Nous Deux - Le numéro 4135 du 28 septembre 2026

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La Une de Nous Deux n°4135 du 28/09/2026

Au sommaire de ce numéro

Nous Deux 4135 Le coffret maudit

Le coffret maudit

[email protected] Si vous me posiez la question, je vous répondrais avec certitude : oui, ils ont une âme. Certes, ils sont inanimés, mais ce n’est qu’une apparence. Si vous les touchez, si vous les prenez en main et que vous vous concentrez, que vous faites abstraction de toute pensée parasite, vous commencerez à ressentir de légers picotements dans les doigts, et puis des vibrations, presque imperceptibles d’abord, qui s’amplifieront ensuite au point qu’il vous semblera sentir battre un cœur, quelquefois. Entre vos mains, l’objet immobile et silencieux est en train de vous raconter son histoire, ou plutôt les histoires de tous ceux à qui il a appartenu, s’il s’agit d’un objet ancien. On appelle ce don « la psychométrie ». Et vous l’avez peut-être sans le savoir. Je crois que nous l’avons tous. Allez-y, faites l’expérience. Attention, il arrive parfois que l’objet que vous tenez entre vos mains ait emmagasiné beaucoup de négativité et dans ce cas, un grand malaise vous envahira : vous serez obligé de le poser et de renoncer à entendre son histoire. C’est peut-être ce que j’aurais dû faire car j’ai bien failli ne jamais vous raconter ma mésaventure. J’ai 64 ans aujourd’hui, j’en avais trente de moins le jour où j’ai poussé la porte d’une brocante d’une petite ville normande. J’avais repéré, dans la vitrine, un superbe coffret à bijoux en métal doré, incrusté de grosses pierres. J’étais pressée ce jour-là et comme je connaissais bien le brocanteur, je lui ai simplement demandé de me mettre le coffret de côté, je passerais le prendre plus tard. Je savais que si j’entrais, je serais en retard à mon entretien d’embauche. Simon était aussi bavard que moi et je pouvais passer des heures au milieu de ce bazar d’objets anciens dont je raffolais. Après l’entretien infructueux, j’ai directement pris le bus pour rentrer chez moi. J’avais oublié le coffret à bijoux, tant j’étais désespérée. Rien n’allait plus dans ma vie depuis des mois. L’entreprise de construction qui m’employait depuis cinq ans avait mis la clé sous la porte, mon divorce n’en finissait pas d’être prononcé et mon ex-mari, qui ne supportait pas la rupture,

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Nous Deux 4135 La statue de sel

La statue de sel

[email protected] Ie n’avais qu’une douzaine d’années lorsqu’on m’a raconté l’histoire biblique de Sodome et Gomorrhe. J’en ai été marquée pour toute ma vie en ne retenant que la moralité de la fin de ce drame : ne jamais regretter ce que l’on quitte, ne jamais se retourner pour revenir en arrière au risque de tout perdre. À 12 ans, je m’étais identifiée à la femme de Loth, cette mère de famille prête à tout par amour pour son mari et pour ses deux filles. Rappelez-vous… Les villes de Sodome et Gomorrhe étaient devenues la honte du royaume. Inhospitalières, gangrenées par le vice, elles représentaient un outrage à Dieu. L’Éternel avait donc décidé de les châtier mais, afin de rester juste, Il avait offert une ultime chance aux quelques habitants méritants : Il avait envoyé deux anges sur terre chargés de sauver ces innocents. Parmi les êtres récupérables se trouvaient Loth et sa famille, son épouse et leurs deux filles. Tous obtinrent le droit de fuir avant que ne survienne le cataclysme qui allait détruire les cités. Une seule épreuve pour eux : quitter les remparts de la ville sans se retourner, quels que soient les cris et les appels entendus, quels que soient leurs inquiétudes et leurs regrets. La femme de Loth fermait la marche, suivant son mari et ses filles. Le cœur lourd, elle allait enfin franchir les limites de Sodome lorsque ses sentiments submergèrent sa résolution. Elle ne parvenait pas à renoncer à son existence passée, oublier ses amis, abandonner ce qu’elle avait construit… Elle se retourna pour un ultime adieu ! Elle fut immédiatement rigidifiée et changée en statue de sel. Malgré l’horreur de la situation, ses filles réussirent à dominer leurs impulsions et poursuivirent leur chemin, entraînées par leur père vers la sauvegarde. Ne pas se retourner, ne pas pleurer sur ce qui est perdu, continuer d’avancer quoi qu’il arrive pour ne pas être changée en statue de sel fut, dès lors, ma résolution pour la suite de mon existence. Je me prénomme Manea et je suis tahitienne. Je suis née à Papeete et je n’ai jamais quitté mon île polynésienne. À

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Nous Deux 4135 Noces de porcelaine

Noces de porcelaine

Paul dépose un bouquet multicolore sur la tombe de ses parents, puis il murmure qu’il les aime, qu’ils lui manquent, qu’il se sent parfois bien seul au monde. Il a toujours les larmes aux yeux dans ces moments-là. « L’amour est aussi fragile que de la porcelaine, il faut en prendre soin. » C’est ce que disait toujours Hortense, sa mère, et Dieu sait qu’elle a pris soin de son cher mari, tout autant qu’il a pris soin d’elle. Ces deux-là étaient tellement amoureux. Ils l’ont été jusqu’au bout. À la mort de Raymond, Paul, qui était encore un enfant, a vu sa mère devenir de jour en jour l’ombre d’elle-même. Elle avait perdu son âme sœur, disait-elle. Elle a tenu bon durant quelques années, pour son fils et puis une vilaine maladie lui est tombée dessus. Elle ne s’est pas beaucoup battue pour la combattre – en tout cas pas assez. Quinze ans après la disparition de Raymond, elle est partie le rejoindre dans cet endroit d’où l’on ne revient jamais. Paul avait alors 25 ans. Cette année-là, il a fait la connaissance de Suzanne, la fille d’une amie de sa tante maternelle, Constance. C’était lors d’un repas familial. Suzanne lui a tout de suite plu, et ça a été réciproque. Pendant tout le repas, ils se sont fait les yeux doux. Plus tard, Paul a su que leur rencontre était un coup monté par Constance qui ne supportait pas de voir son neveu si désemparé par la mort de sa mère. Elle était devenue entremetteuse pour la bonne cause, et ça a marché. Deux ans après leur rencontre, Paul et Suzanne échangeaient leurs vœux dans l’église de Foucarmont, un petit bourg normand et ils emménageaient à Sotteville-lès-Rouen dans cet appartement qu’ils n’ont jamais quitté depuis. À l’époque, Suzanne travaillait dans une supérette – qui, progressivement, s’était agrandie pour devenir un supermarché. Elle y travaille toujours, prenant « du galon », comme on dit. Elle dirigea désormais le personnel. Au début de leur mariage, elle avait réussi à y faire embaucher Paul, comme caissier et il y était resté

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Nous Deux 4135 Retour de flamme

Retour de flamme

La fête des voisins battait son plein. D’année en année, cette manifestation remportait un succès grandissant et attirait même à présent les jeunes habitants du quartier de cette petite ville de Bretagne. Cette fois, on l’avait organisée à la fin de l’été, ainsi, les vacances qui venaient de s’achever alimenteraient les conversations. Soizic se tenait un peu à l’écart des joyeux groupes qui se formaient çà et là, autour du barbecue ou des tables où s’amoncelaient les victuailles apportées par les uns et les autres, se sentant curieusement étrangère à la petite foule des gens avec qui elle avait pourtant passé son enfance et une partie de sa jeunesse. Il faut dire que c’était la première fois qu’elle revenait depuis bientôt dix ans. Au grand dam de ses parents, elle avait quitté les lieux brusquement, sur un coup de tête inexpliqué, pour aller « vivre sa vie », avait-elle lancé, à Paris. Certes, elle était restée en contact avec les membres de sa famille, mais cette année, elle avait subitement décidé de terminer ses vacances dans la vieille propriété de granit flanquée d’hortensias, sise sur un promontoire qui dominait la mer, où sa famille vivait depuis trois générations. Cette annonce avait ravi ses parents et ils avaient voulu inviter tous leurs amis, pour fêter le retour de l’enfant prodigue, mais Soizic s’y était catégoriquement refusée et finissait par se demander pourquoi elle avait eu cette idée saugrenue de retour aux sources si c’était pour rester enfermée dans son ancienne chambre, ou juste sortir prendre l’air sur la terrasse à la vue magnifique. Devant leur air peiné, elle s’était donc forcée à rejoindre la petite place derrière l’église où avaient lieu les réjouissances. Et ce fut le kouign-amann apporté par sa mère qui la décida enfin à s’approcher. Depuis quand n’avait-elle pas mangé de cette pâtisserie traditionnelle qu’elle adorait autrefois ? Des gens, souriants, la saluaient de loin, pas sûrs de la reconnaître. On change en dix ans, et l’adolescente maigrelette s’était muée en

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Nous Deux 4135 L’amour sans procuration

L’amour sans procuration

L’air avait cette douceur particulière des automnes à Montpellier, quand la chaleur de l’été s’attarde encore. Sur les platanes, quelques feuilles commençaient à roussir mais partout les étudiants se promenaient en débardeur et short, les terrasses de cafés étaient bondées… Camille ne prêtait attention ni à la météo ni au paysage. Elle marchait vite, tout en essayant de ne pas se tordre la cheville. Qu’est-ce qui lui avait pris de vouloir mettre des talons pour avoir l’air respectable ? Qui faisait encore ça ? Elle serrait contre elle une chemise cartonnée. Elle avait hésité toute la matinée avant de partir, relisant trois fois la procu-ration que son amie Julie lui avait envoyée de Lyon. « Tu es la seule en qui j’ai confiance », avait-elle écrit. Cela aurait dû suffire à la rassurer. Pourtant, Camille se sentait étrangère à cette mission, comme si elle pénétrait dans un monde qui n’était pas le sien. Il faut dire qu’elle n’avait jamais mis les pieds chez un notaire. Elle avait l’impression d’aller jouer à la marchande, mais pour acheter un appartement au lieu d’un kilo de pommes. Julie avait bien de la chance : à la suite d’un héritage, elle s’achetait un petit appartement dans le centre de Montpellier, pour le louer et peut-être y vivre un jour, si elle décidait de revenir dans la ville où elles avaient noué leur amitié. Camille, elle, avait toujours du mal à joindre les deux bouts. Le cabinet se trouvait dans une rue calme, en plein cœur de l’Écusson, comme on appelle les rues médiévales qui forment le centre ancien. Une façade discrète, une plaque en cuivre soigneusement polie : Maître Adrien Lemaire - Maître Carole Lemaire. Un couple de notaires ! Camille inspira profondément avant de pousser la porte. L’intérieur sentait le bois ciré et le papier. Tout semblait feutré, ordonné, presque intimidant. La secrétaire leva les yeux

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Nous Deux 4135 Elles ont choisi de se faire baptiser à l’âge adulte

Elles ont choisi de se faire baptiser à l’âge adulte

"Je vais enfin me mettre en conformité avec moi-même"Suzanne, 64 ans, avocate retraitée « D’origine kabyle, j’ai été élevée dans un islam sunnite paisible, sans rigorisme. Ma mère nous a transmis des valeurs qui me portent encore : la charité, l’honnêteté et le partage. Enfant, je lisais énormément. Dès l’âge de 9 ans, certaines questions me troublaient : pourquoi le Prophète avait-il épousé une enfant de mon âge ? Pourquoi la femme était-elle considérée comme inférieure à l’homme ? Quand j’étais adolescente, mon père avait apporté à la maison une Bible qu’il avait trouvée. Je l’ai lue d’un bout à l’autre et, je l’avoue, en cherchant un peu à prendre Jésus en défaut. Mais sur chaque point, je me trouvais en accord avec son message. Cette Bible, que j’ai toujours, est devenue mon porte-bonheur. Je l’emportais pour mes examens, mes concours, mon permis de conduire… À 17 ans, j’ai

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