Paul dépose un bouquet multicolore sur la tombe de ses parents, puis il murmure qu’il les aime, qu’ils lui manquent, qu’il se sent parfois bien seul au monde. Il a toujours les larmes aux yeux dans ces moments-là. « L’amour est aussi fragile que de la porcelaine, il faut en prendre soin. » C’est ce que disait toujours Hortense, sa mère, et Dieu sait qu’elle a pris soin de son cher mari, tout autant qu’il a pris soin d’elle. Ces deux-là étaient tellement amoureux. Ils l’ont été jusqu’au bout. À la mort de Raymond, Paul, qui était encore un enfant, a vu sa mère devenir de jour en jour l’ombre d’elle-même. Elle avait perdu son âme sœur, disait-elle. Elle a tenu bon durant quelques années, pour son fils et puis une vilaine maladie lui est tombée dessus. Elle ne s’est pas beaucoup battue pour la combattre – en tout cas pas assez. Quinze ans après la disparition de Raymond, elle est partie le rejoindre dans cet endroit d’où l’on ne revient jamais. Paul avait alors 25 ans. Cette année-là, il a fait la connaissance de Suzanne, la fille d’une amie de sa tante maternelle, Constance. C’était lors d’un repas familial. Suzanne lui a tout de suite plu, et ça a été réciproque. Pendant tout le repas, ils se sont fait les yeux doux. Plus tard, Paul a su que leur rencontre était un coup monté par Constance qui ne supportait pas de voir son neveu si désemparé par la mort de sa mère. Elle était devenue entremetteuse pour la bonne cause, et ça a marché. Deux ans après leur rencontre, Paul et Suzanne échangeaient leurs vœux dans l’église de Foucarmont, un petit bourg normand et ils emménageaient à Sotteville-lès-Rouen dans cet appartement qu’ils n’ont jamais quitté depuis. À l’époque, Suzanne travaillait dans une supérette – qui, progressivement, s’était agrandie pour devenir un supermarché. Elle y travaille toujours, prenant « du galon », comme on dit. Elle dirigea désormais le personnel. Au début de leur mariage, elle avait réussi à y faire embaucher Paul, comme caissier et il y était resté
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