Nous Deux - Le numéro 4125 du 20 juillet 2026

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La Une de Nous Deux n°4125 du 20/07/2026

Au sommaire de ce numéro

Nous Deux 4125 L’amour n’est pas une légende

L’amour n’est pas une légende

L’île de Groix fait partie de mes souvenirs d’enfance. La dernière fois que j’y suis venue avec mon père et ma mère, pour les vacances d’été, j’avais 12 ans, c’était en 2001, l’année qui a précédé la séparation de mes parents. Anna, chez qui je vais séjourner, est la tante de mon père, ma grand-tante, et je suis heu-reuse de la revoir. Elle va me trouver bien changée et je suppose que moi aussi. J’ai le souvenir d’une belle femme brune aux cheveux très longs dont on disait qu’elle faisait l’un des meilleurs cafés de l’île. Sur l’île de Groix, le café est une institution, il faut le savoir et Anna l’a vite appris quand elle est tombée amoureuse de Gaël, un pêcheur rencontré pendant des vacances avec une amie. Ce qui aurait pu n’être qu’une amourette sans importance s’est transformé en un grand amour. C’est ainsi qu’Anna, la Picarde, est devenue une groisillonne. J’ai connu Gaël, c’était un beau gars aux yeux rieurs qui adorait faire des blagues. Il y a quelques années, alors qu’il était parti pêcher avec son frère, le bateau a sombré. On n’a jamais su pourquoi, mais ils sont morts tous les deux. Moi aussi, en quelque sorte, je suis veuve, même si je n’ai pas eu le temps de me marier avec Thomas. Il y a trois ans, sur une route de Picardie, Thomas et moi avons eu un terrible accident de moto. J’ai survécu, pas lui. Il vit toujours en moi, je peux encore lui parler et je sais qu’il m’entend. Je m’appelle Elvire. En décembre prochain, j’aurai 35 ans. C’est fou comme les années filent. Mais mes souvenirs sont tenaces, ceux de mes vacances sur l’île avec mes parents, ceux de Thomas qui m’embrasse, qui s’agenouille pour me demander en mariage. Quelquefois, je me dis que j’aurais préféré y rester moi aussi, ou bien perdre la mémoire dans cet accident. J’ai passé tant de nuits à pleurer celui que j’aimais. J’ai traversé l’enfer. Sans mes parents et mes amis pour me soutenir, je ne serais sans doute pas sur ce bateau aujourd’hui, en train de contempler l’île de Groix, qui se rapproche, droit devant moi, avec ses façades joyeuses. La séparation de mes parents a mis de la distance entre Anna et ma

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Nous Deux 4125 De mémoire d’âme

De mémoire d’âme

Charlène se redressa d’un bond dans son lit lorsque la sonnerie du téléphone l’arracha à son rêve torride. Un rêve particulièrement troublant où il y avait… Hugo. Hugo dont elle avait fait la connaissance hier, alors qu’elle faisait route vers le Refuge où elle devait séjourner pour une trop courte quinzaine. – Allô, maman ? – C’est moi, ma chérie. Je t’ai réveillée peut-être ? – C’est pas grave, je devrais déjà être levée, je n’ai pas entendu l’alarme de mon portable. J’ai raté le départ de la sortie champignons. De toute façon, je m’en moque des champignons, j’avais besoin de dormir. J’ai eu beaucoup de mal à trouver le sommeil à cause de la chaleur et des moustiques. Charlène entendit Lydia rire, et ça l’agaça. Elle savait très bien ce que sa mère allait dire maintenant et elle mourait d’envie de lui raccrocher au nez. – Quelle idée tu as eu d’aller te perdre dans ce trou ! Je t’avais prévenue que ça ne te plairait pas, tu es une citadine, tout comme moi. Et voilà, elle l’avait dit ! Charlène décolla le téléphone de son oreille en poussant un long soupir d’agacement, puis elle tendit son index vers l’écran, juste au-dessus du téléphone rouge. C’était le seul moyen de faire taire sa mère. Mais elle se ravisa. Elle n’allait pas pouvoir l’éviter pendant quinze jours. – J’avais besoin de m’isoler, maman, tu comprends ça ? Le cadre est charmant, il faut juste que je m’habitue. La Sologne est magnifique, et ce n’est pas le bout du monde. – « Le Refuge », quel drôle de nom ! Tu es sûre que ce n’est pas une secte ? – Je t’en prie, garde ce genre de réflexion pour toi. Ça s’appelle le Refuge parce que c’est un endroit où l’on vient pour se ressourcer loin de tout. Tu es bien placée pour savoir que j’en ai besoin. Bon… je t’entends mal, le réseau n’est pas terrible. Si j’avais suivi les recommandations affichées sur la porte de mon bungalow, j’aurais éteint mon téléphone. N’essaie plus de me joindre, c’est moi qui t’appellerai. Demain, ou après-demain, quand j’aurai quelque chose à raconter. Je

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Nous Deux 4125 Des cendres dans le Colorado

Des cendres dans le Colorado

Venu tout droit du Pacifique glacé, un souffle d’air frais dévalait les rues pentues des collines de San Francisco pour caresser les bras nus et bronzés d’Angie ; elle frissonna avec délice. Durant les prochains jours, elle n’aurait sans doute pas beaucoup l’occasion de profiter ainsi d’un peu de fraîcheur. La voiture était prête, le réservoir plein, elle avait pensé à la glacière, aux sandwiches pour les creux inopinés ; elle avait pris une trousse de premiers secours, une carte routière, son téléphone mobile, un peu d’argent en liquide… Et puis une petite place pour sa grand-mère, sur le siège arrière, entre deux coussins. La brave dame n’avait jamais tenu beaucoup de place. Du plus lointain que sa petite fille se la rappelait, elle évoquait une femme menue aux airs faussement sérieux dont le chignon grisonnant ne culminait guère plus haut que le rebord de la cheminée. Mais aujourd’hui, il suffisait d’une urne en métal argenté pour contenir ce qu’il restait d’elle sous forme de cendres. – Nous allons faire un beau voyage, Granny, lui affirma Angie en plaçant le petit container avec soin à sa place attitrée. Elle referma la portière et consulta sa montre. Matt ne devrait pas tarder à apparaître. Il lui tardait un peu de connaître ce jeune homme avec qui elle allait partager son temps et sa voiture ces prochains jours. Au téléphone, il avait paru très correct, aimable, poli. Bref, elle se demandait s’il ne serait pas franchement ennuyeux. – Espérons qu’il ne soit pas trop moche non plus, s’entendit-elle prier tout bas. Elle s’en voulut de cette exigence hors de propos. Elle avait placé son annonce « Partage une virée vers le Grand Canyon. Cherche copilote, bon conducteur. Partage frais essence » un peu partout sur les réseaux et n’avait pas tardé à recevoir deux réponses. Puis avait vite éliminé la première. Elle avait pris soin de ne pas mettre de photo d’elle, mais le type avait tenté sa chance. Il semblait beaucoup trop content de l’aubaine pour qu’il ne s’agisse là que des perspectives d’un voyage

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Nous Deux 4125 Le poison du passé

Le poison du passé

Solenn ne croit pas en l’amour, ou plutôt elle a cessé d’y croire. Elle croit en l’amitié et au plaisir. Des hommes, elle n’attend que des relations légères et festives sans projection sur l’avenir. Elle croit encore moins aux liens du sang. Dès qu’elle a été en mesure de s’assumer, elle les a tranchés, et s’en est allée sans se retourner. Pour elle, l’être humain est un animal comme les autres. Arrivé à l’âge adulte, il s’en va vivre sa vie sans plus se retourner. Sans doute est-elle égoïste ou ingrate, mais c’est ainsi ; elle a ses raisons ; c’est son choix. Sa vie lui convient. Elle a travaillé dur pour décrocher son diplôme d’architecte d’intérieur et s’offrir la liberté de vivre comme elle l’entend. À 30 ans, elle savoure son indépendance avec délectation. Plusieurs hommes sont passés dans sa vie. Des compagnons de jeu, libres et sans attente. Elle en garde de délicieux souvenirs de corps-à-corps éblouissants, de rires et d’agapes joyeuses. Certains sont devenus des amis et d’autres sont partis vers de nouveaux horizons. Aujourd’hui c’est avec Charles, un artiste peintre talentueux, qu’elle déguste le plaisir. Elle l’a rencontré lors d’un vernissage dans la galerie de Cléo, une amie qui exposait plusieurs de ses œuvres. Lorsque Cléo lui avait présenté ce grand barbu blond aux fausses allures de Viking, Solenn n’avait eu qu’une envie : que les longues mains de l’artiste viennent caresser sa chair comme il aimait caresser une toile vierge avant de commencer à peindre. Charles est autodidacte. Le dessin, les couleurs, la peinture, il a toujours eu ça dans le sang. Tout gamin, dès qu’il avait tenu un crayon entre les doigts, il s’était amusé à dessiner ce qu’il voyait. À 18 ans, il a été embauché dans une imprimerie artisanale à l’ancienne. Il y est resté deux ans jusqu’à ce que l’imprimerie ferme ses portes. Alors il a opté pour la liberté. Il a commencé à dessiner dans la rue, des

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Nous Deux 4125 Madame rêve

Madame rêve

Estelle consulte une nouvelle fois son portable. Il est 18 h 20. Ni texto ni mail, aucune nouvelle d’Anna. Cette dernière est en retard de vingt minutes et ça n’est pas dans ses habitudes. Le serveur, qui les connaît parfaitement en tant qu’habituées du Dream Coffee House depuis plus d’un an, lui demande si elle souhaite commander quelque chose en attendant l’arrivée de son amie. Estelle décline sa proposition, disant qu’elle souhaite attendre encore un peu. Puis elle se ravise à l’instant même où il s’apprête à tourner les talons. – Si, finalement je vais prendre une orange pressée… Euh, non, excusez-moi… Hésitante et confuse d’être hésitante, elle parcourt rapidement la carte des cocktails et se décide. Elle n’a jamais essayé le Stromboli. – Un Stromboli. Le serveur acquiesce en souriant, puis s’éloigne. Estelle suit distraitement sa fine silhouette de danseur (ou plutôt de nageur, rectifie-t-elle mentalement en se remémorant un commentaire d’Anna) tandis qu’il slalome agilement entre les tables de tek et les fauteuils de cuir vert olive, dans l’ambiance feutrée du salon lounge. Elles affectionnent tout particulièrement cet établissement, situé dans l’un des quartiers les plus huppés de la ville. La déco est un audacieux mélange de design industriel et de classicisme à l’anglaise. Les cafés, cocktails et clubs sandwiches sont aussi variés qu’inventifs, le service est agréable et discret. Les deux amies s’y retrouvent rituellement une fois par mois, parfois le soir après le travail, parfois le samedi après-midi avant une séance de cinéma ou une balade shopping. C’est un peu cher mais elles revendiquent de s’offrir ce petit luxe mensuel. Elles y passent généralement un peu plus d’une heure, parlant de choses et d’autres, échangeant confidences et plaisanteries, évoquant leurs souvenirs communs de lycée ou de vacances. Immanquablement leurs conversations finissent par tourner autour de leur job respectif (Estelle est assistante médicale, Anna travaille dans la communication) et de leur vie personnelle (Estelle est mariée et mère de jumeaux, Anna, récemment séparée, n’est pas

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Nous Deux 4125 “J’ai été victime de violences conjugales”

“J’ai été victime de violences conjugales”

“Sortir de la culpabilité prend du temps” Aïssa Musy Brelier, 36 ans, auteure de Je ne suis pas une Isabelle* «J’ai commencé à écrire deux ans après mon départ, pour comprendre ce que j’avais vécu. L’emprise ne s’était pas installée d’un coup, mais par étapes. J’avais 18 ans, lui 41. Il était marié ; moi, je me sentais très seule, loin de mes parents, avec un immense besoin d’amour et d’attention. Il s’est présenté comme celui qui allait enfin prendre soin de moi. Très vite, la relation est devenue fusionnelle. Pourtant, son discours politique et raciste me dérangeait déjà. Mais il occupait tout l’espace, me fascinait autant qu’il m’inquiétait. Je devais lui faire confiance, lui obéir. Puis sont venues les comparaisons avec son ex-femme, Isabelle, que j’ai longtemps idéalisée. Il me répétait qu’il fallait que je sois exceptionnelle pour justifier qu’il la quitte. Peu à peu, il

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