas d'utilité à ces études : son père était lui-même le richissime patron d'une usine aéronautique. Lorsqu'il hériterait, Adrien garderait l'équipe qui entourait son père et n'aurait qu'à faire acte de présence. Il avait donc, sans vergogne, brûlé la chandelle par les deux bouts. Père était à ses affaires, mère pendant ce temps-là le trompait, et Adrien était livré à lui-même et en avait profité. L'héritage était arrivé bien plus tôt que prévu, ses parents étant décédés dans l'accident de leur jet alors qu'ils se rendaient à Las Vegas dépenser quelques billets sur les tables de jeu. Il n'avait pas voulu les accompagner. Il comptait « conclure » - comme ça se disait entre copains - avec la fille du banquier de son père. Après son passage chez le notaire - jaloux, celui-ci lui avait lu le testament en grimaçant -, il avait décidé de vendre l'usine. Il s'était rendu compte qu'il aurait été périlleux de laisser gérer l'affaire par les assistants du défunt patron. Ceux-ci le connaissaient

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Nous Deux 4120 JuliaJ'ai choisi de devenir photographe d'accouchement

JuliaJ'ai choisi de devenir photographe d'accouchement

Malgré son expérience, Julia ne sait pas toujours à quoi s'attendre. « Récemment encore, j'ai suivi une femme qui attendait son premier enfant, se souvient-elle. Je suis arrivée dans la chambre en pensant avoir quelques heures devant moi. Mais soudain, c'est moi qui ai appelé la sage-femme parce que la tête du bébé sortait. J'ai à peine eu le temps de préparer mon appareil ! » Julia Fracheboud n'appartient pas au corps médical, du moins pas officiellement. Mais au fil des ans, elle y a trouvé sa place. Photographe d'accouchement, elle participe aussi, à sa façon, à l'accueil de l'enfant. Un amour précoce pour les bébés Mais rembobinons d'abord sa pellicule à elle. À 37 ans, Julia déroule un parcours assez atypique. « Adolescente, je voulais déjà devenir sage-femme. Je n'avais pas de plan B, c'était ma vocation. » Seulement la vie en a décidé autrement. « L'année du bac, j'ai perdu mon papa d'un infarctus foudroyant. Or, il avait décidé de me

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Nous Deux 4120 "J'ai eu un père inoubliable"

"J'ai eu un père inoubliable"

«Mon père est né en Algérie, de parents juifs marocains venus chercher des papiers français comme on cherche une promesse d'avenir. Très tôt, il a connu le déracinement : de l'Algérie à la France, puis lors d'un bref passage par Israël avant de revenir dans l'Hexagone Il a grandi dans une famille de neuf enfants écrasée par la pauvreté, avec un père violent. Placé très jeune par la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) dans un foyer d'accueil en Auvergne, il y a connu l'antisémitisme et l'humiliation. Alors, il a fugué. Et lorsqu'il fut contraint de revenir dans sa famille, il s'est dit qu'il préférait dormir dans la rue plutôt que de subir cet enfer. Toute sa vie part de là : une rage de vivre qui pousse à avancer quand tout devrait vous faire renoncer. Adolescent, il

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