Nous Deux - Le numéro 4139 du 26 octobre 2026

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La Une de Nous Deux n°4139 du 26/10/2026

Au sommaire de ce numéro

Nous Deux 4139 L’ignoble secret

L’ignoble secret

I’assiste aux funérailles d’une femme que je hais désormais aussi profondément que la tombe qui va bientôt l’ensevelir. Elle avait 95 ans… Si Émilienne n’avait pas fait cette chute dans sa cuisine en glissant sur une épluchure de pomme de terre alors qu’elle préparait sa rituelle soupe du soir, Dieu seul sait combien de temps elle aurait encore vécu ! Non, je ne suis pas méchante. Je n’ai jamais souhaité la mort à personne, même pas à elle, cette garce d’Émilienne, cette vieille carne édentée. Ma grand-mère. Mais mes yeux sont secs, ils n’ont versé aucune larme. À l’annonce de sa mort, je n’ai ressenti qu’un étrange soulagement, l’impression que justice était faite, enfin, et que l’heure était venue pour elle de rendre des comptes. Accrochée à mon bras, ma mère sanglote, et, le pire, c’est que sa peine n’est pas feinte. Ses larmes sont vraies, je les vois rouler sur ses joues. Derrière ses lunettes noires, Lucile a les yeux rougis. J’ai envie de lui demander pourquoi elle pleure, mais je sais très bien ce qu’elle va me répondre. Elle me dira que c’est sa mère que l’on met en terre aujourd’hui. Je respire un bon coup. Émilienne ne respire plus, elle. Et moi, je vais fêter mes 50 ans avec une bonne coupe de champagne et un petit gueuleton dans mon restaurant préféré avec Laurent, mon mari ! Allez, curé, dépêche-toi, qu’on en finisse ! Elle est bien capable de jaillir de sa boîte comme un diable. Les bondieuseries, elle aimait ça, Émilienne. Une vraie grenouille de bénitier. Moi, je crois en Dieu de temps en temps et entre deux, je le renie. Il le sait parce que je ne me gêne pas pour le lui dire. Qu’est-ce qu’il raconte, ce vieux prêtre au visage rubicond et aux petits yeux de fouine ? Il ne connaissait pas bien ma grand-mère, il ignorait qui elle était vraiment. Il paraît qu’elle s’était confessée un peu avant sa chute, mais je suis certaine qu’elle n’a pas tout dit, persuadée qu’elle était d’avoir agi pour le bien de sa fille. Je serre les poings, et les dents aussi. Quoi ? « Une femme de

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Nous Deux 4139 Ivres dans la nuit

Ivres dans la nuit

[email protected] Elena descendit du taxi, en tanguant légèrement. Son cerveau était embrumé. Elle avait abusé de l’eau-de-vie de cerise qu’un invité avait apportée chez son amie Adèle qui fêtait ses 35 ans. Elena buvait rarement, mais l’ambiance était si festive qu’elle s’était laissé prendre au piège. Elle rit intérieurement. Ce n’était pas très grave, pour une fois, elle espérait seulement ne pas se réveiller avec une migraine carabinée. Elle dérapa sur le rebord du trottoir qu’elle croyait plus large et n’eut que le temps de se raccrocher à une poubelle. – T’en tiens une belle, se dit-elle à voix haute. Le taxi l’avait déposée à quelques mètres seulement de l’entrée de son immeuble et elle rêvait déjà de son lit et de son chat, Tom, qui viendrait se blottir contre elle comme chaque nuit. La nuit était silencieuse. Si belle et douce, le ciel si clair et il y avait tellement d’étoiles que si elle s’était trouvée au milieu d’une prairie, elle s’y serait allongée pour dormir afin de ne pas avoir à monter les quatre marches qui menaient au palier où se trouvait l’ascenseur. Alors que, étourdie, elle regardait le ciel qui semblait vouloir l’aspirer, son regard se porta sur l’étage où était son appartement. Plus précisément sur une fenêtre éclairée qui était… la sienne. Celle de sa salle à manger. Elle se mit à compter les fenêtres, pensant se tromper, mais il n’y avait pas d’erreur, il y avait de la lumière chez elle. Il faisait jour lorsqu’elle était partie, elle ne pouvait pas l’avoir oubliée. Est-ce que Tom, en montant sur le buffet, comme il le faisait parfois, avait pu l’allumer d’un coup de patte ? Peut-être bien. Il ne pouvait y avoir une autre explication. Une mouche avait dû se poser sur l’interrupteur et en essayant de l’attraper, il avait allumé. Ce n’était tout de même pas très rassurant. Bien sûr, il fallait un code pour entrer dans l’immeuble, mais peut-être qu’on l’avait cambriolée et que le malfaiteur était encore sur les lieux. Elle sortit son téléphone de sa poche pour appeler la police, puis elle pensa qu’elle allait se

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Nous Deux 4139 Le rescapé

Le rescapé

[email protected] Le crash a été d’une violence inouïe à en juger par la quantité de débris éparpillés sur des centaines de mètres. La terre est brûlée, les cimes des arbres ont été sectionnées, les troncs coupés en deux par les ailes de l’avion. Des mini-incendies se sont déclarés dans la forêt, causés par le kérosène en suspension dans l’air et répandu sur le sol. Un décor apocalyptique au sein duquel toute vie est absente, du moins à première vue. Des voitures de secours arrivent rapidement sur les lieux. Alertées par la tour de contrôle avant même que la chute et l’explosion ne se produisent, elles s’étaient mises en route dans la direction estimée de la catastrophe, pour prévenir les appels à l’aide des pilotes. L’avion était alors en perdition et l’issue quasiment inévitable. Depuis, d’autres véhicules sont partis des villes les plus proches pour les rejoindre au plus vite. Le silence de la nuit qui règne sur la zone crée une étrange ambiance, comme irréelle. Pompiers, ambulanciers, médecins de premier secours s’activent mais ils le font sans bruit, peut-être pour préserver une forme de respect envers les cadavres amoncelés. Aucun appel, aucun cri, aucune invective. Chacun connaît son travail. Les flammes sont éteintes par des ombres armées de lances à incendie. Des brancards se déplacent de corps en corps. Des hommes, des femmes sans vie, sont recou-verts de draps jaunes, d’autres sont rapidement transportés jusqu’à des camionnettes qui s’éloignent aussitôt, formant un tragique convoi funéraire. Combien y avait-il de passagers dans cet avion ? Je l’ignore. Probablement plus d’une centaine. Des gens qui partaient en vacances, des hommes d’affaires, des femmes amoureuses, des enfants qui croyaient avoir toute la vie devant eux pour découvrir le bonheur de l’existence. Chacun avait sa raison propre de voyager. Tous partaient dans la même direction en ayant une histoire différente. Leur point commun : un destin qu’ils ignoraient encore quand ils sont montés à bord, heureux, impatients de s’envoler vers une aventure sans lendemain. J’étais parmi eux. Dans ce tumulte feutré,

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Nous Deux 4139 Michelle…

Michelle…

[email protected] Michelle. Dire que je l’aime serait un euphémisme. Belle, intelligente, féminine, subtile, drôle… elle est la femme. Ma femme. Michelle. J’ai rencontré Michelle en 1962, le soir de mes 21 ans. À cette époque, les jeunes regardaient Âge tendre et tête de bois sur le petit écran, allaient au cinéma ou danser dans les surprises-parties. Les portables, avec leurs réseaux soi-disant sociaux, n’existaient pas encore et pour faire connaissance, il fallait se parler. Ce soir-là, mes parents m’avaient autorisé à organiser une fête à la maison – en leur absence ! – pour célébrer ma majorité. J’étais fier, j’étais désormais un homme. Je travaillais au garage de mon père et j’étais un excellent mécano, fier de rentrer le soir les mains noires de cambouis. Avec ma majorité viendraient le premier appartement et le plaisir de voler de mes propres ailes. Ma mère en avait les larmes aux yeux rien que d’y penser, tandis que mon père bombait le torse en évoquant son fils. C’était le bon temps. La belle époque de l’innocence, quand on pense encore que l’univers attend après nous et que l’on ne peut que s’imaginer un avenir heureux. Pour l’occasion, j’avais soigné mon apparence. Pantalon beige, chemise vert bouteille, coupe de cheveux calquée sur celle de Johnny, la star dont toutes les filles étaient folles. Personnellement, je préférais le style et les chansons de Gilbert Bécaud, mais la mèche rebelle façon crooner me donnait un petit air canaille qui parvenait à contrebalancer légèrement mon visage candide au regard clair. Ce soir-là, donc, j’étais plutôt cool et prêt à faire tomber les nénettes, comme on disait à l’époque. À ceci près qu’en matière de femmes j’étais plutôt novice. Selon mes amis, j’étais trop timide, pas assez hâbleur et je ne savais pas flirter. Quoi qu’il en soit, la soirée battait son plein et je dansais le yé-yé de la façon la plus appliquée possible, lorsque mon regard accrocha celui d’un ange au teint de porcelaine.

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Nous Deux 4139 L’ange gardien

L’ange gardien

[email protected] Un jour d’automne, Camille poussa la grille d’entrée du domaine. Elle souriait. Les lieux lui rappelaient des souvenirs heureux qu’elle gardait précieusement au plus profond de son cœur. Maintenant, elle était là à observer la demeure aux pierres blanches plantée au bout de l’allée bordée de tilleuls. Elle était submergée par des bouffées d’émotions. Elle était bien obligée de constater que l’impression de bonheur qu’elle ressentait était identique à celle qu’elle avait connue des années auparavant. La vieille maison avait toujours l’air de défier les éléments. Le Domaine du Val se dressait, à l’identique, comme le jour où Camille l’avait quitté à sa majorité. L’orpheline avait été recueillie par sa tante, Nicole, alors qu’elle n’avait que 8 ans. Lors d’une sortie en mer, ses parents, qui effectuaient une croisière avec un couple d’amis, avaient été victimes d’un tragique accident. Une violente tempête avait fait chavirer leur voilier. Leurs corps avaient été repêchés sur la grève d’une côte italienne. Nicole, la sœur de sa mère, l’avait élevée jusqu’à ses 18 ans. Il régnait dans la villa un climat harmonieux entre la tante, qui remplissait tout à la fois le rôle de père, de mère et de tutrice, et l’orpheline qui avait retrouvé auprès d’elle un équilibre autrefois menacé. Elles faisaient rarement allusion au drame familial, mais n’oubliaient pas les absents. Ils étaient toujours présents dans le cœur de Camille. Lorsqu’elle avait quitté le refuge que représentait à ses yeux cette demeure située dans l’Orne, Camille avait fait un signe de la main à Nicole. Elle songeait qu’il allait lui falloir affronter seule son avenir. Bien sûr, elle savait aussi qu’elle reviendrait voir sa tante le plus souvent possible. Après tout, Paris, où elle allait suivre des cours pour devenir infirmière, n’était qu’à trois heures de route de là ! Tout au long des études de sa nièce, Nicole avait régulièrement tenu Camille au courant

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Nous Deux 4139 NOUS SOMMES LÀ POUR VOUS AIDER

NOUS SOMMES LÀ POUR VOUS AIDER

« Je veux savoir d’où je viens »Je me pose beaucoup de questions au sujet de ma naissance. Lorsque j’avais 15 ans, mon père me disait souvent que je n’étais pas sa fille. L’année dernière, j’ai appris que j’avais été adoptée et que je suis originaire du Nord, alors que je vis actuellement en Haute-Savoie. Cette année, j’ai fêté mes 60 ans seule car mes parents adoptifs sont décédés depuis plusieurs années. J’aimerais retrouver ma famille biologique mais je ne sais pas comment m’y prendre, où écrire, sachant que je n’ai pas Internet. J’espère que vous pourrez m’aider car c’est important pour moi de savoir d’où je viens. Marie-Madeleine Chère Marie-Madeleine, votre désir de connaître vos origines est parfaitement légitime. Découvrir à 59 ans que l’on a été adoptée – ce que vous saviez sûrement déjà au fond

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