[email protected] Lorsque le téléphone fixe sonna dans la cuisine, Émilie était en train de débarrasser la table après le repas de midi. David, son mari, était déjà reparti dans les vignes. En Charente, c’était la pleine saison des vendanges en ce tout début du mois d’octobre. Elle aurait très bien pu ne pas décrocher le téléphone, elle savait sur qui elle tomberait à l’autre bout du fil. Régine, sa belle-sœur, appelait toujours avant de venir, et nous étions jeudi, jour de sa visite hebdomadaire. À quoi bon ignorer cette sonnerie ? Régine débarquerait quand même. Elle ne laissa pas à sa belle-sœur le temps de parler. – Tu peux venir, je suis en train de mettre la vaisselle dans le lave-vaisselle. – Tu savais que c’était moi ? – Le jeudi, à cette heure-là, c’est toujours toi. Je n’ai pas eu le temps de faire un gâteau, il faudra se contenter d’un paquet de biscuits. Émilie raccrocha, termina de charger le lave-vaisselle, puis alla se mettre debout devant la fenêtre qui donnait sur le jardin. Entre les arbres, elle pouvait apercevoir la route par laquelle arriverait Régine. Habituellement, elle se réjouissait de cette visite qui la sortait un peu de son quotidien, mais pas aujourd’hui. Ce matin, il lui était arrivé une chose qu’elle s’était toujours refusé d’imaginer. Une chose qui ne lui avait jamais effleuré l’esprit avant cette troublante rencontre. Depuis, elle ne pouvait penser à rien d’autre. Le pire de tout, c’était qu’elle y avait pris du plaisir et qu’elle mourait d’envie que cette chose impen-sable, à laquelle elle se croyait capable de résister, se reproduise. Elle caressa ses lèvres du bout de son index, comme l’avait fait l’homme avant de l’embrasser. Il s’appelait Clément, et si elle l’avait voulu, ce baiser n’aurait jamais existé. Heureusement, après les vendanges, il s’en irait, comme il s’en était allé, l’année d’avant. Elle finirait bien, un jour, par l’oublier. Ce n’était qu’un baiser, après tout, mais tellement doux, tellement… délicieux. Elle en garderait le souvenir à tout jamais, et la culpabilité également. Jamais elle n’avait embrassé un autre homme que son mari, avant Clément. C’était peut-être démodé, mais elle croyait en la fidélité bien plus
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